Donald Trump a signé un décret encadrant l'IA aux États-Unis via un dispositif volontaire de contrôle des modèles avancés. Les entreprises peuvent les soumettre à une évaluation de sécurité. Un virage axé sur la cybersécurité, salué par la tech, mais critiqué en interne.
L'intelligence artificielle finalement encadrée aux États-Unis. Donald Trump a signé le 2 juin un décret sur la régulation de l'IA. Une décision passée relativement inaperçue dans sa forme, mais qui marque un infléchissement notable de la politique américaine sur ce sujet, jusqu'ici dominée par une logique de dérégulation assumée, au nom de la compétition internationale.
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump s'était jusqu'ici montré réticent à toute forme d'encadrement contraignant des technologies d'intelligence artificielle, considérées comme un levier stratégique face à la Chine. Le nouveau décret introduit toutefois une forme de régulation, limitée et volontaire, centrée sur les modèles les plus avancés.
Cette évolution s'explique par les inquiétudes croissantes des autorités américaines face aux capacités des systèmes d'IA de dernière génération, désormais capables d'identifier des vulnérabilités informatiques et d'accélérer leur exploitation. Dans ce contexte, le risque d'attaques visant des infrastructures critiques (réseaux électriques, banques ou administrations) est devenu un sujet central.
Une régulation fondée sur le volontariat
Le texte prévoit que les principaux acteurs du secteur, parmi lesquels Google, OpenAI ou Anthropic, puissent soumettre volontairement leurs modèles les plus puissants à une évaluation gouvernementale avant leur mise sur le marché. L'objectif affiché est de renforcer la cybersécurité sans freiner l'innovation.
Le décret précise néanmoins qu'aucun mécanisme de contrôle obligatoire ne pourra être instauré. L'approche reste donc fondée sur la coopération entre l'État et les entreprises privées, dans une logique proche de certaines initiatives déjà envisagées sous l'administration Biden, que Donald Trump avait initialement abrogées à son arrivée au pouvoir.
Une architecture de coordination renforcée
Au-delà de ce dispositif volontaire, le texte met en place une plateforme de coordination associant plusieurs agences fédérales, dont le département du Trésor, la NSA et l'agence de cybersécurité CISA. Leur mission sera de faciliter l'identification des failles et la diffusion de correctifs, toujours sur une base non contraignante.
Cette structure vise à mieux organiser la réponse américaine face à des menaces cyber de plus en plus sophistiquées, sans imposer de contraintes directes aux laboratoires d’IA.
Un compromis salué par la tech américaine
La réaction des grands acteurs du secteur a été globalement positive. Sam Altman, directeur général d'OpenAI, a estimé que le texte permettait de concilier innovation et sécurité. Google a salué un outil supplémentaire pour lutter contre les usages malveillants, tandis qu'Anthropic a évoqué un renforcement du leadership américain dans le domaine de l'IA.
This Executive Order is an important step in strengthening America’s leadership in AI.
We look forward to collaborating with the White House to support its implementation.https://t.co/ZwDimPrp3t— Anthropic (@AnthropicAI) June 2, 2026
En parallèle, cette dernière entreprise a annoncé élargir l'accès à certains de ses modèles à un plus grand nombre d'organisations internationales, après avoir initialement restreint leur diffusion à des acteurs jugés de confiance.
Ce compromis reflète toutefois des divisions persistantes au sein du camp présidentiel. Une partie des soutiens de Donald Trump, notamment issus de la mouvance «Make America Great Again», reste opposée à toute forme de régulation des grandes entreprises technologiques, accusées de concentrer trop de pouvoir.
Ces tensions avaient déjà conduit au report d'une première version du texte, preuve des arbitrages internes nécessaires avant son adoption finale.
Une régulation encore limitée
Dans sa version finale, le décret conserve une portée volontaire mais réduit la durée des évaluations préalables des modèles à 30 jours, contre 90 initialement envisagés. Un ajustement présenté comme un compromis entre sécurité et rapidité de mise sur le marché.
Si ce texte ne constitue pas une rupture majeure, il marque néanmoins un changement de ton, celui d'une administration contrainte de reconnaître la nécessité d'un minimum de cadre autour de technologies devenues centrales pour la sécurité économique et stratégique des États-Unis.