Tout comprendre à la crise au Chili

Un manifestant balance un vélo contre un véhicule de l'armée, le 18 octobre à Santiago. Un manifestant balance un vélo contre un véhicule de l'armée, le 18 octobre à Santiago.[CLAUDIO REYES / AFP]

De nombreuses manifestations ont émaillé le week-end dernier au Chili tuant onze personnes selon les derniers chiffres de l'AFP. Sebastián Piñera, le président chilien, estime que son pays est «en guerre».

L'augmentation du prix ticket de métro, le déclencheur

L'annonce de l'augmentation du prix du ticket de métro lors des heures de pointe, passé à 830 pesos (soit un peu plus d'un euro), a mis en colère de nombreux Chiliens. Jeudi 17 octobre, certains d'entre eux, dont de nombreux lycéens, ont appelé à des mouvements de désobéissance civile comme voyager sans ticket dans le réseau de transport souterrain très étendu de Santiago (136 kilomètres).

«Le gouvernement a réagi très fortement à cette action», soutient Antoine Maillet, professeur de sciences politiques à l'université du Chili à Santiago. Et très maladroitement. Le ministre de l'Economie, Juan Andrés Fontaine, a par exemple déclaré que si les gens ne voulaient pas subir l'augmentation du prix du ticket de métro, ils n'avaient qu'à se lever plus tôt... 

Finalement, devant les blocages et les dégradations, le métro a été fermé par les autorités. 133 personnes ont été arrêtées selon l'AFP. Samedi, Sebastián Piñera a finalement fait machine arrière et a déclaré que l'augmentation prévue n'aura pas lieu.

Un WEEK-END de protestation

La contestation sociale engagée par les lycéens, et sa repression disproportionnée par le gouvernement, a fini par embraser le pays. Dès vendredi 19 octobre, de nombreux Chiliens sont descendus dans la rue, et les revendications se sont élargies. Pour protester pacifiquement, les manifestants ont brandi des casseroles et les ont fait résonner dans les rues du pays. «Ces rassemblements sont larges, familiaux et concernent toutes les classes sociales sauf les plus hautes», décrit Antoine Maillet.

Mais ces événements pacifiques ont cotoyé les scènes d'affrontements entre émeutiers et forces de l'ordre vendredi, samedi et dimanche. Des émeutes qui ont conduit le président chilien a décréter l'état d'urgence vendredi soir, une première depuis la fin de la dictature de Pinochet en 1990. «J'ai nommé le général de division Javier Iturriaga del Campo à la tête de la défense nationale», a-t-il ajouté. S'en est suivi le déploiement très rapide de plusieurs milliers de militaires dans la capitale. 

Au total, dans le week-end, onze personnes ont trouvé la mort. «Le nombre de morts à déplorer au cours des derniers jours est de onze. Nous avons eu trois morts samedi et huit hier dimanche», a déclaré la gouverneur de Santiago, Karla Rubilar, selon des propos rapportés par l'AFP. Le gouvernement a joué la surenchère sécuritaire, instaurant un couvre-feu de 22h à 7h dans la capitale et dans certaines régions du pays - en vigueur pour une troisième nuit consécutive dans la nuit de lundi à mardi à Santiago. «La démocratie a l'obligation de se défendre», a justifié dimanche Sebastián Piñera qui assure que son pays est «en guerre».

DES MANIFESTATIONS SUR FOND D'INÉGALITÉs SOCIALES

Cette situation est une surprise pour tous les observateurs de la vie politique chilienne ; les indicateurs économiques sont au vert et le pays est présenté comme un modèle de réussite pour ses voisins. «Derrière le Chili des statistiques, la réalité est qu'il existe de très importantes inégalités», explique Antoine Maillet qui pointe du doigt «l'importance du secteur privé». «Le régime des retraites (par capitalisation, ndlr) est très critiqué et, par rapport aux standards français, elles sont très basses».

Un mouvement «sans leader» et qui cristallise «le mal-être et la frustration» d'une certaine frange de la population : des caractéristiques qui rappellent le mouvement des gilets jaunes en France, ou du moins ses débuts. «Mais ici, les manifestations concernent les habitants des centres-villes, alors que les gilets jaunes étaient plutôt des habitants des zones périurbaines», temporise l'universitaire.

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