Qui est Kaïs Saïed, le nouveau président tunisien ?

Kaïs Saïed est élu pour cinq ans. Kaïs Saïed est élu pour cinq ans.[Fethi Belaid / AFP]

Elu avec plus de 70% des voix face au magnat de la télévision Nabil Karoui, Kaïs Saïed est le nouveau président de la République tunisienne pour cinq ans. Portrait de ce constitutionnaliste de 61 ans.

IL EST SURNOMMÉ «ROBOCOP»

Sa droiture et sa haute stature, associées à sa voix grave et à sa façon de parler l'arabe littéraire à la télévision, une rareté, les autres préférant s'exprimer en dialecte tunisien, font de lui une personnalité atypique surnommée «Robocop». Agé de 61 ans, il est issu d'une famille de la classe moyenne tunisienne, est le père de trois enfants et est marié à Ichraf Saïed, juge. 

Un positionnement politique indépendant

Les commentateurs politiques ont du mal à définir sa ligne politique. Sur les questions de société, il reste clairement conversateur : il s'est exprimé en faveur de la peine de mort pour les terroristes, contre la dépénalisation de l'homosexualité et l'égalité des sexes dans l'héritage (en Tunisie, les femmes héritent moitié moins que les hommes). Des positions que l'homme de 61 ans estime être en accord avec les volontés du peuple tunisien.

Mais ces positions conservatrices lui ont aussi valu d'être taxé à tort de «salafiste». «Ai-je l'air d'un salafiste? Discuter avec quelqu'un vous fait-il appartenir à son mouvement politique? (il fait référence à une photo où l'on le voit prendre un café avec Ridha Belhaj, un ex-cadre du parti islamiste Hizb ut-Tahrir, ndlr)», répond-t-il dans une interview donnée à L'Obs celui qui aime citer «Voltaire et Hugo». «Je n'appartiens à aucun parti. Je suis indépendant et je le resterai.»

«Il n'a jamais exprimé de soutien pour un parti politique, il se consièdre comme un anti-système et un pro-révolution», glisse Fedy Abid, journaliste tunisien.

Sa campagne s'est faite sans le soutien d'un parti, ne pariant que sur son nom et ses financements. Le coeur de son électorat est composé de jeunes éduqués, qui ont fait campagne pour lui. 

La principale information qui ressort de son message politique, c'est sa volonté de réorganiser la vie politique tunisienne, sans que les contours de cette réforme soient bien définis.

C'est un expert en droit constitutionnel

Kaïs Saïed a été professeur de droit constitutionnel dans les facultés de Sousse puis de Tunis jusqu'en 2018, date de sa retraite. Il préside l'Association tunisienne de droit constitutionnel depuis 1995 et reste éloigné de la politique jusqu'à la révolution au début des années 2010.

En étant régulièrement invité à la télévision, il se fait alors connaître par les Tunisiens. «Il est apparu dans les médias tunisiens après la révolution lors de la mise en place de l'Assemblée constituante (après le départ de Ben Ali). Il était alors invité comme expert de la Constitution», explique Fedy Abid.

Depuis, il se présente comme un défenseur de la révolution de 2011 et il apparait comme tel au yeux de nombreux Tunisiens. «Pendant la période électorale, ses soutiens scandaient "le peuple veut Kaïs Saïed", reprenant le slogan de la révolution qui disait "le peuple veut renverser le régime"», raconte le journaliste tunisien. 

Ce dernier mois (de mi-septembre à mi-octobre), la politique a invité les Tunisiens à se rendre trois fois aux urnes, une pour les élections législatives, deux pour l'élection présidentielle. Désormais, la politique va reprendre un chemin plus sinueux, Kaïs Saïed devant trouver des soutiens à l'Assemblée pour faire passer ce qu'il a promis aux Tunisiens.

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