Historiquement scruté en raison de son statut de «swing State» (Etat pivot), le Michigan est surveillé de près pour cette élection présidentielle américaine. Le vote des Américains issus du monde arabe peut faire pencher une balance qui se montre de plus en plus indécise.
L’élection présidentielle bat son plein à travers les Etats-Unis. Ce mardi 5 novembre, plus de 200 millions d’Américains vont élire leur futur président, et la course à la Maison Blanche entre Donald Trump et Kamala Harris s’annonce plus serrée que jamais.
Plus indécise que jamais, l’élection pourrait se jouer dans les fameux «swing States», ces Etats où aucun des deux grands partis ne gagne systématiquement. L’un d’entre eux est encore plus incertain en raison du conflit entre Israël et les terroristes du Hamas : le Michigan.
Situé dans le Midwest américain, cet Etat connu pour son industrie automobile compte l’une des concentrations les plus importantes de population arabo-musulmane dans le pays. C’est également dans le Michigan que se trouve la ville de Dearborn. Cette ville, récemment qualifiée de «capitale américaine du jihad» dans une tribune du Wall Street Journal, compte la plus grande densité de population arabe (46,3 % de la population totale) en Amérique.
S’il est plutôt favorable au camp démocrate depuis plusieurs années, le vote de la population arabo-musulmane a sensiblement changé de camp aux alentours d’une année charnière pour l’Amérique : 2001.
Un électorat arabo-musulman mobilisé
«Avant le 11-Septembre, le vote arabo-musulman allait en majorité vers le parti républicain, car plus conservateur. Depuis les attaques, et la guerre contre le terrorisme menée par George W. Bush, la plupart de ces électeurs soutiennent le parti démocrate», éclaire pour CNEWS Marie-Christine Bonzom, politologue spécialiste des Etats-Unis qui a couvert de nombreuses élections présidentielles américaines.
«Le problème pour les démocrates, en particulier pour Kamala Harris, à Dearborn et dans le Michigan avec la présence d’une population arabo-musulmane assez importante, c’est la guerre entre Israël et le Hamas», ajoute-t-elle.
Remporté par Joe Biden lors de l’élection de 2020, qui a été marquée par la pandémie du Covid-19, l’Etat du Michigan apparaît comme un symbole de cette course à la Maison Blanche : extrêmement serrée et très difficile à déchiffrer. «On a une candidate démocrate en la personne de Kamala Harris qui n'a jamais été testée aux urnes, qui n’a pas de base propre à elle au niveau national, pas comme un Bill Clinton ou un Barack Obama à l’époque, et un Donald Trump qui est une figure controversée», développe Marie-Christine Bonzom.
En plus de ce manque d’expérience électorale, Kamala Harris pourrait se heurter aux «Uncommitted», un mouvement d’électeurs qui font part de leur mécontentement et qui estiment qu’aucun candidat ne méritait leur vote. «Ce choix a été organisé par des mouvements locaux, à Dearborn et ailleurs dans le Michigan, pour mobiliser la communauté et faire entendre leurs voix et faire pression sur Joe Biden qui est président des Etats-Unis», précise la spécialiste.
We must keep up the pressure on VP Harris to take action to ensure #NotAnothetBomb. Join tens of thousands who’ve sent a message to her: turn the page on the disastrous Biden-Harris Gaza policy, save lives, stop the bombs, and unite the party.
— Uncommitted National Movement (@uncommittedmvmt) August 23, 2024
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Cette pression, appliquée par le mouvement des «Uncommitted» sur l’actuel président et la candidate à un mandat de quatre ans, s’est fait ressentir au niveau des urnes : entre 15 et 20% des votes leur sont revenus dans le Michigan lors des primaires démocrates.
«C’est là toute l’ambiguïté de la candidature de Kamala Harris : elle se présente comme une candidate au changement, mais elle est actuellement au pouvoir avec Joe Biden», selon la politologue, qui estime que «le grand défi pour un électeur arabo-musulman, c’est comment voter pour Kamala Harris le 5 novembre, alors qu’il la fustigeait en tant que 'Kamala The Killer'», un surnom donné en raison de son inaction, avec Joe Biden, face aux actions menées par Tsahal.

Le «Ni Trump, ni Harris», un danger réel pour les démocrates
Si le mouvement des «Uncommitted», qui s’est principalement fait ressentir lors des primaires démocrates, n’a pas apporté de solution à la question du choix à effectuer entre Donald Trump et Kamala Harris, d’autres mouvements ont misé sur des alternatives. Parmi elles figure la candidate du Green Party, Jill Stein.
Bien que n’ayant aucune chance de remporter de grands électeurs au cours de cette élection présidentielle, la candidate écologiste, soutenue par le mouvement «Abandon Harris», serait une vraie menace pour le camp démocrate en raison de son positionnement en faveur de la Palestine.
«C’est potentiellement très dangereux pour Kamala Harris dans le Michigan, mais aussi dans le Wisconsin, qui est l’Etat juste à côté et où il y a une population arabo-musulmane très importante», ajoute Marie-Christine Bonzom.
No better way for Kamala to declare allegiance to Netanyahu than by repeating Israeli propaganda talking points.
— Dr. Jill Stein (@DrJillStein) July 26, 2024
We must NOT stop until Palestine is free. https://t.co/9Fwiav9QIT
La perte de plusieurs milliers de voix en faveur de Jill Stein pourrait s’avérer dramatique pour Kamala Harris et Tim Walz : en 2016, Donald Trump avait empoché les 16 votes électoraux du Michigan, à la surprise générale, en devançant Hillary Clinton de moins de 11.000 bulletins. De son côté, la candidate écologiste avait obtenu plus de 50.000 voix.
«Dans un Etat comme le Michigan, comme dans les autres Etats-clés, la décision se fait sur la base de quelques milliers de voix. Jill Stein pourrait, dans une ville comme Dearborn, ainsi que celles autour, attirer pas mal de votes de désapprobation», incarnant le «ni Trump, ni Harris», poursuit la spécialiste en société américaine.
En retrait par rapport à ses adversaires et ne disposant pas du soutien d’un parti politique, le candidat indépendant Cornel West apparaît également comme une alternative aux démocrates et républicains. Classé à gauche sur l’échiquier politique américain, cet ancien candidat du Green Party, soutien de ses «frères et sœurs palestiniens», pourrait récupérer quelques voix précieuses, notamment auprès des Noirs américains, et plus particulièrement ceux convertis à l’islam.
International Day of Action for Palestine - NYC
— Cornel West (@CornelWest) October 6, 2024
I was blessed to spend today in deep solidarity with my precarious Palestinian brothers and sisters undergoing a barbaric genocide in Gaza! I spent some wonderful hours with my dear brother Norman Finkelstein! #TruthJusticeLove… pic.twitter.com/B5Ft83O4Tn
«Dans cette catégorie cruciale de l’électorat démocrate, il y a des gens qui ont pris fait et cause pour la cause palestinienne, notamment parce que, pour ces Africains-Américains, ce qu'ils considèrent comme l'opression des Palestiniens fait écho à la situation des Noirs aux États-Unis», estime la politologue, qui rappelle que «le fait que cette guerre soit menée avec du matériel américain gêne de nombreux Américains», qu’ils soient démocrates ou républicains.
![L'issue du scrutin s'annonce plus serrée que jamais. [©M. BELLO/J. CHAMBERS/REUTERS]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/combotrumpharris-taille1200_6728ab64a5e20.jpg?itok=gZae35qp)