Violente contre-attaque de Boko Haram au Cameroun

L'armée tchadienne positionnée à la frontière camerounaise le 1er février dernier.[©StephaneYas/AFP]

Les islamistes de Boko Haram ont lancé mercredi matin une violente contre-attaque au Cameroun, repoussée par les soldats camerounais et l'armée tchadienne qui affirme avoir tué la veille 200 islamistes dans une grande offensive au Nigeria.

 

Les islamistes nigérians de Boko Haram ont égorgé des civils et incencié la grande mosquée de la ville camerounaise de Fotokol lors d'une violente attaque mercredi matin, ensuite repoussée par les armées camerounaise et tchadienne, selon des sources sécuritaires et des habitants.

"Ils ont brûlé des maisons et tué des civils et même des militaires", a affirmé à l'AFP une source proche des services de sécurité jointe depuis Yaoundé, tandis que plusieurs habitants ont fait état de civils égorgés et de l'incendie de la grande mosquée de la ville frontalière par les islamistes.

 

Violents combats

De violents combats ont éclaté au petit matin entre soldats camerounais et islamistes nigérians de Boko Haram dans la ville de Fotokol, à la frontière camerouno-nigériane, tandis que l'armée tchadienne menait une opération de ratissage dans la ville nigériane voisine de Gamboru.

Mardi, l'armée tchadienne avait lancé son offensive terrestre au Nigeria depuis Fotokol après de violents bombardements aériens et d'artillerie sur Gambotu, dévastée par les combats et totalement désertée par la population.

Ces combats ont fait neuf morts et 21 blessés côté tchadien et "plus de 200" dans les rangs de Boko Haram, selon l'état-major tchadien.

Les incessantes attaques ces dernières semaines de Boko Haram qui étend son emprise dans le nord-est, menaçant de plus en plus l'équilibre régional en pesant sur les frontières du Cameroun, du Niger et du Tchad, ont entrainé la réaction militaire de N'Djamena, soucieuse d'empêcher des infiltrations de jihadistes sur son sol

"Les gars (islamistes) sont entrés ce (mercredi) matin. Les combats entre eux et nos soldats sont très forts", a déclaré une source sécuritaire établie dans la ville, jointe par l'AFP depuis Yaoundé. "Des personnes qui se sont enfermées chez elles me disent qu'elles ne savent pas quoi faire pour en sortir", a indiqué une autre source proche des service de sécurité.

"Quand les Tchadiens sont entrés (mardi) à Gamboru, les Boko Haram qui se trouvaient dans cette ville et dans certains villages ont contourné pour se retrouver ce matin à Fotokol", a-t-on expliqué de source sécuritaire camerounaise.

 

Reconnaissance aérienne française

Des troupes tchadiennes ont retraversé la frontière pour venir épauler les forces camerounaises et les tirs ont progressivement cessé en milieu de matinée, a constaté un journaliste de l'AFP. Tant à Fotokol qu'à Gamboru, les soldats tchadiens ratissaient les quartiers, à la recherche de combattants de Boko Haram embusqués.

Un pont de 500 mètres sépare Fotokol de Gamboru. Et à partir de certains villages frontaliers nigérians situés près de Gamboru, il est possible d'entrer aisément à Fotokol.

De nombreux islamistes étaient présents depuis des mois dans ces villages nigérians. Jusqu'à présent, leurs diverses tentatives d'incursion à Fotokol ont toujours été repoussées.

Mardi, l'aviation tchadienne a pilonné les positions des islamistes à Gamboru. Des combats au sol ont opposé islamistes nigérians et soldats tchadiens, mais ces derniers ont pris le dessus et ont pu entrer dans la ville nigériane où ils ont passé leur première nuit en territoire nigérian.

L'armée nigériane, incapable d'enrayer seule l'expansion militaire de Boko Haram, a déclaré mardi que la présence de troupes tchadiennes ne remet pas en cause "l'intégrité territoriale du Nigeria", à dix jours de l'élection présidentielle. Le chef de l'Etat Goodluck Jonathan vise un nouveau mandat dans un pays miné par les attentats et les attaques de Boko Haram

Les Tchadiens, venus pallier l'inefficacité de l'armée nigériane, ont aussi fait mouvement par une autre "entrée" au Nigeria, en massé des troupes à la frontière entre le Niger et le Nigeria, à proximité immédiate de bastions de Boko Haram.

"Un contingent d'environ 400 véhicules et des chars est positionné de Mamori à Bosso", deux bourgades de l'est nigérien, qui ne sont séparées du Nigeria que par une rivière, la Komadougou Yobé, a annoncé la radio privée Anfani, basée à Diffa (sud du Niger).

N'Djamena n'a pas confirmé officiellement ce mouvement de troupes au Niger mais, selon des habitants, cette concentration comprend plus de 500 véhicules.

Elle pourrait annoncer une attaque imminente sur Malam Fatori, contrôlée par Boko Haram et située de l'autre côté de la rivière. Les combattants islamistes ont pris position sur la rive nigériane et sont équipés de batteries anti-aériennes montées sur des pick-up, selon ces témoignages.

Paris, très présent dans la zone sahélienne avec l'opération Barkhane basée à N'Djamena, soutient l'action tchadienne avec des missions de reconnaissance au-dessus du Tchad et du Cameroun, ont indiqué mardi des sources officielles françaises, précisant que du renseignement était délivré à ces pays largement impliqués dans la lutte contre Boko Haram.

L'insurrection de Boko Haram, qui prône l'instauration d'un islamisme radical et s'associe aux idées d'Al-Qaïda et de l'Etat islamique, a fait plus de 13.000 morts et 1,5 million de déplacés au Nigeria depuis 2009.

 

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