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Il y a 80 ans, Buchenwald, où 56.000 personnes sont mortes, devenait le premier camp nazi à être libéré en Allemagne

Des roses sont placées sur les tombes de l'ancien camp de concentration de Buchenwald, où 56.000 prisonniers ont perdu la vie. [© REUTERS/Karina Hessland]

Buchenwald est le premier camp de concentration nazi libéré, le 11 avril 1945. Situé près de Weimar, en Allemagne, il a accueilli un total de 260.000 personnes, dont 56.000 sont morts. Voici pourquoi ce camp a marqué la Seconde guerre mondiale.

Une partie de l'histoire de la Seconde guerre mondiale s'est écrite à Buchenwald. Il y a 80 ans jour pour jour, une étape déterminante a été l'entrée des Alliés dans ce camp et le sauvetage des déportés. Il s'agit du tout premier camp libéré.

Buchenwald désigne une forêt d'hêtraie située sur une colline non loin de la ville de Weimar. C'est dans ce lieu qu'initialement, les Allemands voulaient enfermer des opposants au Troisième Reich, comme l'explique l'historien Jean-Pierre Guéno : «Le camp a été construit très tôt puisque il a été mis en service en juillet 1937. Il a été créé pour y placer tous les opposants au pouvoir nazi, qui étaient de plus en plus nombreux». 

«Les premiers prisonniers ont été des bâtisseurs»

Celui qui a rédigé près de 100 livres historiques reprend, en évoquant les particularités du camp : «L'une des spécificités du camp est sa taille. C'est le plus grand complexe de déportation de l'époque». Celui-ci était initialement prévu pour accueillir 8.000 prisonniers mais n'a cessé de croître. Jean-Pierre Guéno explique : «Le camp a été agrandi, les premiers prisonniers ont été des bâtisseurs. Il n'a cessé de prospérer». Au total, 139 plus petits camps ont été construits dans la région de Buchenwald et ont constitué un complexe gigantesque.

«Il a ensuite servi, durant la guerre, à y déporter tous les éléments qui posaient problème. C'était un haut foyer de la discrimination mais aussi le lieu où l'on trouvait tous les gens qui résistaient. Au mépris de toutes les conventions, on y trouvait de nombreux prisonniers de guerre français, russes, anglais, américains», reprend l'historien. Parmi les prisonniers de guerre les plus souvent cités dans l'Histoire, on compte les 168 aviateurs envoyés dans les autorités allemandes le 20 août 1944. Ceux-ci étaient d'origine américaine, britannique, canadienne, australienne, néo-zélandaise ou encore jamaïcaine.

Au total, les estimations parlent de 56.000 prisonniers masculins abattus, sur un total de 280.000 personnes accueillies par le camp. Jean-Pierre Guéno précise ces chiffres, que l'on doit à l'historien et ancien détenu de Buchenwald appelé Armin Walter : «Les estimations sont peut-être faibles. Il s'agit indéniablement d'un des camps principaux, avec Auschwitz et Birkenau. De nombreux historiens pensent qu'au moins 56.000 prisonniers masculins ont été tués à Buchenwald. Mais les autorités du camp n'ont pas tenu de registres précis, donc les nombres sont des estimations».

Entre héroïsme des prisonniers et conquête américaine

Le 11 avril 1945, le camp n'est plus sous le contrôle allemand. Longtemps, l'histoire raconte que les prisonniers eux-même se sont libérés, notamment durant la période de la guerre froide. Une fois l'Allemagne réunifiée, les historiens déconstruisent progressivement ce «mythe» et s'accordent à dire que les prisonniers ont joué un rôle secondaire durant cette période.

L'une des preuves de cet héroïsme a par exemple été l'envoi d'explosifs à destination de Buchenwald par les Allemands. Ils souhaitaient faire disparaitre le camp avant que celui-ci ne soit découvert par les Alliés. Une solution qui n'a jamais vu le jour. L'ordre de faire exploser les lieux a été communiqué par un membre de la Gestapo, par téléphone, mais a été reçu par un prisonnier qui a prétendu que l'explosion avait déjà été faite.

Mais le processus de libération avait commencé bien avant cette date fatidique : les Allemands, renseignés sur l'avancée des Américains, ont anticipé. «Quand l'armée américaine s'approche, les allemands effectuaient des marches de la mort et un tiers des prisonniers sont morts lors des marches ou abattus par les SS», raconte Jean-Pierre Guéno.

L'horreur des camps dévoilée par Edward R. Murrow

Le lendemain, 12 avril 1945, un historien et journaliste britannique, Edward R. Murrow est entré dans les lieux et a livré un témoignage poignant pour CBS. Décrivant l'horreur des camps, il a participé à construire la mémoire de ces lieux historiques : «Il y a beaucoup de controverses historiques à ce sujet. C'est une zone d'ombre de l'Histoire. Ce qui est terrible avec ce camp, c'est qu'il n'a pas vraiment été libéré du jour au lendemain, cela a pris du temps. La mémoire de ce camp est complexe», souligne Jean-Pierre Guéno.

Il reprend : «Il y a eu un effet de boîte de pandore. Les gens étaient dans le déni. Cela commence très tôt : quand on voit partir dans des bus des enfants et des vieillards et qu'on leur fait croire qu'ils se rendent dans des usines à confiture, c'est refuser la réalité. Les populations vivent le trauma de la guerre de 1914, de la grippe espagnole, de la grande crise de 1929 et là, on leur dit que l'on va remettre le couvert. On peut expliquer la lassitude des Français ainsi. On ne peut qu'admirer ceux qui ont résister et qui se sont opposés au système».

Pour Buchenwald, l'histoire ne s'arrête pas au moment de la libération. En 1945, la ville de Weimar, située en Allemagne de l'Ouest, devient soviétique. Staline a donc décidé d'en faire un nouveau camp, appelé camp spécial numéro 2 de Buchenwald, où il rassemble les nazis et les opposants politiques à son régime. Le camp nazi est donc devenu un camp stalinien.

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