Ebola: le Liberia décrète le couvre-feu face à la progression de l'épidémie

L'entrée de l'hôpital JFK à Monrovia (Liberia) où 17 malades d'Ebola ont été accueillis, le 19 août 2014, après l'attaque de leur centre d'isolement pendant le week-end [Zoom Dosso / AFP] L'entrée de l'hôpital JFK à Monrovia (Liberia) où 17 malades d'Ebola ont été accueillis, le 19 août 2014, après l'attaque de leur centre d'isolement pendant le week-end [Zoom Dosso / AFP]

La présidente du Liberia a décrété un couvre-feu général à partir de mercredi soir et la mise en quarantaine de deux quartiers urbains, dont un dans la capitale, face à la progression inexorable de l'épidémie d'Ebola dans le pays, le plus touché par le virus, ainsi qu'en Sierra Leone.

Le coordinateur de l'ONU pour Ebola, le Dr David Nabarro, a annoncé mardi qu'il se rendrait dans la semaine dans ces deux pays, ainsi que dans les deux autres touchés, la Guinée et le Nigeria, avec notamment l'intention de mobiliser les 7.500 Casques bleus au Liberia dans la lutte contre la maladie.

"A compter de mercredi 20 août, il y aura un couvre-feu de 21H00 à 06H00 du matin (locales et GMT)", a déclaré la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf dans un discours radio-télévisé mardi soir.

Elle a aussi ordonné "la fermeture de tous les centres de loisirs, et la fermeture de tous les vidéo-clubs à partir de 18H00".

Mme Sirleaf a déploré de n'avoir pas réussi, malgré des efforts accrus et l'adoption de mesures de plus en plus draconiennes, à "maîtriser la maladie à cause de déni persistant, de pratiques funéraires traditionnelles, et du non-respect de l'avis des personnels de santé et des mises en garde du gouvernement".

Le chef de l'Etat a également décrété la mise en quarantaine de la banlieue de Monrovia où des jeunes ont attaqué un centre d'isolement, pillant des objets potentiellement contaminés, et provoquant la fuite de 17 malades, retrouvés depuis, ainsi que d'un quartier de Kakata, au sud de la capitale.

Un homme tient une pancarte "Ebola dégage" à l'occasion d'une marche de sensibilisation de la population au virus Ebola, le 19 août 2014 à Abidjan en Côte d'Ivoire [Sia Kambou / AFP]
Photo
ci-dessus
Un homme tient une pancarte "Ebola dégage" à l'occasion d'une marche de sensibilisation de la population au virus Ebola, le 19 août 2014 à Abidjan en Côte d'Ivoire

"Les quartiers de West Point à Monrovia et de Dolo Town à Margibi (comté dont la capitale est Kakata, NDLR) sont placés en quarantaine et sous surveillance sécuritaire. Cela signifie qu'il n'y aura pas de déplacement vers et hors de ces zones", a-t-elle précisé.

L'épidémie d'Ebola, la plus grave depuis l'apparition de cette fièvre hémorragique en 1976, a fait au moins 1.229 morts, selon le dernier bilan de l'OMS arrêté au 16 août, sur 2.240 cas (confirmés, suspects ou probables) : 466 au Liberia, 394 en Guinée, 365 en Sierra Leone et quatre au Nigeria.

Une cinquième personne est décédée au Nigeria : un médecin qui avait soigné le premier patient atteint d'Ebola dans ce pays, un passager venu du Liberia, a annoncé le ministre de la Santé, Onyebuchi Chukwu.

- 'Nombre de médecins dérisoire' -

Le coordinateur de l'Onu a indiqué qu'il se rendrait mercredi soir à Dakar avant d'aller successivement à Monrovia, Freetown, Conakry et Abuja, accompagné par Keiji Fukuda, un responsable de l'OMS, afin de "revitaliser le secteur de la santé" dans ces pays, mis à rude épreuve par l'épidémie.

Le Liberia, qui compte pour 53 des 84 nouveaux morts et 48 des 113 cas supplémentaires, souffre d'une accumulation de circonstances défavorables, a expliqué à l'AFP Cyprien Fabre, responsable du bureau d'aide humanitaire de l'UE (Echo) pour l'Afrique de l'Ouest.

Il a ainsi cité la propagation de l'épidémie dans les zones densément peuplées autour de la capitale, outre les provinces avoisinantes du nord du pays, limitrophes de la Sierra Leone et de la Guinée, ainsi que "le nombre de médecins ridicule par rapport à la population" (0,1 pour 10.000 habitants, contre 2,6 en moyenne en Afrique, selon l'OMS).

A contrario, l'OMS a discerné quelques lueurs d'espoir en Guinée, d'où est partie l'épidémie, avec certaines mesures "efficaces" ainsi qu'au Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, relevant "une seule chaîne de transmission identifiée" et la "vigilance" des autorités.

Sur le continent, les mesures de précaution se multipliaient, aboutissant à un isolement croissant des pays concernés.

Seules trois compagnies aériennes internationales - Royal Air Maroc, Brussels Airlines et Air France - desservent encore la Sierra Leone, selon le directeur général de l'Aviation civile sierra-léonaise Abubakarr Kamara.

Mais à Air France, des personnels navigants "n'ont pas souhaité effectuer leur mission" pour se rendre en Guinée, en Sierra Leone ou au Nigeria, a indiqué un porte-parole de la compagnie, ajoutant que tous les vols étaient cependant maintenus.

La compagnie équato-guinéenne Ceiba Intercontinental a suspendu "jusqu'à nouvel ordre" tous ses vols vers l'Afrique de l’Ouest, principalement à destination de pays non touchés, mais voisins de la Guinée, du Liberia, de la Sierra Leone ou du Nigeria.

Afin d'atténuer l'impact économique de l'épidémie, la Banque africaine de développement (BAD) a promis une aide de 60 millions de dollars (45 millions d'euros) aux pays touchés, sous "forme d'appui budgétaire", pour leur "permettre de payer le personnel de santé et d'équiper les systèmes de surveillance".

Aux Etats-Unis, un patient peut-être exposé au virus Ebola a été admis et mis à l'isolement dans l'hôpital Kaiser Permanente de Sacramento, en Californie.

Vous aimerez aussi

Santé Un homme de 88 ans opéré du cœur sous hypnose
Bon à savoir Quelle est l'origine du terme «handicap» ?
Santé Régimes vegan, végétarien, végétalien, pescetarien : quelles différences ?

Ailleurs sur le web

Derniers articles