Des milliers de Syriens fuient Alep

Des membres de forces pro-gouvernementales syriennes près de Zahraa, en Syrie, le 4 février 2016 [ / AFP] Des membres de forces pro-gouvernementales syriennes près de Zahraa, en Syrie, le 4 février 2016 [ / AFP]

Des dizaines de milliers de civils ont pris la fuite dans le nord de la Syrie où le régime, appuyé par l'aviation russe, a intensifié jeudi son offensive visant à assiéger la ville d'Alep, une des dernières places fortes de la rébellion.

"60 à 70.000 personnes" pourraient se réfugier en Turquie après avoir fui l'offensive du régime, a averti le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, dont le gouvernement est opposé au pouvoir de Damas. Il s'exprimait lors d'une conférence de pays donateurs organisée à Londres qui a réuni plus de 10 milliards de dollars pour aider les populations affectées par le conflit, selon le Premier ministre britannique David Cameron. Parallèlement, les fragiles espoirs d'une esquisse d'une solution politique ont été de nouveau douchés avec la suspension annoncée mercredi des pourparlers supervisés par l'ONU entre pouvoir et opposition à Genève. 

Au contraire, le ton est monté, plusieurs pays occidentaux accusant le régime d'Assad et son allié russe d'être responsables de la déconvenue de Genève. Les Etats-Unis ont de nouveau réclamé que les Russes arrêtent leurs bombardements en Syrie qui visent, selon eux, les rebelles et non les jihadistes de Daesh. Les avions russes ont bombardé 875 "cibles terroristes" en Syrie au cours des "trois derniers jours", notamment dans la région d'Alep, selon Moscou.

Ces frappes ont fait jeudi au moins 21 morts parmi les civils, dont trois enfants, dans des quartiers rebelles d'Alep, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). L'ancienne capitale économique de la Syrie est depuis 2012 une place forte des rebelles qui en contrôle l'est tandis que les quartiers ouest sont aux mains du régime.

"Le début de la fin"

Mais les rebelles se trouvent désormais dans une situation extrêmement difficile, les forces progouvernementales ayant réussi à couper leur principale route d'approvisionnement jusqu'à la Turquie. Elles ont pour cela levé le siège de deux localités chiites au nord d'Alep, Nebbol et Zahra, assiégés par les rebelles depuis 2012. Si l'armée avance davantage vers Alep, "le siège sera total", selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH. "A moins qu'ils ne reçoivent une aide urgente des pays du Golfe et de la Turquie, cela pourrait marquer le début de la fin pour eux".

L'offensive lancée lundi par l'armée a poussé près de 40.000 civils à fuir leurs foyers dans la région, selon l'OSDH. Des milliers d'entre eux se trouvent sans abri dans le nord de la Syrie ainsi que près de la frontière avec la Turquie. S'alarmant du nombre de réfugiés se dirigeant vers la Turquie, M. Davutoglu a accusé "les complices de Bachar al-Assad" d'être "tout autant coupables de "crimes de guerre", en référence à Moscou.

L'armée russe a de son côté affirmé avoir "de sérieuses raisons" de croire que la Turquie préparait une "intervention militaire" en Syrie. Elle a cité l'accumulation à la frontière d'hommes et de matériel et l'interdiction par Ankara du survol de son territoire par un avion de reconnaissance russe.

"Fermer la frontière"

A Damas, un haut responsable a affirmé à l'AFP que le régime ambitionnait d'aller plus loin que la percée de mercredi. "Les prochains objectifs sont de fermer la frontière avec la Turquie pour empêcher l'arrivée de troupes et d'armes (aux rebelles, ndlr). Ce sera ensuite la province d'Alep puis celle d'Idleb (nord-ouest)", capturée en 2015 par les rebelles, a-t-il dit.

Le Conseil de sécurité de l'ONU tiendra vendredi matin des consultations avec le médiateur de l'ONU en Syrie Staffan de Mistura. Ce dernier, qui s'est refusé à parler "d'échec", devra expliquer pourquoi il a décidé une "pause" jusqu'au 25 février des discussions à Genève.

Des Syriens inspectent un véhicule détruit par des bombardements à Alep le 16 janvier 2016  [Karam Al-Masri / AFP/Archives]
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Des Syriens inspectent un véhicule détruit par des bombardements à Alep le 16 janvier 2016

 

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a affirmé que "l'offensive brutale" lancée par le régime à Alep "avec le soutien de la Russie torpille les négociations".  Sur le même ton, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a rappelé lors d'une discussion "musclée" avec son homologue russe Sergueï Lavrov, qu'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU appelait à un cessez-le-feu immédiat pour permettre l'acheminement de l'aide aux villes assiégées. Moscou a annoncé que les deux hommes ont exprimé l'espoir que la suspension des négociations serait "aussi courte que possible".

A Londres, M. Cameron s'est félicité de l'engagement des donateurs de mobiliser 10 milliards de dollars, soit "la plus grosse somme jamais réunie en un jour en réponse à une crise humanitaire". L'objectif de la conférence était de lever neuf milliards en faveur des 18 millions de Syriens victimes de la guerre, avec l'ambition d'endiguer la crise des réfugiés qui, du Moyen-Orient à l'Europe, pèse sur les pays d'accueil. Londres a promis 1,74 milliard de dollars d'ici 2020, l'Allemagne 2,3 milliards d'euros d'ici 2018 et les Etats-Unis 890 millions de dollars.

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