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Roumanie: l'opposition dénonce un "coup d'Etat"

L'ex-président du Sénat roumain Vasil Blaga (c) le 3 juillet 2012 peu avant son limogeage par la nouvelle coalition de centre gauche[Mediafaxfoto/AFP]

La nouvelle coalition de centre-gauche au pouvoir en Roumanie a lancé une offensive mardi dans la guerre qui l'oppose au président de centre-droit en limogeant, dans un vote surprise et contesté le président du Sénat, un véritable "coup d'Etat", selon l'opposition.

L'Union sociale libérale (USL) au pouvoir depuis début mai veut également remplacer la présidente de la Chambre des députés, elle aussi membre de l'opposition démocrate-libérale (PDL) dans ce qui est décrit par les analystes politiques comme "un plan pour aboutir à la destitution du président Traian Basescu" dans les jours qui viennent.

Mardi, l'USL a également destitué l'avocat du peuple, qui peut contester des décisions gouvernementales.

Les médias roumains évoquent une "Blitzkrieg" de l'USL pour pouvoir contrôler les institutions encore tenues par l'opposition alors que de nombreuses ONG dont la Fondation Soros s'inquiètent depuis plusieurs semaines de "pressions du gouvernement sur les voix et institutions indépendantes".

Un scénario de destitution rapide passerait par une révocation de certains juges de la Cour constitutionnelle, une hypothèse évoquée à mots couverts par des membres de l'USL ces jours derniers.

Dans un cri d'alarme rare pour une telle institution, la Cour, garante du respect de la Constitution, a dénoncé mardi les "attaques sans précédent" dont elle fait l'objet de la part du gouvernement de centre-gauche.

"Au vu de la gravité de la situation et des menaces de révocation de certains juges, la Cour constitutionnelle a saisi la Commission de Venise", organe consultatif du Conseil de l'Europe, ont indiqué les hauts magistrats.

Après une décision de la Cour défavorable au gouvernement sur la représentation de la Roumanie au Conseil européen, le ministre de la Justice Titus Corlatean avait mis en cause plusieurs juges.

La Commissaire européenne chargée de la Justice, Viviane Reding, s'est déclarée mardi "très préoccupée" par les attaques contre l'indépendance de la Cour constitutionnelle.

"Un système judiciaire indépendant qui fonctionne bien est une condition préalable pour une confiance mutuelle dans le secteur de la Justice en Europe", a-t-elle affirmé.

L'ambassadeur des Etats-Unis en Roumanie Mark Gitenstein s'est pour sa part dit "très inquiet au sujet de toute tentative menaçant l'indépendance des institutions démocratiques".

"Nous avons eu des précédents regrettables aux Etats-Unis pour changer la composition de la Cour Suprême sous la présidence Roosevelt. Ce fut un jour sombre (...), ce serait aussi un jour sombre si la même chose se passait aujourd'hui en Roumanie", a-t-il ajouté.

Dans un communiqué transmis mardi, après le cri d'alarme de la Cour, l'USL a estimé "qu'à aucun moment ne s'était posé le problème que l'USL initie la révocation des juges".

Au Sénat, Crin Antonescu, chef du Parti libéral (PNL), membre de la coalition aux côtés des sociaux-démocrates (PSD), a été élu mardi président au cours d'un vote à la légalité contestée.

Selon la Constitution, le président du Sénat ne peut être révoqué que si le groupe parlementaire dont il est issu, en l'occurrence le PDL, demande son remplacement, a indiqué à l'AFP le spécialiste de droit constitutionnel Ioan Stanomir, professeur à la faculté de sciences politiques de Bucarest, jugeant que le remplacement de M. Blaga est "non conforme à la Constitution".

M. Blaga qui est aussi le chef du PDL a dénoncé un "coup d'Etat", terme également employé par l'ancienne ministre de la Justice Monica Macovei.

"Le PDL tente, par des déclarations aberrantes sur un soi-disant coup d'Etat, d'escamoter la nouvelle réalité politique", a déclaré M. Antonescu aux journalistes.

La Roumanie vit une situation de cohabitation délicate depuis début mai et l'arrivée au gouvernement de l'USL après la chute du précédent gouvernement de centre-droit sur une motion de censure. Le président Traian Basescu, élu en décembre 2009 pour un mandat de cinq ans, est issu du centre-droit et opposé au gouvernement de M. Ponta.

Des élections législatives sont prévues à l'automne.

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