La police antiterroriste britannique a ouvert ce jeudi une enquête sur les rappeurs nord-irlandais de Kneecap, soupçonnés d'avoir tenu des propos incitant à la violence contre des députés conservateurs et soutenant le Hamas, entre 2023 et 2024.
Les enfants terribles du hip-hop de Belfast. Les enquêteurs de la police antiterroriste britannique, qui ont examiné deux vidéos de concerts datées de 2024 et 2023, ont annoncé ce jeudi 1er mai «qu'il y avait suffisamment de raisons d'enquêter sur d'éventuelles infractions» commises par le groupe Kneecap, connu pour son attitude punk et rebelle, et son soutien à la cause palestinienne. Le groupe a de son côté fermement démenti ces accusations.
Sur l'une des vidéos diffusées en ligne, l'un des rappeurs semble crier «allez le Hamas, allez le Hezbollah» lors d'un concert à Londres l'an dernier. Sur l'autre, datée de novembre 2023, une personne sur scène déclare qu'un «bon Tory (membre du parti conservateur britannique) est un Tory mort. Tuez votre député». Ces enregistrements ont été exhumés quelques jours après le concert du groupe au festival californien de Coachella, où il a diffusé des messages contre Israël qui ont suscité de vives réactions.
Formé à Belfast en 2017
Formé à Belfast en 2017 et composé de Mo Chara, Moglai Bap et DJ Provai, Kneecap s'est fait un nom avec son énergie punk et ses concerts à l'ambiance bouillonnante, souvent politiques, où ses membres apparaissent le visage masqué d'une cagoule aux couleurs du drapeau irlandais.
Le trio a acquis une notoriété mondiale depuis la sortie du docu-fiction survolté «Kneecap» en 2024, primé au festival de Sundance et aux Bafta britanniques. Kneecap, qui a sorti son premier album «Fine Art» en 2024 et chante en anglais et en irlandais, défend sa langue comme un cri «anticolonialiste» face à la puissance britannique.
Les rappeurs ont profité de leur show au très médiatique festival Coachella pour diffuser les messages «Israël commet un génocide contre le peuple palestinien», «Fuck Israël, libérez la Palestine» sur un écran géant. «Nous venons de Belfast et de Derry, en Irlande, qui sont toujours sous domination britannique», ont-ils lancé au public, «mais il y a une autre occupation, bien pire, en ce moment : libérez la Palestine!».
«Répression politique»
La cheffe de file des conservateurs Kemi Badenoch a immédiatement réclamé l'interdiction du groupe, et des élus ont exhorté le festival de Glastonbury à déprogrammer les rappeurs de l'édition prévue fin juin. Kneecap a déjà été écarté d'un festival dans les Cornouailles (sud-ouest de l'Angleterre), de deux autres en Allemagne, où trois concerts prévus en septembre ont aussi été annulés.
Face à la polémique, les rappeurs avaient assuré lundi «ne pas soutenir et n'avoir jamais soutenu le Hamas ou le Hezbollah» et «condamner toutes les attaques contre les civils, toujours». «Nous réfutons aussi l'idée selon laquelle nous chercherions à inciter à la violence contre un député ou un individu», avaient-ils ajouté.
Ils ont présenté leurs excuses aux familles de deux parlementaires, la travailliste Jo Cox et le conservateur David Amess, assassinés en 2016 et 2021, car ces familles avaient dit se sentir blessées par leurs propos. Le groupe avait aussi dénoncé une «campagne de dénigrement» à leur égard et une «instrumentalisation» de vidéos «sorties de leur contexte».
Plusieurs grands noms de la musique comme Pulp, Fontaines D.C. et Massive Attack ont signé mercredi une lettre de soutien à Kneecap, cible selon eux d'une «répression politique» et d'une «tentative claire et concertée de censure et de déprogrammation». «Dans une démocratie, aucun parti politique ne devrait avoir le droit de dicter qui peut ou non se produire lors de festivals ou de concerts», ont ajouté les signataires, dont font aussi partie Paul Weller, ainsi que les groupes Idles, Bicep et Primal Scream.