La manifestation des agriculteurs dégénère à Bruxelles

Au moins trois policiers auraient été blessés lors des affrontements.[EMMANUEL DUNAND / AFP]

Lancers d'oeufs, concert de klaxons et de sirènes, et surtout des cortèges de tracteurs au pied des institutions européennes à Bruxelles. Les agriculteurs ont débarqué par milliers lundi dans la capitale belge pour crier leur colère aux chefs de l'UE et les exhorter à trouver une issue à la crise qu'ils traversent depuis des mois.

 

Producteur de lait ou de viande porcine, ils ont rallié Bruxelles dans la matinée à bord de centaines de tracteurs, qui ont rapidement bloqué les rue du quartier Schuman, où siègent les institutions européennes. Objectif : se faire entendre des responsables de la Commission et des ministres européens de l'Agriculture, qui tiennent à partir de 14H30 (12H30 GMT) un conseil exceptionnel sur la crise, que la France avait réclamée en juillet.

Depuis le début de la matinée, les transports publics ne s'aventurent plus dans le quartier. Depuis plusieurs jours, la police belge avait "demandé avec insistance d'éviter Bruxelles en voiture". Le ministre français de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, s'est d'ailleurs trouvé bloqué dans les embouteillages. Sur le rond-point Schuman, des cordons de policier en tenue anti-émeute, plantés derrière des barbelés, barraient tout accès aux bâtiments européens.

Dans les rues avoisinantes, les tracteurs venus des provinces belges, d'Allemagne ou encore du nord de la France, occupaient la chaussée en rangs de trois, rivalisant à coup de klaxons, de pétards ou en actionnant des sirènes, dans un concert assourdissant pratiquement ininterrompu.

Un vache en plastique bleu et frappée des étoiles jaunes du drapeau européen, grandeur nature, amenée par les manifestants, la corde au cou, à quelques dizaines de mètres des bâtiments de la commission économique européenne, le 7 septembre 2015 [EMMANUEL DUNAND / AFP]
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Un vache en plastique bleu et frappée des étoiles jaunes du drapeau européen, grandeur nature, amenée par les manifestants, la corde au cou, à quelques dizaines de mètres des bâtiments de la commission économique européenne, le 7 septembre 2015
 

Un vache en plastique bleu et frappée des étoiles jaunes du drapeau européen, grandeur nature, est amenée à plusieurs mètres du sol, la corde au cou, à quelques dizaines de mètres du lieu de la réunion. "Je suis Eleveur", indiquait une pancarte portée par un jeune manifestant, en écho aux "Je suis Charlie" qui avaient fleuri après les attentats de Paris en janvier.

Les agriculteurs espéraient rassembler quelque 5.000 protestataires. Selon la police locale, ils étaient 2.000 peu avant midi, mais des convois de tracteurs étaient toujours en route. "Le lait est payé moins cher qu'il nous coûte à produire, il nous faudrait un prix de base de 350 à 400 euros (la tonne) alors qu'on est payé 280 euros actuellement", a déploré le producteur laitier français.

"Quelle nourriture donnerez-vous à vos enfants ?" "Europe veux-tu encore de nous ?", pouvait-on lire sur les pancartes et les bannières. Il faut "trouver des solutions à la grave crise économique qui frappe actuellement le secteur. Les agriculteurs sont obligés de produire à perte", a reconnu le ministre luxembourgeois de l'Agriculture, Fernand Etgen, dont le pays assure la présidence semestrielle de l'UE.

L'ambition de cette réunion est d'"élaborer ensemble un programme de mesures à court terme et à moyen terme qui puissent donner de nouvelles perspectives à nos agriculteurs". L'effondrement des cours du lait et des viandes bovines et porcines a provoqué tout l'été une fronde des agriculteurs européens, du Royaume-Uni à l'Allemagne, en passant par la France.

 

"Nous voulons des mesures européennes pour faire face à la volatilité des marchés agricoles"

"Il faut une politique agricole commune qui repose sur la réduction du fardeau des charges. Nous voulons des mesures européennes pour faire face à la volatilité des marchés agricoles", a plaidé le président de la Confédération européenne de la coopération agricole (COGECA), Christian Pees, lors d'une conférence de presse.

Evoquant l'embargo russe sur les produits agricoles, décrété par Moscou en rétorsion aux sanctions prises par les Européens à la suite de la crise ukrainienne, M. Pees a estimé que "les agriculteurs européens ne peuvent pas être les dindons de la farce".

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