Venezuela : Juan Guaido à la frontière colombienne pour faire entrer l'aide humanitaire

L'opposant Juan Guaido part jeudi avec un convoi de ses partisans à la frontière avec la Colombie, pour tenter de faire entrer au Venezuela l'aide humanitaire envoyée par les Etats-Unis, bloquée par l'armée fidèle au président Nicolas Maduro.

«Des députés de l'Assemblée nationale (dominée par l'opposition au président Maduro, NDLR) accompagneront le président Juan Guaido au sein du convoi», indique un message envoyé aux journalistes par le service de presse de M. Guaido.

Auparavant, M. Guaido avait affiché sa détermination de briser le blocus militaire du pays imposé par Nicolas Maduro.

«Par mer, par terre (...) Nous devons ouvrir un corridor humanitaire quoi qu'il arrive», avait lancé le chef de file de l'opposition devant des dizaines de routiers et chauffeurs de bus réunis dans l'est de Caracas pour offrir leur appui, samedi, à l'opération d'acheminement de l'aide humanitaire stockée aux portes du Venezuela.

José Figueroa, 60 ans, chauffeur de bus privé, prévoit de quitter Caracas dans les prochains jours dans un convoi d'une trentaine véhicules. «Ce sera très difficile (samedi). Mais une balle vous tue plus vite que la faim», dit-il.

Reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays, Juan Guaido a expliqué que des brigades de volontaires se rendraient en «caravanes» en différents points de l'Etat de Tachira (ouest), frontalier avec la Colombie, et celui de Bolivar (sud), frontalier avec le Brésil.

Camions et autocars utilisés pour prendre livraison de l'aide humanitaire envoyée par les Etats-Unis et le Brésil, lors d'un rassemblement en soutien à l'opposant vénézuélien Juan Guaido, le 20 février 2019 à Caracas [Federico Parra                       / AFP]
Camions et autocars utilisés pour prendre livraison de l'aide humanitaire envoyée par les Etats-Unis et le Brésil, lors d'un rassemblement en soutien à l'opposant vénézuélien Juan Guaido, le 20 février 2019 à Caracas [Federico Parra / AFP]

L'opposant de 35 ans a également mentionné les ports de Cabello et de La Guaira, les deux principaux du pays.

Comme un symbole du bras de fer qui se joue autour de l'entrée de l'aide humanitaire entre Juan Guaido et le président Nicolas Maduro, deux concerts, l'un pour demander l'acheminement de l'aide, l'autre pour la refuser, auront lieu la veille du jour «J», à quelque 300 mètres de distance.

Concerts face à face

Destiné à recueillir des dons pour la population vénézuélienne, l'un des concerts - avec plusieurs vedettes internationales annoncées - organisé par le milliardaire britannique Richard Branson, aura lieu dans la ville colombienne de Cucuta, non loin du pont de Tienditas, bloqué depuis deux semaines par les autorités vénézuéliennes.

Le président du Paraguay, Mario Abdo, a annoncé mercredi sa présence à ce concert en signe «de solidarité (...) avec la défense de la démocratie au Venezuela».

D'abord annoncé sur un autre pont frontalier, le contre-concert organisé par le gouvernement se déroulera finalement sur ce même pont, du côté vénézuélien, a annoncé mercredi Diaro Vivas, un responsable chaviste. Ce pont assure la liaison entre Ureña (Venezuela) et Cucuta, où de l'aide d'urgence américaine est entreposée depuis le 7 février.

Des manifestations pro-Guaido et pro-Maduro sont également prévues dans tout le pays samedi, journée qui s'annonce sous haute tension.

En prévision de cette situation de crise, la compagnie Air France a suspendu mercredi et au moins jusqu'à lundi ses vols à destination de Caracas.

Des partisans de l'opposant vénézuélien Juan Guaido lors d'un rassemblement, le 20 février 2019 à Caracas [YURI CORTEZ / AFP]
Des partisans de l'opposant vénézuélien Juan Guaido lors d'un rassemblement, le 20 février 2019 à Caracas [YURI CORTEZ / AFP]

«Même s'ils pointent leurs armes vers nous (....) nous n'avons pas peur, la poitrine découverte, nous continuerons à descendre dans la rue, réclamant la liberté pour tout le Venezuela», a lancé Juan Guaido.

La grande inconnue reste toujours la façon dont l'opposant et ses partisans comptent rompre le blocus militaire que le gouvernement ne cesse de renforcer. Le chef de l'Etat refuse catégoriquement toute entrée d'aide d'urgence qu'il qualifie de «show politique» de l'opposition et des Etats-Unis.

Mercredi, après avoir annoncé la suspension des vols et liaisons maritimes avec les îles néerlandaises d'Aruba, Bonaire et Curaçao - cette dernière devant abriter de l'aide en provenance de Miami - le gouvernement à interdit à toute embarcation de quitter les ports du pays.

«Outil de négociation»

Juan Guaido a tenté une énième fois de convaincre les militaires, soutien clé du pouvoir chaviste, de se ranger derrière lui. «Messieurs de l'armée (...) Les gens veulent vous voir aider à livrer ces caisses aux hôpitaux», a-t-il déclaré.

Réunis mercredi à Miami, des responsables militaires américains et colombiens ont encore accentué la pression, exhortant leurs homologues vénézuéliens à «faire ce qu'il faut».

De son côté, l'ONG Amnesty International a appelé Nicolas Maduro à reconnaître la gravité de la crise socio-économique qui frappe le pays et à autoriser l'entrée de l'aide humanitaire. Elle a toutefois mis en garde contre l'utilisation des besoins de la population «comme outil de négociation politique».

Le pont de Tienditas, où doivent avoir lieu les concerts rivaux, n'est toutefois pas le seul point de passage dans la zone. Le plus important, le pont Simon Bolivar, reste ouvert au piétons.

Frappés de plein fouet par une hyperinflation record, des centaines de Vénézuéliens traversent chaque jour la frontière à cet endroit avec des cargaisons illégales, selon la police colombienne.

«Nous n'excluons rien du tout», a dit M. Guaido interrogé pour savoir si l'aide pourrait entrer par ce type de voies alternatives.

«A cette frontière, entrent et sortent quotidiennement des marchandises au nez et à la barbe des autorités des deux pays : à travers la montagne, par des sentiers, par le fleuve. Il n'y a aucune manière de contrôler si ces personnes emmènent un sac d'aide humanitaire», relève l'analyste Luis Vicente León.

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