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Sept Géorgiens jugés à Paris pour le mystérieux vol de manuscrits russes

En France, les vols sont notamment survenus à la Bibliothèque nationale de France. [Jean ISENMANN / ONLY FRANCE / Only France via AFP]

Pendant plusieurs mois, certaines des plus prestigieuses bibliothèques d’Europe ont vu leurs précieux ouvrages disparaître pour être remplacés par des reproductions soignées. Sept hommes, soupçonnés d’être en lien avec cette affaire, sont jugés ce mardi 9 juin à Paris.  

Une affaire digne d’un roman policier. Ce mardi s’ouvre le procès de sept Géorgiens. Ils sont soupçonnés d’avoir dérobé les manuscrits de plusieurs auteurs russes, dont le poète et romancier du XIXe siècle Alexandre Pouchkine. Ils encourent jusqu’à dix ans de prison.

Les vols sont survenus courant 2023, à la bibliothèque Diderot de l'École normale supérieure à Lyon, à la Bibliothèque nationale de France (BNF) et à la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (BULAC) à Paris. 

Un mode opératoire rôdé

Selon les enquêteurs, les suspects se rendaient dans ces bibliothèques prestigieuses en demandant à consulter des ouvrages rares. Sur place, ils photographiaient les précieux manuscrits, avant de prendre leurs mesures. 

Une fois les repérages terminés, ils revenaient plus tard sur les lieux pour substituer les ouvrages par des reproductions presque indétectables. Certains de ces fac-similés reproduisaient notamment les taches brunes caractéristiques de la marque du temps sur les originaux.

L’un des prévenus, Mikheil Z., s’est ainsi présenté des dizaines de fois à la Bibliothèque nationale de France pour demander la consultation de manuscrits, prétextant mener des recherches sur la démocratie dans la littérature russe du XIXe siècle. Il s’intéressait essentiellement à Alexandre Pouchkine, un auteur adulé en Russie

Ces visites, menées entre mars et octobre 2023, ont ainsi durées plusieurs mois avant que la bibliothèque ne se rende compte de la disparition d’ouvrages. Au total, neuf manuscrits ont été substitués par des fac-similés, pour un préjudice estimé à 650.000 euros.
 

Interrogé par les enquêteurs, Mikheil Z. a reconnu le vol des ouvrages, clamant avoir été motivé par l’appât du gain. Selon les déclarations de l’intéressé, les livres dérobés ont été vendus à un certain «Maxime» en Russie.

Sur la piste d’un réseau en lien avec Moscou

La main de Moscou pourrait toutefois planer sur ces vols. Les juges d’instruction français soupçonnent en effet les mis en cause d’être membres d'«un réseau criminel structuré» œuvrant pour le compte de la Russie. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, ces vols pourraient traduire une volonté de rapatrier le patrimoine culturel russe.

Pour cause, la France n’est pas le seul pays touché par ces mystérieuses disparitions d’ouvrages. Des faits similaires se sont, en effet, produits en la Pologne, l'Allemagne, la Suisse ou encore la République tchèque. Au total, une dizaine de pays européens ont vu des manuscrits disparaître de leurs bibliothèques.

Pour lutter contre ce phénomène, une équipe commune d'enquête a été mise en place, sous l'égide d'Europol et Eurojust. Cette coopération a permis l'arrestation de plusieurs protagonistes en avril 2024.

Des prévenus déjà condamnés

Sept d’entre eux seront donc jugés, mardi, par le tribunal correctionnel pour des faits d'association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit et vol d'un bien culturel exposé. Deux d'entre eux sont visés par un mandat d'arrêt. Ceux-ci seront donc absents au procès. 

Deux autres prévenus ont déjà été condamnés. Incarcérés à l’étranger, ils ont été remis temporairement à la France pour être jugés. C’est notamment le cas de Mikheïl Z., qui qui s'est vu infliger en Lituanie une peine de trois ans et quatre mois de prison pour le vol en bande organisée de publications du XIXe siècle. Un autre prévenu, Beqa T., a été condamné à trois ans et six mois d'emprisonnement en Estonie.

«Cette affaire peu commune porte atteinte à notre mémoire culturelle collective», a commenté auprès de Maître Alexandre de Konn, qui défend la BNF, partie civile dans ce dossier. Si aucune des œuvres dérobées n'a encore été retrouvé, l’institution de désespère pas de les voir réapparaître.

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