Des quartiers rebelles d'Alep étaient en feu jeudi après une nuit d'intenses bombardements tandis qu'à New York, les principaux pays impliqués dans la crise syrienne tentaient de ressusciter la trêve qui a rendu l'âme cette semaine.
Au lendemain de l'avertissement du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui estime que désormais "tout peut basculer d'un côté comme de l'autre" en Syrie, de nouvelles discussions internationales devaient avoir lieu sous les auspices de Washington et Moscou malgré des échanges de plus en plus acrimonieux entre les diplomaties américaine et russe.
Sur le terrain, l'ONU a repris la livraison d'aide et envoyé un convoi vers une zone rebelle assiégée près de Damas, deux jours après une attaque meurtrière sur un convoi humanitaire. Et à Genève, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura a souhaité entamer "ces prochaines semaines" des pourparlers "directs" avec les parties syriennes et appelé à une nouvelle trêve.
La précédente, initiée par Moscou et Washington, a duré une semaine avant de voler lundi en éclats, provoquant une reprise des combats sur tous les fronts dans cette guerre qui ravage le pays depuis cinq ans et a fait plus de 300.000 morts.
A Alep, deuxième ville de Syrie et front important du conflit, des quartiers rebelles était en feu à la suite d'intenses bombardements et de violents affrontements se déroulaient dans les quartiers périphériques. Un correspondant de l'AFP a rapporté que son quartier de Boustane al-Qasr était ravagé par des incendies, combattus toute la nuit par les pompiers volontaires. Selon des militants antirégime du Aleppo Media Center, des "bombes au phosphore" ont été utilisées.
A lire aussi : Syrie : la paix impossible
Les équipes de la défense civile --les Casques blancs-- tentaient d'éteindre ces incendies au milieu d'une pluie d'étincelles tombant des lignes électriques en feu. Des militants des zones rebelles d'Alep ont accusé le régime du président Assad et la Russie d'avoir utilisé des bombes incendiaires. Des tirs au mortier venus des zones rebelles de la ville ont par ailleurs touché les quartiers progouvernementaux, a indiqué l'OSDH sans donner de bilan.
![Un homme recherche des victimes dans les ruines de bâtiments après des raids aériens, le 21 septembre 2016 à Alep, en Syrie [AMEER ALHALBI / AFP]](http://static.directmatin.fr/sites/default/files/styles/image_630/public/5fac00748a5f6ce6eda27fa496e3e6a5ee17e79d.jpg?itok=8M6rrqK0)
ci-dessus
Sur une vidéo diffusée par ce Centre, une boule de feu illumine le ciel au-dessus de ce qui apparait être la ville d'Alep, avec des éclairs à l'horizon. "Horribles images de bâtiments résidentiels en feu après des raids du régime/russes avec des bombes au phosphore sur Alep", a affirmé dans un tweet un journaliste citoyen, Hadi al-Abdallah.
Horrific footage of residential buildings on fire after regime/Russian phosphorous strikes on Aleppo #AleppoIsBurningpic.twitter.com/uCCJJ5oJNV
— هادي العبدالله Hadi (@HadiAlabdallah) 22 septembre 2016
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a relevé que 14 raids avaient visé les quartiers rebelles de Boustane al-Qasr et Al-Kallasé et tué sept personnes, dont trois femmes et trois enfants. Pour son directeur Rami Abdel Rahmane, il s'agit "des frappes les plus intenses depuis des mois" sur ces deux quartiers.
"Les raids ininterrompus la nuit dernière ont été si violents que c'est vraiment indescriptible", a affirmé à l'AFP Ibrahim Abou al-Leith, porte-parole des "Casques blancs". Ces équipes de la Défense civile de l'opposition en Syrie ont été récompensées jeudi par le prix Right Livelihood, qui se veut un "Nobel alternatif" décerné par une fondation privée suédoise.
L'OSDH a par ailleurs indiqué que de violents combats se déroulaient dans le quartier de Ramoussa, au sud-ouest d'Alep, où les rebelles tentent d'enrayer une offensive gouvernementale.
Aboutissement de discussions marathon entre le secrétaire d'Etat américain John Kerry et son homologue russe Serguei Lavrov, la trêve avait volé en éclats lundi lorsque l'armée syrienne avait annoncé la fin d'une semaine d'arrêt des combats. M. Lavrov n'a toutefois pas fermé la porte à une nouvelle trêve mais a affirmé qu'il "ne pouvait plus y avoir de pause unilatérale" par l'armée du président Bachar al-Assad, accusant l'opposition d'avoir repris les hostilités.
A New York, MM. Kery et Lavrov multiplient les contacts malgré une passe d'arme glaciale mercredi au Conseil de sécurité de l'ONU. Ils doivent diriger jeudi une nouvelle réunion des 23 pays et organisations internationales du Groupe international de soutien à la Syrie. Selon son adjoint Ramzy Ezzeldin Ramzy, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie espère de son côté entamer "dans les prochaines semaines" des "négociations directes" entre les parties syriennes, ce qui serait une première. Staffan de Mistura compte "engager immédiatement les parties syriennes dans des discussions préparatoires en vue (...) de négociations directes", a dit M. Ramzy à Genève.