Paris réclame à l'ONU la fin des violences au Burundi

Des manifestants lors des funérailles d'un journaliste tué avec sa famille, à Bujumbura le 20 octobre 2013, demandant au gouvernement de mettre fin aux violences [LANDRY NSHIMIYE / AFP/Archives] Des manifestants lors des funérailles d'un journaliste tué avec sa famille, à Bujumbura le 20 octobre 2013, demandant au gouvernement de mettre fin aux violences [LANDRY NSHIMIYE / AFP/Archives]

La France a exhorté lundi la communauté internationale à mettre fin aux violences qui s'intensifient au Burundi et qui réveillent le spectre d'un génocide, comme au Rwanda voisin en 1994.

Paris va proposer une résolution dans ce sens au Conseil de sécurité, réuni sur cette crise à New York depuis 20H00 GMT, selon des diplomates. L'ambassadeur adjoint de la France auprès des Nations unies, Alexis Lamek, a appelé le Conseil à "agir" et à prendre "ses responsabilités". "Nous sommes très inquiets par ce que nous voyons au Burundi, cet accroissement de violences politiques et ce discours de haine dans une région où c'est particulièrement inquiétant", a déclaré le diplomate à des journalistes.

Des négociations sont en cours sur un texte qui proposerait de sanctionner les auteurs des violences ou ceux qui empêchent tout dialogue entre le gouvernement et l'opposition. Reste à savoir si la Russie et d'autres pays africains soutiendront ces sanctions, certains considérant ces troubles comme des problèmes internes au pays. L'ambassadeur britannique à l'ONU, Matthew Rycroft a réclamé des mesures fortes pour empêcher le pays de sombrer dans un génocide. "Nous nous souvenons de ce qui s'est passé dans la région, dans le Rwanda voisin il y a 21 ans", a rappelé M. Rycroft. "Nous ne devons pas laisser l'histoire se répéter", a-t-il martelé. Le génocide au Rwanda a, en à peine cent jours entre avril et juillet 1994, fait environ 800.000 morts, essentiellement parmi la minorité Tutsi. Le président rwandais Paul Kagame a accusé dimanche son voisin burundais de "massacrer" son peuple.

Au moins deux personnes ont été tuées et un policier blessé lundi à Bujumbura, après la mort samedi de neuf autres personnes, dont un employé de l'ONU. La communauté internationale craint des violences à grande échelle, certains durs du pouvoir ayant récemment multiplié les propos incendiaires aux connotations ethniques, dans un pays à l'histoire post-coloniale jalonnée de massacres entre Hutu et Tutsi. Le Burundi est sorti il y a moins de dix ans d'une longue guerre civile qui a fait quelque 300.000 morts entre 1993 et 2006.

Des policiers à Bujumbura lors d'une manifestation contre le président Nkurunziza, le 20 mai 2015 au Burundi [CARL DE SOUZA / AFP/Archives]
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Des policiers à Bujumbura lors d'une manifestation contre le président Nkurunziza, le 20 mai 2015 au Burundi
 

L'inquiétude a été renforcée par l'expiration samedi soir d'un ultimatum très ferme lancé aux opposants à son troisième mandat par le président Pierre Nkurunziza, qui semble décidé à en finir avec plus de six mois de contestation. Tout en promettant l'amnistie à ceux qui "déposeraient les armes", M. Nkurunziza a averti qu'ensuite la police -- qui a déjà brutalement mis fin à la mi-juin à six semaines de manifestations -- serait autorisée à user "de tous les moyens" pour désarmer les quartiers contestataires.

Lundi matin, à Musaga, quartier sud de Bujumbura et un des hauts-lieux des manifestations déclenchées fin avril à l'annonce de la candidature de M. Nkurunziza à un 3e mandat, "des criminels armés" ont, selon un gradé de la police, lancé une grenade sur une patrouille de police qui a répliqué. Un policier a été blessé par cette grenade, selon ce responsable. "Deux personnes, dont un étudiant qui sortait de sa maison, ont été tuées par ces policiers qui tiraient dans tous les sens", a de son côté raconté un témoin, une version confirmée par deux autres habitants.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s'est déclaré lundi "extrêmement préoccupé par la violence" et a ajouté qu'il avait installé des postes de premiers soins dans plusieurs quartiers pour soigner les blessés. L'ONU a rapporté lundi qu'un de ses employés figurait parmi les neuf personnes tuées dans la nuit de samedi à dimanche dans l'attaque d'un bar de Kanyosha, un autre quartier d'opposants du sud de la capitale, dans un scénario qui fait penser à une exécution.

Six mois de crise au Burundi [I.Véricourt/S.Malfatto / AFP]
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Six mois de crise au Burundi
 

La présidence avait tenté samedi de rassurer la communauté internationale, observateurs et habitants des quartiers contestataires, nombreux à avoir fui leur domicile avant l'expiration de l'ultimatum. "Il n'y aura pas de guerre ni de génocide" au Burundi, a affirmé samedi Willy Nyamitwe, influent conseiller de M. Nkurunziza, "on ne permettra pas que ce pays retombe dans ses vieux démons". L'International Crisis Group (ICG) avait averti vendredi que le Burundi faisait "à nouveau face à de possibles atrocités à grande échelle et une possible guerre civile".

Paris et Washington ont eux aussi dénoncé la rhétorique du camp présidentiel, tandis que le secrétaire général de l'ONU s'est insurgé contre "l'impunité généralisée" au Burundi. La candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat, contraire à la Constitution selon l'opposition et la société civile, a plongé depuis fin avril le Burundi dans une grave crise ayant fait au moins 200 morts et poussé quelque 200.000 personnes à trouver refuge dans les pays voisins, selon l'ONU.

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