Belgique : fin de la coalition, Charles Michel chef d'un gouvernement minoritaire

Le Premier ministre belge Charles Michel donne une conférence de presse le 8 décembre 2018 à Bruxelles à l'issue d'un conseil des ministres [NICOLAS MAETERLINCK / BELGA/AFP] Le Premier ministre belge Charles Michel donne une conférence de presse le 8 décembre 2018 à Bruxelles à l'issue d'un conseil des ministres [NICOLAS MAETERLINCK / BELGA/AFP]

Le Premier ministre belge Charles Michel a pris dimanche la tête d'un gouvernement minoritaire, après la démission des ministres nationalistes flamands de la coalition gouvernementale, en raison d'une divergence profonde sur le Pacte de l'ONU sur les migrations.

Ces démissions ont été «acceptées» par le roi des Belges à la mi-journée, selon un communiqué, à l'issue d'une rencontre au Palais royal avec M. Michel, venu lui présenter la situation politique et le nom des ministres qui héritent des portefeuilles vacants (Intérieur mais aussi Finances, Défense et Migration).

L'ex-ministre de l'Intérieur Jan Jambon, issu de l'Alliance néoflamande (N-VA, nationalistes flamands), avait confirmé dimanche sur la télévision publique RTBF que lui-même et les autres ministres de son parti allaient démissionner.

«C'est clair, c'est net», avait-il dit, mettant fin à plusieurs heures de flou.

Avec ce départ de la N-VA, poids lourd de cette coalition belge, le Premier ministre Charles Michel prend la tête d'un gouvernement sans majorité au Parlement, à cinq mois des prochaines élections législatives prévues fin mai.

Le gouvernement a souvent tangué depuis quatre ans en raison des prises de positions jugées radicales de la N-VA sur la migration.

Le président du parti Bart De Wever avait lancé samedi soir un ultimatum à M. Michel, laissant entendre que la N-VA s'en irait si ce dernier s'envolait pour Marrakech dimanche afin d'approuver au nom de la Belgique le Pacte de l'ONU sur les migrations.

«Si on n'a plus de voix dans ce gouvernement (...) ça ne sert à rien de continuer», avait-il lancé.

Le président du parti Bart De Wever a lancé le 8 décembre 2018 un ultimatum à Charles Michel, laissant entendre que la N-VA s'en irait si ce dernier s'envolait pour Marrakech dimanche afin d'approuver au nom de la Belgique le Pacte de l'ONU sur les migrations. [THIERRY ROGE / POOL/AFP]
Le président du parti Bart De Wever a lancé le 8 décembre 2018 un ultimatum à Charles Michel, laissant entendre que la N-VA s'en irait si ce dernier s'envolait pour Marrakech dimanche afin d'approuver au nom de la Belgique le Pacte de l'ONU sur les migrations. [THIERRY ROGE / POOL/AFP]

«Je prends (...) acte ce soir que la N-VA quitte la majorité», avait répondu M. Michel dans la foulée. Il avait répété sa ferme intention de représenter la Belgique à Marrakech comme «chef de gouvernement d'une coalition responsable».

Samedi soir, un conseil des ministres de la dernière chance avait été convié, mais il n'a pas permis de surmonter les divergences.

«Pacte avec le diable»

La N-VA était le seul des quatre partis de la coalition opposé à ce texte onusien, qui doit être approuvé lundi et mardi au Maroc par les pays de l'ONU, avant d'être ratifié lors d'un vote au siège des Nations Unies à New York le 19 décembre.

Le pacte avait d'abord fait l'objet d'un consensus gouvernemental cet été, mais la N-VA a changé d'avis fin octobre.

La crise, latente depuis plusieurs semaines, a éclaté mardi soir, quand Charles Michel a annoncé son intention de se tourner vers le Parlement, faute d'unanimité au sein de son gouvernement.

Il en allait de la «crédibilité» de la Belgique au plan international, avait expliqué le Premier ministre, qui avait lui-même défendu ce texte à la tribune de l'ONU fin septembre.

Jeudi, une large majorité droite/gauche s'est dégagée en plénière à la Chambre en faveur d'une résolution demandant au gouvernement de soutenir le pacte. La N-VA s'est retrouvée isolée au côté du parti d'extrême droite Vlaams Belang.

Philip Claeys, du Vlaams Belang, Marine Le Pen, président du Rassemblement national (RN) français, Tom Van Grieken, chef du Vlaams Belang, et Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump lors d'une réunion publique à Bruxelles le 8 décembre 2018 [NICOLAS MAETERLINCK / BELGA/AFP]
Philip Claeys, du Vlaams Belang, Marine Le Pen, président du Rassemblement national (RN) français, Tom Van Grieken, chef du Vlaams Belang, et Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump lors d'une réunion publique à Bruxelles le 8 décembre 2018 [NICOLAS MAETERLINCK / BELGA/AFP]

Ce parti anti-immigration a d'ailleurs tenu samedi un meeting à Bruxelles avec Marine Le Pen, cheffe de l'extrême droite française, et Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, afin de dénoncer ce Pacte, brandi comme épouvantail par les populistes à travers l'UE à l'approche des élections européennes en mai prochain.

«Le pays qui signera ce pacte, évidemment, il signera un pacte avec le diable», avait affirmé la dirigeante française.

Non contraignant, le Pacte de l'ONU recense des principes --défense des droits de l'homme, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale-- et une vingtaine de propositions pour aider les pays à faire face aux migrations.

L’Italie, l’Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, l'Estonie, la Lettonie, la Suisse, l’Australie, Israël et la République dominicaine ont décidé de ne pas se rendre à Marrakech.

Les Etats-Unis s’étaient retirés de l’élaboration du Pacte en décembre dernier.

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