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Journée de la mini jupe : un vêtement devenu objet d'émancipation depuis 10 ans

En France, c'est le célèbre couturier André Courrèges qui s'est emparé du phénomène en 1965. [Pexels / cottonbro studio]

Longtemps jugée sulfureuse, la mini jupe s'est érigée au fil des années en symbole d'émancipation féminine à travers le monde, notamment en Tunisie, où est née sa journée mondiale en 2015. 

Petit vêtement, mais grande portée. Évasée, plissée, droite, portée sous les fesses ou à mi-cuisse, la mini jupe s'est imposée bien au-delà d'un simple accessoire de mode. Emblème de l'émancipation des femmes, elle possède aujourd'hui, sous son apparence légère, une dimension profondément politique.

Commercialisée pour la première fois en 1962 par la créatrice britannique Mary Quant, la jupe courte n'a pas tardé à séduire l'Occident. En France, c'est le célèbre couturier André Courrèges qui s'est emparé du phénomène en 1965. Cette pièce phare, plus futuriste que son homologue d'outre-Manche, a marqué une étape majeure dans l'évolution de la mode féminine.

Au-delà de la simple tendance, la mini jupe reflétait la libération et les revendications féministes, mais également un changement de mœurs, suscitant de vives controverses dans certains milieux conservateurs. 

De la mode à la contestation

Le vêtement a pris une tout autre dimension en 2015, lorsqu'une jeune étudiante est interdite de passer son examen en Algérie en raison de sa jupe jugée trop courte. L'opinion s'est rapidement divisée : pour certains, la tenue était jugée inappropriée, tandis que pour d'autres, elle incarnait une oppression persistante envers les femmes. En parallèle, une campagne conservatrice exhortait les hommes à couvrir leurs épouses, clamant «Sois un homme et voile tes femmes».

En réaction, l'activiste féministe Najet Baydouh et le président la ligue de défense de la laïcité et des libertés, Rachid Ben Othman, ont appelé toutes les femmes tunisiennes à se rassembler en mini jupe sur une place de Tunis, le 6 juin, en signe de solidarité. 

L'initiative, baptisée «Porte ta jupe et marche», est depuis devenue un rendez-vous annuel international pour militer contre le sexisme et l'obscurantisme dans la société.

Un combat d'actualité

En France, malgré la popularité des jupes courtes, près d'une femme sur deux a admis éviter d'en porter dans les transports publics à cause du harcèlement, selon une enquête de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (FNAUT) en 2016. 

En mai dernier, un chauffeur de bus de la RATP a notamment été suspendu après avoir empêché une jeune femme de monter dans le véhicule en raison de sa tenue jugée trop courte. La vidéo de l'incident est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux. «Si vous montez, baissez un peu vos vêtements, c'est tout ce que je demande», peut-on notamment l'entendre dire.  

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À Nice, deux couples et leurs amis ont été violemment agressés par deux hommes en état d'ébriété dans la nuit du 26 au 27 avril 2024, sous prétexte de jupes «trop courtes». Quatre ans auparavant, c'est à Mulhouse qu'un homme a attaqué deux jeunes femmes pour le même motif.

L'agresseur a été condamné à deux mois de prison avec sursis. Une peine qui a provoqué l'indignation des mouvements féministes, dénonçant un laxisme de la justice concernant les violences sexistes subies quotidiennement par les femmes en raison de leur apparence.

D'autant plus que l'agression était survenue quelques jours après celle d'une étudiante strasbourgeoise par trois hommes dans la capitale alsacienne, également à cause de sa mini jupe selon eux. 

Un pas en avant

À l'époque, Marlène Schiappa, l'ancienne ministre déléguée chargée de la citoyenneté, avait déclaré à France Bleu Alsace que «la jupe n'est pas responsable de l'agression, et la femme encore moins».

«Une femme n'est jamais frappée parce qu'elle porte une jupe. Une femme est frappée parce qu'il y a des gens misogynes, sexistes, violents, et qui s'affranchissent de toute loi et de toute règle de civilité en les frappant. Quand on est une étudiante et qu'on doit penser à la tenue qu'on doit porter et au message qu'il envoie, c'est une charge mentale écrasante», avait-elle ajouté. 

Selon une étude du ministère de l'Intérieur publiée le mois dernier, les infractions pour outrage sexiste ou sexuel enregistrées par les services de police et de gendarmerie ont diminué pour la première fois en 2024, depuis la mise en place de sa loi contre le harcèlement de rue mis en place en 2018.

Après une hausse de 63% en 2021, suivie de 21% en 2022 puis de 19% en 2023, le nombre d'infractions a connu une légère baisse, avec 3.200 cas recensés l'année dernière contre 3.400 en 2023.

Par ailleurs, la mini-jupe a également influencé la création artistique et culturelle, notamment au cinéma avec le film «La Journée de la jupe» de Jean-Paul Lilienfeld (2009). Ce drame met en scène une professeure, incarnée par Isabelle Adjani, en lutte contre le machisme et les tensions sociales dans un collège difficile. Ce film est devenu un symbole fort, illustrant les combats pour l'égalité et le respect dans l'espace public.

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