Malgré les accusations de «dérive autoritaire» par l’opposition et la société civile, le président sortant Kaïs Saied a remporté l’élection présidentielle en Tunisie, ce dimanche 6 octobre. Âgé de 66 ans, il a été reconduit avec plus de 90% des suffrages pour un 2e mandat.
Pourra-t-il sauver l'économie tunisienne ? C'est l'un des défis majeurs qui l'attendent. Ce dimanche 6 octobre, les Tunisiens ont été appelés à se rendre aux urnes dans le cadre de l'élection présidentielle de 2024. Ils avaient le choix entre trois candidats : le président sortant Kaïs Saied, l'industriel libéral Ayachi Zammel ou encore l'ancien député de la gauche panarabe Zouhair Maghzaoui.
Finalement, c'est le président sortant, Kaïs Saied, qui a remporté la présidentielle, récoltant 90,7% des voix, loin devant Ayachi Zammel (7,35% des suffrages) et Zouhair Maghzaoui (1,97% des voix), selon les chiffres officiels publiés par l'Instance Supérieure Indépendante pour les Élections (Isie) ce lundi 7 octobre.
Avec cette victoire, Kaïs Saied est reconduit pour un 2e mandat à la tête de la Tunisie, convaincu d'être investi pour une «mission divine» pour sauver son pays des «complots» extérieurs.
IL EST SURNOMMÉ «ROBOCOP»
Sa droiture et sa haute stature, associées à sa voix grave et à sa façon de parler l'arabe littéraire à la télévision, une rareté, les autres préférant s'exprimer en dialecte tunisien, font de lui une personnalité atypique surnommée «Robocop». Kaïs Saied est issu d'une famille de la classe moyenne tunisienne, est le père de trois enfants et est marié à Ichraf Saïed, juge.
Un positionnement politique indépendant
Les commentateurs politiques ont du mal à définir sa ligne politique. Sur les questions de société, il reste clairement conversateur : il s'est exprimé en faveur de la peine de mort pour les terroristes, contre la dépénalisation de l'homosexualité et l'égalité des sexes dans l'héritage (en Tunisie, les femmes héritent moitié moins que les hommes). Des positions que l'homme de 61 ans estime être en accord avec les volontés du peuple tunisien.
Mais ces positions conservatrices lui ont aussi valu d'être taxé à tort de «salafiste». «Ai-je l'air d'un salafiste? Discuter avec quelqu'un vous fait-il appartenir à son mouvement politique? (il fait référence à une photo où l'on le voit prendre un café avec Ridha Belhaj, un ex-cadre du parti islamiste Hizb ut-Tahrir, ndlr)», répondait-il dans une interview donnée à L'Obs celui qui aime citer «Voltaire et Hugo». «Je n'appartiens à aucun parti. Je suis indépendant et je le resterai.»
«Il n'a jamais exprimé de soutien pour un parti politique, il se considère comme un anti-système et un pro-révolution», a glissé Fedy Abid, journaliste tunisien.
Sa campagne s'est faite sans le soutien d'un parti, ne pariant que sur son nom et ses financements. Le coeur de son électorat est composé de jeunes éduqués, qui ont fait campagne pour lui.
La principale information qui ressort de son message politique, c'est sa volonté de réorganiser la vie politique tunisienne, sans que les contours de cette réforme soient bien définis.
Un premier mandat et une «dérive autoritaire»
Kaïs Saïed a été professeur de droit constitutionnel dans les facultés de Sousse puis de Tunis jusqu'en 2018, date de sa retraite. Il a présidé l'Association tunisienne de droit constitutionnel depuis 1995 et et reste éloigné de la politique, jusqu'à la révolution au début des années 2010.
En étant régulièrement invité à la télévision, il s'est alors fait connaître par les Tunisiens. «Il est apparu dans les médias tunisiens après la révolution lors de la mise en place de l'Assemblée constituante (après le départ de Ben Ali). Il était alors invité comme expert de la Constitution», a expliqué Fedy Abid.
Depuis, il se présente comme un défenseur de la révolution de 2011 et il apparait comme tel au yeux de nombreux Tunisiens. «Pendant la période électorale, ses soutiens scandaient "le peuple veut Kaïs Saïed", reprenant le slogan de la révolution qui disait "le peuple veut renverser le régime"», a raconté le journaliste tunisien.
Elu démocratiquement en 2019 sous le slogan «Le peuple veut», Kaïs Saied avait été applaudi par des foules en liesse quand il s'était octroyé les pleins pouvoirs le 25 juillet 2021 pour, assurait-il, répondre aux blocages politiques et économiques.
Trois ans plus tard, Amnesty International pointait «un inquiétant recul des droits fondamentaux dans le berceau du Printemps arabe» et «un virage autoritaire», détricotant les acquis de la Révolution ayant renversé le dictateur Zine El Abidine Ben Ali en 2011.
Dès février 2022, l'ancien maître-assistant en droit constitutionnel a dissous le Conseil supérieur de la magistrature, «dernier bastion de l'impartialité judiciaire», selon Amnesty, et recompose à sa guise la direction de l'autorité électorale Isie.
![Kaïs Saïed est président de la Tunisie depuis le 23 octobre 2019. [Tingshu Wang/Pool/File Photo/Reuters]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/2024-08-02t110133z_1859212918_rc2g18a8e1ds_rtrmadp_3_tunisia-politics-election_66b4e20b5f5f1_0.jpg?itok=eW8XETYK)
![Cette situation d’incertitude constatée en France a déjà été vécue auparavant en Italie, en Belgique ou encore en Tunisie à la suite de la dissolution du Parlement. [REUTERS/AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/leg_667d667f65e5f_0.jpg?itok=Pif5oM7h)