Les leçons du référendum, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani [REAU ALEXIS / SIPA]

L’Ecosse a choisi de prolonger avec la Grande- Bretagne une union vieille de trois siècles. La très forte mobilisation et le large écart qui sépare les «non» à l’indépendance du «oui» règlent désormais la question pour quelques solides années.

 

 

Cet écart n’est guère surprenant. Autant il était difficile de se désolidariser en public de la défense de l’identité écossaise, qui paraissait si largement et si naturellement partagée, autant il était prévisible que le secret de l’isoloir permettrait un vote de raison. Tout avait été mis en œuvre, côté londonien, pour montrer que la séparation serait déraisonnable : le déplacement en force des leaders nationaux, le leader du camp du non étant lui-même un ancien ministre travailliste ; l’appel de la reine Elizabeth «à bien réfléchir» ; et surtout l’annonce que les grandes banques écossaises, à peine sauvées de la crise financière, franchiraient la frontière aussitôt l’indépendance proclamée.

Côté nationaliste, le Premier ministre écossais, Alex Salmond, est, de toute façon, vainqueur : Londres est obligé de tenir la promesse, faite aux dernières heures de la campagne, d’une autonomie plus substantielle touchant notamment la fiscalité. La Grande-Bretagne s’inscrira désormais dans une perspective et une réalité fédérales.

Cette question écossaise a interpellé la Grande-Bretagne, bien sûr, mais aussi l’Europe. Celle-ci est une construction vouée à l’intégration, à l’harmonisation, une possible «fédération d’Etats nations», comme le disait Jacques Delors, pour bien montrer que l’Union n’était pas une menace pour les identités nationales. Elle propose à chacun des pays membres de construire un avenir. Au lieu de quoi, des forces centrifuges proposent un repli non seulement national (ce sont les extrêmes droites qui, partout, veulent sortir de l’Union), mais aussi plus régional, plus local.

La croyance s’est installée, dans une partie de nos opinions, que l’on pourra se protéger en devenant plus petit. Il y a, dans ce mouvement de fond, deux éléments. L’un correspond à la transposition, au nom d’une identité territoriale, d’un réflexe parfaitement égoïste : les riches ne veulent pas payer pour les pauvres. C’est le cas de la Ligue du Nord et de son projet de Padanie en Italie, et de la Flandre, riche, face à la Wallonie, pauvre, en Belgique. L’autre, comme en Ecosse ou en Catalogne, refuse un pouvoir central trop libéral quand la sensibilité dominante est plus à gauche. Là encore, on cherche un refuge dans l’identité régionale. Ainsi, il n’y a qu’un seul député conservateur écossais contre 41 travaillistes.

Le maintien de l’Ecos­se dans la Grande-Bretagne est une bonne nouvelle pour les travaillistes qui, sinon, auraient perdu leur plus fidèle bastion. Mais c’est une mauvaise nouvelle pour les Catalans, désormais isolés, qui savent qu’ils n’auront aucun secours de l’Union européenne et des membres de l’Union s’ils persistent dans leur volonté de s’émanciper de Madrid.

Reste la Grande-Bretagne. Sa politique économique, fortement inégalitaire, est aujourd’hui encensée du fait du réveil de l’activité. On ne regarde souvent que Londres et sa prospérité liée à l’activité financière et à la valeur refuge qu’elle constitue pour les plus riches de tous les pays. Mais on oublie les deux autres morceaux du pays : l’Ecosse, qui s’est rappelée à son attention, ne serait-ce que parce qu’elle veut profiter davantage de ses ressources pétrolières ; et le reste du pays,  marqué par une très forte pauvreté. Surtout, la Grande- Bretagne a cessé d’être un acteur autonome, son armée étant progressivement devenue une simple annexe de l’armée américaine. Qui plus est, c’est un pays désormais tenté par la sortie de l’Union, c’est-à-dire par le choix irrémédiable du déclin. 

 

Jean-Marie Colombani

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