Le gouvernement français demande à Bruxelles de sanctionner Shein. La ministre déléguée au Numérique doit rencontré jeudi son homologue européenne à ce sujet.
Face au cas Shein, la France veut «sévir». Le géant asiatique du commerce en ligne est «en infraction avec les règles européennes», aussi, la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, doit s'entretenir ce jeudi avec la vice-présidente de la Commission européenne en charge du numérique, Henna Virkkunen.
Le cabinet de la ministre a saisi la Commission européenne et envoyé, avec le ministre de l'Economie Roland Lescure, une lettre à la commissaire pour l'appeler à «apporter des réponses fermes aux dysfonctionnements» répétés de Shein.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a engagé mercredi une procédure de suspension de cette plate-forme, «le temps» qu'elle se conforme aux lois françaises.
🔴Sur instruction du Premier ministre @SebLecornu, le @gouvernementFR engage la procédure de suspension de #Shein.
Plus d'infos : https://t.co/QfvsHwHS3zpic.twitter.com/aN8aGQGLf6— Ministère de l'Économie et des Finances (@Economie_Gouv) November 5, 2025
Le gouvernement français a expliqué que Shein avait 48 heures, donc jusqu'à vendredi, pour retirer les produits interdits sous peine de voir son site suspendu en France. Cette procédure est entre les mains de la Répression des fraudes (DGCCRF).
Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, s'en est félicité mais a dit vouloir «aller plus loin» en agissant sur le plan européen pour mettre fin aux «abus qui posent des questions d'ordre public». En parallèle, l'eurodéputé Yvan Verougstraete a demandé la convocation de Shein devant le Parlement européen.
La Commission européenne a classé en avril 2024 le géant asiatique comme une «très grande plate-forme en ligne», lui permettant d'exercer un contrôle renforcé en vertu du règlement européen sur les services numérique (DSA). En février 2025, elle a ouvert une enquête contre la plate-forme, la soupçonnant de ne pas lutter suffisamment contre la vente de produits illégaux.
Pour Jean-Noël Barrot, l'univers du commerce en ligne a été encadré par «des règles» européennes «qui ne sont pas respectées». Il déplore notamment le fait de «laisser prospérer des grandes plate-formes dont les règles sont fixées par des milliardaires chinois et américains et qui viennent perturber la vie économique, sociale, démocratique de la nation».
Des poupées sexuelles et des armes
Anne Le Hénanff et Roland Lescure rappellent que les grandes plate-formes commerciales s'exposent, dans les cas les plus graves d'infractions répétées, «à l'application d'une sanction pécuniaire pouvant représenter jusqu'à 6% du chiffre d'affaires mondial de la plate-forme et de mesures de suspension de son activité».
Après la vente des poupées sexuelles à l'effigie de fillettes, pour laquelle le parquet de Paris a ouvert une enquête lundi, des armes de catégorie A (machettes, poings américains) ont été repérées sur le site de Shein.
«Indépendamment» des procédures engagées par le gouvernement français, Shein a indiqué suspendre sa «marketplace» en France, c'est-à-dire les produits proposés en ligne par des vendeurs tiers. Mais les investigations lancées par les autorités françaises sont plus vastes et concernent aussi les produits vendus directement ou conçus par Shein.
Le président exécutif de la marque, Donald Tang, a également envoyé un courrier à Bercy dans lequel il s'engage à «respecter toutes les lois françaises». Il propose en outre une rencontre afin de présenter le «cadre de conformité» et «les mesures fermes et immédiates» prises par le géant du e-commerce pour «protéger les consommateurs français».
«Nous avons l'intention de créer les conditions nécessaires pour collaborer étroitement avec vous et les autorités compétentes, en veillant à ce que les mesures correctives que nous mettons en place soient à la fois robustes et transparentes», a-t-il écrit.