Au terme d'intenses négociations, les opérateurs Bouygues Telecom, Free et Orange se sont mis d'accord samedi soir avec Altice France pour lui racheter sa filiale SFR, pour un montant total de 20,35 milliards d'euros, marquant le coup d'envoi d'un nouveau big bang dans le secteur en France.
Un séisme dans le monde des télécoms. Le géant de la téléphonie SFR, détenu par le groupe Altice, va officiellement être racheté par ses trois concurrents, Bouygues Telecom, Free et Orange, pour un montant de 20,35 milliards d’euros.
Les trois opérateurs vont se partager les quelque 25,5 millions de clients du groupe, selon un accord trouvé samedi soir. Les conséquences sur le marché doivent toutefois encore être analysées par les autorités compétentes, qui devront valider définitivement l’opération.
Après avoir prolongé vendredi de 48 heures la période de négociations exclusives ouvertes mi-avril, les quatre acteurs ont finalement trouvé un terrain d'entente le lendemain, avec notamment un potentiel complément de prix pouvant atteindre 650 millions d'euros à la clôture de l'opération - espérée au second semestre 2027 - et l'assurance donnée aux salariés de SFR repris que leur emploi serait garanti jusqu'à début 2029, ont-ils détaillé dans un communiqué commun.
Conservation des numéros, augmentation des prix
En termes de répartition des actifs, selon l'accord conclu, la filiale du groupe Bouygues décrocherait notamment le segment «B2B» de SFR, c'est-à-dire les offres dédiées aux professionnels, ainsi qu'une partie de ses activités grand public (soit environ 6,4 millions de clients mobile et fixe). Free hériterait des quelque 6 millions de clients de l'offre RED by SFR, ainsi que de près de deux millions de clients de son activité grand public, tandis qu'Orange se verrait attribuer environ 4,9 millions de clients.
Plus concrètement, les abonnés garderont leurs lignes fixes et mobiles. Pas de panique, donc, pour les numéros en 06 ou 07, ils resteront les mêmes malgré un changement de contrat chez le nouvel opérateur. C’est le principe de la portabilité des lignes qui s’appliquera, comme lorsqu’un client change actuellement d’opérateur. Il y aura aussi une continuité de service pour les connexions aux réseaux mobiles et fixes. Les clients pourraient néanmoins voir leurs forfaits augmenter progressivement.
Cette transaction représente «l’une des plus importantes opérations industrielles en Europe dans le secteur», alors que se profile une reconfiguration inédite avec un retour à trois opérateurs en France. Elle reste encore soumise à l'examen des autorités de la concurrence et, «il n'y a aucune certitude qu'elle soit réalisée», précisent les groupes dans leur communiqué. Selon l’accord, Bouygues Telecom prendra à sa charge 42% du prix de vente, Free-Groupe Iliad 31% et Orange 27%.
Les trois acquéreurs ont également prévu de se partager les fréquences pour le moment exploitées par SFR. Au total, le chiffre d'affaires du périmètre concerné par l'opération a atteint 8 milliards d'euros en 2025. Bouygues Telecom se taillerait la part du lion dans ce montant (52%), devant Iliad (27%) et Orange (21%), qui doit se contenter d'une portion moindre en raison de sa position dominante sur le marché.
Le ministre français de l'Economie, Roland Lescure, a estimé que «cette annonce marque une étape majeure et déterminante pour une opération structurante qui concerne l'ensemble du secteur télécom français et européen». «Elle doit désormais faire l'objet d'un examen approfondi par les autorités de la concurrence compétentes, qui auront la responsabilité d'évaluer avec la plus grande rigueur ses conséquences sur le marché, la diversité de l'offre, ainsi que sur l'équilibre concurrentiel», a-t-il ajouté.