La Chine a accentué la pression sur Taïwan ce lundi en déployant autour de l’île des avions et des navires pour l’encercler dans le cadre d’exercices militaires baptisés «Joint Sword-2024B». Ces manœuvres ont pour but de dissuader certaines ambitions séparatistes à Taïwan, selon Pékin.
Des tensions à leur paroxysme dans la région. Déjà menaçante depuis de nombreux mois à l’égard de son voisin, la Chine a accentué la pression sur Taïwan ce lundi en déployant autour de l’île des avions et des navires.
La Chine a qualifié ces nouveaux exercices de «sérieux avertissements» face aux «actions séparatistes des forces de “l'indépendance de Taïwan“». Une opération, qualifiée de «légitime et nécessaire pour sauvegarder la souveraineté de l'Etat et l'unité nationale» par le porte-parole du commandement oriental de l'armée chinoise, qui intervient quatre jours après un discours du président taïwanais qui a excédé les dirigeants chinois.
Lai Ching-te, à la tête de l'île depuis le mois de mai dernier, a déclaré qu'il «maintiendrai l'engagement de résister à l'annexion ou à l'empiètement sur notre souveraineté» par la Chine continentale, lors de sa prise de parole pendant les célébrations de la fête nationale de Taïwan.
En quoi consistent les exercices «Joint Sword-2024B» ?
Ces exercices militaires, baptisés «Joint Sword-2024B», ont lieu «dans des zones au nord, au sud et à l'est de l'île de Taïwan. Ils «se concentrent sur des patrouilles de préparation au combat mer-air, le blocus de ports et zones clés, l'assaut de cibles maritimes et terrestres ainsi que l'acquisition conjointe d'une supériorité globale», a expliqué le capitaine Li Xi.
«Des chasseurs, des bombardiers» et d'autres avions d'attaque ont été déployés, et «plusieurs destroyers et frégates» ont été envoyés dans le détroit de Taïwan, ainsi qu'au nord, au sud-ouest et à l'est de l'île, a indiqué la télévision publique chinoise CCTV.
China starts military drills around Taiwan, with planes and ships encircling the island.
— Boar News (@PhamDuyHien9) October 14, 2024
Chinese Military launches Operation Joint Sword 2024B, launching warships and fighter jets to the north, south, east, and west of Taiwan! The island is surrounded and cut off!! Taiwan… pic.twitter.com/HJ80Or8iMY
Les garde-côtes taïwanais ont confirmé la présence de navires de leurs homologues chinois. «Plusieurs bateaux» ont traversé la ligne médiane du détroit de Taïwan, long de 180km de large entre l'île et la Chine, et sont restés «dans nos eaux du nord, du sud-ouest et de l'est sous la forme de convois», ont assuré ces derniers dans un communiqué. Une équipe de l'AFP près de la base aérienne de Hsinchu, dans le nord de Taïwan, a vu quatre avions de chasse décoller ce lundi.
Taïwan en état «d’alerte renforcée»
Les îles taïwanaises en périphérie de l'île principale ont été placées en état «d'alerte renforcée» en raison des manœuvres militaires chinoises autour de Taïwan, a annoncé ce lundi son ministère de la Défense.
«Toutes les zones de défense des îles de la périphérie sont en état d'alerte renforcée, nos avions et navires vont réagir aux situations ennemies en accord avec les règles énoncées par le ministère» de la Défense, a déclaré ce dernier dans un communiqué.
«Un risque d’escalade»
Les Etats-Unis, qui avaient dès vendredi mis en garde contre toute «provocation» chinoise visant Taïwan après une passe d’armes entre les deux voisins, ont dénoncé des opérations «injustifiées» qui représentent un «risque d'escalade». Washington reconnaît Pékin au détriment de Taipei comme pouvoir légitime depuis 1979, mais demeure le principal allié de Taïwan et son principal fournisseur d'armes.
Le ministère taïwanais de la Défense a en outre condamné ce lundi un «comportement irrationnel et provocateur» de la Chine, assurant avoir «déployé les forces adéquates pour réagir de manière appropriée dans le but de protéger la liberté et la démocratie, ainsi que pour défendre la souveraineté» de Taïwan.
«Face à la menace ennemie, tous les officiers et soldats du pays sont prêts (...) Nous sommes déterminés et confiants d'être en mesure d'assurer la défense de la sécurité nationale», a ajouté le ministère dans un communiqué.
Le président taïwanais Lai Ching-te a convoqué une réunion de sécurité face à ces manœuvres qui entrent «en contradiction avec le droit» international, selon le chef de la sécurité Joseph Wu.
Une pression accrue de la chine depuis 2 ans
La Chine a toujours considéré Taïwan comme une partie de son territoire à réunifier un jour et n'a jamais renoncé à employer la force militaire pour en reprendre le contrôle. Elle a accentué la pression ces dernières années en renforçant son activité militaire autour de l'île, maintenant une présence quasi constante à l'aide d'avions militaires et de navires.
Pékin a organisé trois séries de manœuvres de grande ampleur ces deux dernières années, faisant intervenir son aviation et sa marine pour encercler l'île.
La Chine a également bloqué depuis plusieurs années les contacts entre Taipei et ses partenaires internationaux afin de l'isoler, l'empêchant de participer à des forums mondiaux et mettant la pression sur ses rares soutiens officiels.
![Des soldats se mettent en position pour accueillir le président taïwanais Lai Ching-te dans un camp militaire à Taoyuan, Taïwan, le 23 mai 2024. [© Ann Wang/REUTERS]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/2024-05-23t093204z_1511735697_rc28w7a9ddg4_rtrmadp_3_china-taiwan_1_665058250c76c.jpg?itok=M_qfLfOP)