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Iran : quelle était la fortune du guide suprême Ali Khamenei ?

Depuis 2025, la monnaie nationale, le rial, a perdu 45 % de sa valeur. [Office of the Iranian Supreme Leader/WANA/REUTERS]

Tué ce samedi dans l'opération militaire américano-israélienne menée en Iran, le guide suprême Ali Khamenei avait fait l'objet en janvier d'une vaste enquête qui avait révélé son empire financier.

Ali Khamenei a laissé sa fortune derrière lui. Tué samedi 28 février dans l'opération militaire menée contre son pays par les Etats-Unis et Israël, le guide suprême disposait d'un empire financier révélé en janvier dernier par une vaste enquête journalistique.

L'agence de presse britannique Reuters a en effet mis au jour l'un des secrets du pouvoir d'Ali Khamenei : une organisation peu connue, créée pour aider les pauvres, qui s'est transformée en une puissance économique pesant plusieurs dizaines de milliards de dollars. Une organisation semi-étatique baptisée le Quartier général exécutif des ordres de l'imam (Setad). 

Un nom qui fait référence à un édit signé par le premier dirigeant de la République islamique, l'ayatollah Ruhollah Khomeini, peu avant sa mort en 1989. Cet ordre a ensuite donné naissance à une nouvelle entité chargée de gérer et de vendre les biens abandonnés pendant les années chaotiques qui ont suivi la révolution islamique de 1979.

Une fortune estimée à 95 milliards de dollars

Au cours des six dernières années, l'entité économique directement liée à Ali Khamenei s'est transformée en une véritable machine commerciale qui détient désormais des participations dans presque tous les secteurs de l'industrie iranienne, notamment la finance, le pétrole, les télécommunications et même la production de pilules contraceptives.

La valeur totale de l'organisation est difficile à déterminer en raison du secret qui entoure ses comptes. Mais selon les calculs de Reuters, les avoirs immobiliers, les participations dans des entreprises et les autres actifs de Setad s'élèvent à environ 95 milliards de dollars. Une estimation basée sur une analyse des déclarations des responsables de Setad, des données de la Bourse de Téhéran et des sites web des entreprises, ainsi que des informations fournies par le département du Trésor américain.

Rien ne prouve officiellement que le guide suprême puisait dans les fonds de Setad pour accroître sa fortune personnelle. Les acolytes d'Ali Khamenei louaient d'ailleurs son mode de vie spartiate, soulignaient la modestie de sa garde-robe et l'état usé du tapis qui recouvrait le sol de sa maison à Téhéran. 

Un empire construit sur la confiscation de biens

La manière dont le Setad s'est approprié ces actifs reflète toutefois la façon dont la monarchie déchue a acquis une grande partie de sa fortune. En confisquant des biens immobiliers, saisissant systématiquement des milliers de propriétés appartenant à des Iraniens ordinaires : des membres de minorités religieuses, des musulmans chiites, des hommes d'affaires et des Iraniens vivant à l'étranger. 

Un portefeuille immobilier gigantesque obtenu en affirmant devant les tribunaux iraniens, parfois à tort, que les propriétés étaient abandonnées. L'organisation détient désormais un monopole judiciaire sur la saisie de biens au nom du guide suprême et vend régulièrement les propriétés saisies aux enchères ou cherche à obtenir des paiements de la part des propriétaires d'origine. Une fortune en grande partie conservée plutôt que redistribuée. 

Selon un ancien employé de Setad et d'autres personnes proches du dossier, il a été révélé que grâce à ces revenus, l'organisation contribue également à financer le siège ultime du pouvoir en Iran, le Bureau du guide suprême. Si le premier guide suprême, Khomeini, disposait d'un personnel réduit pour diriger le pays, Ali Khamenei employait environ 500 personnes dans ses bureaux administratifs, dont beaucoup sont issues de l'armée et des services de sécurité de l'Iran.

Depuis 2025, la monnaie nationale, le rial, a perdu 45 % de sa valeur, rendant le quotidien des ménages iraniens de plus en plus précaire. Un choc monétaire et un manque d'accès aux biens importés qui ont provoqué une vague de protestations massives en début d'année, remettant en question la légitimité de l'ensemble du pouvoir iranien. Le régime d'Ali Khamenei avait répondu à cette mobilisation populaire par une répression sanglante au cours de laquelle des milliers d'Iraniens ont été tués.

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