Un américain a partagé ce vendredi 4 juillet au quotidien britannique The Guardian le récit de sa terrifiante rencontre avec un tigre de Sibérie en Russie près de 15 ans auparavant. Et son témoignage laisse imaginer les blessures mortelles que peut infliger ce fauve.
Un miraculé. En octobre 2009, John Goodrich, l'un des experts des tigres et des grands félins les plus éminents au monde, a survécu à l'attaque d'un de ces dangereux prédateurs dans le kraï du Primorié en Russie, près de la frontière avec la Corée du Nord et la Chine. Une attaque qui aurait pu lui être fatale, a tel point qu'il a entendu «ses os craquer», lors des morsures que l'animal lui a infligées.
Biologiste depuis 14 ans, ce chercheur et son équipe de six personnes capturaient des tigres de Sibérie sauvages à l'aide de collets. Ils leur posaient des colliers émetteurs avant de les relâcher, afin de mieux comprendre leur comportement et protéger cette espèce menacée. «J'avais marqué environ 70 tigres», a-t-il précisé au journal.

Une erreur presque fatale
Pour ce faire, chaque matinée, ils se déplaçaient par deux pour vérifier les pièges – des câbles robustes attachés à un arbre – équipés chacun d'un émetteur radio signalant une capture. Le dispositif permettait d'anesthésier rapidement l'animal pour réduire son stress, avant de lui poser un collier et de le relâcher.
Bien qu'aucune capture n'eût été signalée le jour du drame, ils devaient tout de même suivre le protocole. En raison de l'absence d'un membre de l'équipe, John Goodrich a décidé d'inspecter seul une piste de collets, tandis que ses collègues vérifiaient les autres. «J'ai pris mon café et mon spray anti-ours, et je suis sorti, laissant ma femme et mon enfant en bas âge, qui me rendaient visite, dans la tente», a-t-il relaté.
Tout semblait normal jusqu'à ce qu'il entende «un grognement grave et profond» près du dernier piège, à environ 2 km du camp. «J'ai immédiatement su que nous avions attrapé un tigre», a confié l'expert. Il a décidé de s'approcher afin d'évaluer le poids et le sexe de l'animal, fusée de signalisation portable sortie, avant de retourner chercher le reste de son équipe, «persuadé que le tigre serait attaché à l'arbre et incapable d'attaquer».
Cependant, à environ 40 mètres, le mâle adulte pesant environ 181 kg a tenté de s'enfuir. «Quand il comprit qu'il ne pouvait pas s'enfuir, il a chargé. C'est à ce moment-là qu'il s'est libéré. J'ai lancé la fusée éclairante, attendant qu'elle s'allume, conscient que je pouvais mourir à tout moment», s'est-il souvenu.
Un véritable instinct de survie
«Je pouvais voir chaque détail alors qu'il venait vers moi, courant à 48 km/h, rugissant, ses griffes de 7,5 cm sortant de ses pattes grosses comme des assiettes, s'avançant vers moi à chaque élan. Il m'a frappé en pleine poitrine et j'ai volé en arrière sur une dizaine de mètres», a détaillé John Goodrich.
Au sol, «regardant dans la gueule du tigre rugissant qui se tenait sur [ses] épaules», le biologiste a expliqué avoir levé la main gauche pour se défendre, mais le tigre la mordit plusieurs fois. «Les os ont craqué. Je les entendais, je les sentais», a-t-il ajouté.
Réalisant qu'il tenait encore la torche allumée, il l'a coincée juste sous son menton. «Il a immédiatement décollé. J'ai commencé à courir vers le camp. Je me sentais en état de choc. Tout ce qui m'entourait commençait à devenir flou. Mais je refusais de survivre à l'attaque d'un tigre pour mourir en état de choc. Je me suis penché pour baisser ma tête entre mes jambes et j'ai crié pour augmenter la circulation sanguine dans mon cerveau», a révélé le survivant.
Sa femme, l'ayant entendu, a tenté de le joindre par radio afin de savoir ce qui se passait. Sans réponse, elle s'est précipitée vers lui avec leur petite fille sur ses épaules. Il a confié avoir craint que la fillette «soit bouleversée par toute cette agitation».
Un fervent défenseur des tigres sauvages
De retour au camp, John Goodrich a reçu les premiers soins à sa main du vétérinaire, avant d'être transporté à l'hôpital, où il a subi plusieurs opérations chirurgicales. «J'avais environ quatre morsures qui traversaient ma main de part en part», a-t-il précisé.
Après une semaine d'hospitalisation, il s'est miraculeusement rétabli et a repris son travail. «Avant l'attaque, je faisais des rêves angoissants où je me voyais attaqué par un tigre ou un ours. Mais depuis, ils ont cessé. J'avais affronté le pire et j'avais survécu. Je n'ai pas eu de syndrome de stress post-traumatique (SSPT) ni de cauchemars, mais je me souviens souvent de l'attaque, imaginant chaque moment dans les moindres détails», a-t-il admis.
Après trois ans, il a ensuite rejoint Panthera, une organisation mondiale internationale qui vise à protéger et à conserver les félins sauvages pour continuer à protéger les félins.
Le survivant a déclaré se sentir «incroyablement chanceux» d'avoir survécu à cette attaque presque fatale. «Et cela ne m'a pas fait fuir mon travail. Protéger les tigres a été le plus grand honneur de ma vie et je continuerai à le faire aussi longtemps que je le pourrai», a-t-il conclu.