Pour faire face aux drones Shahed envoyés massivement par l'Iran, les Etats-Unis et leurs alliés vont bénéficier de l'expertise de l'Ukraine, confrontée à ces engins depuis 2022 dans son conflit avec la Russie.
En temps de guerre, parfois, les rôles s'inversent. L'Ukraine, qui bénéficie du soutien des Occidentaux depuis quatre ans dans son conflit contre la Russie, passe du côté des aidants dans le cadre de la guerre en Iran. Le pays va faire profiter les Etats-Unis de son savoir-faire en matière de lutte anti-drones.
Ce jeudi 5 mars, Volodymyr Zelensky a affirmé avoir reçu «une demande» de Washington «pour un soutien spécifique en matière de protection contre les Shahed au Moyen-Orient». Il dit avoir «donné des instructions pour fournir «les moyens nécessaires» et des «spécialistes ukrainiens» capables d'apporter une expertise sécuritaire à ce sujet.
D'après le président ukrainien, des pays voisins de l'Iran sont également intéressés, tels que les Emirats arabes unis, le Qatar, la Jordanie ou encore Bahreïn. Kiev a d'ailleurs annoncé ce vendredi «l'arrivée de militaires ukrainiens dans le Golfe Persique prochainement».
We received a request from the United States for specific support in protection against "shaheds" in the Middle East region. I gave instructions to provide the necessary means and ensure the presence of Ukrainian specialists who can guarantee the required security. Ukraine helps…
— Volodymyr Zelenskyy / Володимир Зеленський (@ZelenskyyUa) March 5, 2026
Utilisés pour la première fois à l'automne 2022, les drones Shahed, de conception iranienne, sont au coeur de la guerre en Ukraine. Dans un premier temps livrés par Téhéran à Moscou, ils sont désormais massivement produits à bas coût par la Russie elle-même, sous le nom de Geran.
Quasiment chaque nuit, des centaines de ces engins sont envoyés pour frapper l'Ukraine qui, avec le temps, a développé des solutions pour lutter contre eux. En quatre ans de guerre le pays, qui manquent de moyens militaires, a mis au point toute une gamme de drones d'interception permettant de les détruire en vol.
Bon marché, ces derniers sont efficaces et considérés comme les plus avancés du monde. Mardi, le commandant en chef des armées ukrainiennes, Oleksandre Syrsky, a affirmé que ces engins avaient permis d'abattre plus de 70% des drones russes ayant atteint Kiev et ses banlieues en février.
L'Ukraine a également des équipes de soldats spécifiquement dédiées à la lutte anti-drones. Installées sur des camionnettes armées, elles suivent la trajectoire des appareils détectés grâce à des radars ou des dispositifs acoustiques. Des hélicoptères et des avions sont aussi mobilisés pour traquer les drones.
Un marché donnant-donnant
Les missiles onéreux dont disposent les Etats-Unis où les Etats du Golfe, visés en ce moment par l'Iran, ne sont pas adaptés pour intercepter les Shahed peu coûteux, envoyés en masse. Cela représente une perte de ressources conséquentes pour eux et le risque, pour l'Ukraine, de voir les stocks de missiles occidentaux cruciaux pour la défense aérienne de Kiev se réduire.
Le commissaire européen à la défense, Andrius Kubilius, a en effet prévenu ce vendredi que les Etats-Unis ne seraient «pas en mesure de fournir suffisamment de missiles» en même temps dans le Golfe, à l'Ukraine et à sa propre armée.
Dans une interview à la chaîne de télévision italienne Rai jeudi, Volodymyr Zelensky a ainsi proposé un marché aux Américains et à leurs alliés. «J'ai dit en toute franchise que nous manquions de ce dont ils disposent, a-t-il déclaré. Ils ont besoin des drones intercepteurs que nous avons et, parallèlement, nous manquons de ces missiles. Je pense donc que notre pays sera ouvert à un échange de technologie ou d'armes».
Auprès du Monde, le président de la commission des affaires étrangères du Parlement ukrainien, Oleksandr Merejko, a ajouté que cette initiative ukrainienne à destination des Etats-Unis visait aussi à prouver à Washington que «l’Ukraine peut être un véritable partenaire». Il dit espérer «que Donald Trump finira par comprendre que nous sommes vraiment ensemble et que la Russie n’est rien d’autre qu’un allié du pays qu’il combat aujourd’hui».