En Colombie, l'accord de paix avec les Farcs est l'enjeu principal du scrutin

Des employés terminent les derniers préparatifs[John VIZCAINO / AFP]

Un affrontement inédit entre droite et gauche se profile en Colombie ce dimanche, pour la première élection présidentielle depuis la paix avec l'ex-guérilla Farc. Un pacte qui a polarisé une société meurtrie par le conflit, et dont l'avenir se joue avec ce scrutin.

Dans une Colombie où la droite règne depuis toujours, son champion Ivan Duque, nouveau en politique, part favori pour ce premier tour, mais talonné par un candidat anti-système, Gustavo Petro, ancien maire de gauche de Bogota.

«Ces élections ont une signification énorme pour un pays où renaît l'espérance. Nous devons continuer à construire la paix», a tweeté le chef de l'Etat sortant Juan Manuel Santos, 66 ans. Il a appelé samedi les Colombiens à participer «massivement» et «pacifiquement à cette décision si importante pour l'avenir».

Après deux mandats depuis 2010, ce président de centre-droit, artisan de la fin d'une confrontation armée de plus d'un demi-siècle, ne peut se représenter. La consolidation de la paix, fragilisée par des retards dans l'application de l'accord, dépendra de son successeur.

La Colombie élit le successeur de Santos [Nicolas RAMALLO / AFP]
La Colombie élit le successeur de Santos[Nicolas RAMALLO / AFP]

La droite dure, opposée au pacte signé avec l'ex-guérilla Farc et aux pourparlers entamés avec l'Armée de libération nationale (ELN), dernière rébellion du pays, entend reconquérir la présidence avec un candidat jeune. Si ce n'est ce dimanche, ce sera au second tour le 17 juin.

Paix, corruption et inégalités

Le candidat de la droite à la présidentielle Ivan Duque lors d'un meeting de campagne, le 20 mai 2018 à Bogota [Raul ARBOLEDA / AFP/Archives]
Le candidat de la droite à la présidentielle Ivan Duque lors d'un meeting de campagne, le 20 mai 2018 à Bogota[Raul ARBOLEDA / AFP/Archives]

Outre la révision de l'accord de paix, qu'il juge laxiste envers les ex-guérilleros exemptés de prison s'ils admettent leurs crimes, Ivan Duque, 41 ans, promet d'éradiquer la drogue, la corruption et de relancer la 4e économie d'Amérique latine, en berne à 1,8% de croissance.

Parmi six candidats, cet avocat et économiste représente une coalition menée par le Centre démocratique (CD) du controversé, mais populaire ex-président Alvaro Uribe. Crédité de 37,6% à 41,5% des voix selon les sondages, Duque défend la liberté d'entreprendre, les valeurs traditionnelles de la famille et vilipende le Venezuela voisin en faillite.

Son principal rival, Gustavo Petro (crédité de 24,2% à 29,5% des voix), du mouvement Colombie Humaine, est un ex-guérillero du M-19 dissout. A 58 ans, il séduit les foules avec un programme favorable aux plus humbles, mais se voit reprocher ses accointances avec le socialisme vénézuélien.

Dans un pays allié des Etats-Unis, il défend l'accord avec l'ex-guérilla Farc et le dialogue avec l'ELN, qui a suspendu ses actions armées à l'occasion de l'élection. La sécurité a toutefois été renforcée pour le scrutin, ouvert de 8h00 à 16h00 (13h00 à 21h00 GMT), avec le déploiement d'environ 150.000 militaires.

Le candidat de la gauche à la présidentielle Gustavo Petro (c) lors d'un meeting de campagne, le 16 mai 2018 à Medellin, en Colombie [JOAQUIN SARMIENTO / AFP/Archives]
Le candidat de la gauche à la présidentielle Gustavo Petro (c) lors d'un meeting de campagne, le 16 mai 2018 à Medellin, en Colombie[JOAQUIN SARMIENTO / AFP/Archives]

Premier producteur mondial de cocaïne, ce pays de 49 millions d'habitants reste confronté à la violence de groupes illégaux, qui se disputent le contrôle du narco-trafic dans les anciens fiefs des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), converties en parti politique sous le même acronyme.

En tête des nations les plus inégalitaires du continent, après Haïti et le Honduras, la Colombie peine à émerger d'un conflit qui, au fil des décennies, a impliqué une trentaine de rébellions, des paramilitaires et les forces de l'ordre, faisant plus de huit millions de victimes, entre morts, disparus et déplacés.

Le facteur Uribe

Colombie [Anella RETA / AFP]
Colombie[Anella RETA / AFP]

En 2016, à la surprise générale, l'accord de paix avait été rejeté par référendum, avant d'être renégocié, puis voté au Parlement. Les résultats électoraux sont parfois imprévisibles et l'abstention flirte traditionnellement avec les 50%.

«Deux candidats sont clairement en tête et, sauf surprise et une grande erreur des sondages, Petro et Duque iraient au second tour, bien qu'il existe aussi la possibilité que Duque gagne au premier», a déclaré à l'AFP Nicolas Liendo, politologue de l'Université Sergio Arboleda.

Après avoir essuyé un échec cuisant en mars --lorsqu'elle s'est confrontée à la réalité des urnes et n'a pas réussi à dépasser 0,5% pour gagner plus que les 10 sièges parlementaires octroyés par l'accord de paix-- la Farc (Force alternative révolutionnaire commune) a renoncé à la présidentielle.

La droite dure s'était imposée à ces législatives. S'il succède à M. Santos le 7 août, Duque devrait compter sur l'appui du Congrès. Mais il bénéficie surtout de l'aura d'Uribe. Après deux mandats (2002-2010), «le papa de la Colombie», comme l'a lancé l'animateur d'un meeting, ne peut se représenter. Il a donc adoubé son jeune poulain qu'il se défend de manipuler tel une marionnette.

«Cependant, les sondages montrent aussi un niveau élevé d'indécis ou de vote blanc, ce qui pourrait générer une surprise», avertit l'analyste Andrés Macias, de l'Université Externado.

Un outsider, tel l'ex-maire de Medellin, Sergio Fajardo (Coalition Colombie, centre-gauche), ou l'ancien vice-président German Vargas (Changement radical, centre-droit), pourrait donc jouer les trouble-fête.

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