Venezuela : la police tente de calmer les mutins

Les forces de l'ordre vénézuéliennes bloquent la route menant à la prison d'Uribana le 26 janvier 2013 au lendemain d'une mutinerie meurtrière [Leo Ramirez / AFP] Les forces de l'ordre vénézuéliennes bloquent la route menant à la prison d'Uribana le 26 janvier 2013 au lendemain d'une mutinerie meurtrière [Leo Ramirez / AFP]

Les forces de sécurité vénézuéliennes tentaient dimanche de reprendre le contrôle de la prison d'Uribana, dans l'Etat de Lara (nord-est), en proie depuis vendredi à une mutinerie dans laquelle au moins 61 personnes sont mortes et 120 ont été blessées.

Le gouvernement a ordonné une enquête sur la tragédie, l'un des épisodes les plus sanglants des dernières décennies dans les prisons du pays.

La ministre des Affaires pénitentiaires, Iris Varela, a indiqué samedi lors d'une conférence de presse que le centre pénitentiaire serait entièrement évacué et que les 2.500 détenus seraient transférés dans d'autres prisons.

Mais elle a aussi reconnu que les forces de sécurité n'avaient pas encore repris le contrôle de la prison. "Il reste à contrôler toute la zone de réclusion", a-t-elle indiqué, les forces de sécurité travaillent à "ôter les détenus du coeur de la prison".

Le bilan des affrontements entre membres de gangs, policiers et gardiens de prison pourrait donc encore s'alourdir.

Samedi soir, Ruy Medina, directeur de l'hôpital central Antonio Maria Pineda, a fait état auprès de l'AFP de "61 morts", dont la plupart tués avec des "armes d'assaut", et "120 blessés", dont 90 sortis de l'hôpital, 18 restant à l'hôpital local d'Uribana et 12 à l'hôpital militaire.

Iris Varela a promis de fournir des informations détaillées sur les événements et a dit espérer un bilan officiel dimanche ou lundi.

Les forces de l'ordre vénézuéliennes bloquent l'accès à la prison d'Uribana en proie à une mutinerie, le 26 janvier 2013 [Leo Ramirez / AFP]
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Les forces de l'ordre vénézuéliennes bloquent l'accès à la prison d'Uribana en proie à une mutinerie, le 26 janvier 2013
 

Selon elle, la mutinerie fait suite à une perquisition dans la prison pour y rechercher des armes.

Les familles des détenus, elles, cherchaient désespérément des nouvelles de leurs proches.

"Je ne sais pas si mon fils est vivant ou mort derrière ces grandes portes", déplorait Elvira Rodriguez, dont le fils Joseph est incarcéré depuis deux ans dans l'attente de son procès pour enlèvement. "Je l'ai cherché dans tous les hôpitaux", en vain.

"Les gens se demandent pourquoi ils ont massacré tant de personnes, il y a beaucoup de blessés par balles", expliquait Linelida Alvarez, la mère d'un détenu de 21 ans.

"On dirait un film de guerre, avec des tanks, des tirs et trop de fumée", racontait Carmen Garcia, mère d'un prisonnier, aux côtés de 200 autres proches de détenus empêchés de s'approcher à moins de 300 mètres de la prison par un périmètre de sécurité.

Les médias ont montré des images de barrages installés aux environs de la prison par la Garde nationale, de transferts de prisonniers avec des vêtements tâchés de sang, et les membres éplorés de familles de prisonniers, surtout des femmes, attendant des informations.

"A qui va-t-on faire porter la faute de ce nouveau massacre dans une prison de notre pays? Le gouvernement est incapable et irresponsable", a critiqué sur Twitter le chef de l'opposition Henrique Capriles.

Des ambulances quittent la prison d'Uribana en proie à une mutinerie, le 26 janvier 2013 [Leo Ramirez / AFP]
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Des ambulances quittent la prison d'Uribana en proie à une mutinerie, le 26 janvier 2013
 

Selon l'Observatoire vénézuélien des prisons (OVP), la prison d'Uribana a été conçue pour 850 détenus, "mais elle en compte 2.500 actuellement". Elle se caractérise notamment par de violents affrontements à l'arme blanche entre des prisonniers pour qui il s'agit autant d'un divertissement que d'une manière d'acquérir du prestige, selon l'ONG.

Toutes les prisons vénézuéliennes connaissent une forte surpopulation, beaucoup d'insalubrité et les violences entre les détenus sont fréquentes. Les chiffres officiels font état de 50.000 prisonniers dans le pays alors que les infrastructures carcérales sont prévues pour en accueillir 14.000.

En août dernier, au moins 25 personnes ont été tuées et 43 blessées lors d'affrontements entres gangs dans la prison de Yare I, près de Caracas.

En juin 2011, une mutinerie dans la prison de Rodeo avait fait une trentaine de morts. Plusieurs détenus avaient réussi à s'enfuir.

Un ministère des Affaires pénitentiaires a été créé en juillet 2011 pour faire face à ces problèmes mais selon les militants des droits de l'Homme, durant la première année de son fonctionnement, plus de 500 prisonniers ont été tués et 1.200 blessés.

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