Le salaire des fonctionnaires encore gelé en 2014

La ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, le 14 mai 2013 à Paris [Bertrand Langlois / AFP/Archives] La ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, le 14 mai 2013 à Paris [Bertrand Langlois / AFP/Archives]

Les salaires des quelque 5,2 millions de fonctionnaires, bloqués depuis 2010, devraient de nouveau être gelés par le gouvernement en 2014, une mesure "inacceptable" et "scandaleuse" pour les syndicats, déjà très remontés contre un éventuel nouveau mode de calcul des retraites des agents.

"Pour l'instant, dans la préparation du budget 2014, nous n'avons pas pris le choix de dégeler" le point d'indice qui sert de base au calcul des salaires des agents du public, a annoncé mardi la ministre de la Fonction publique Marylise Lebranchu.

Cette annonce survient à deux jours d'une conférence sociale où devrait être abordée la question du calcul des retraites des agents, un dossier potentiellement explosif pour le gouvernement, plusieurs syndicats ayant prévenu que toucher au système serait pour eux un "casus belli".

Disant comprendre que les fonctionnaires "aient une impression d'injustice", Mme Lebranchu a expliqué le gel du point, revalorisé de 0,5% pour la dernière fois en 2010, par un "déficit public extrêmement important".

Selon la Cour des comptes, une hausse de 1% du point augmenterait de fait de 800 millions d'euros la seule masse salariale de l'Etat (80,6 milliards d'euros en 2013).

La ministre avait déjà laissé entendre par le passé que la situation se prolongerait sauf en cas de "retour à meilleure fortune".

En annonçant le gel du point pour 2013, elle avait aussi annoncé des "mesures immédiates" pour améliorer les carrières des plus bas salaires (catégories C) et des négociations pour améliorer la progression dans la carrière.

"Scandaleux", "inacceptable", "suicidaire"

Depuis le changement de gouvernement il y a plus d'un an, les syndicats de la fonction publique, terreau électoral de la gauche, réclament une revalorisation du point.

Mardi, les représentants interrogés par l'AFP ont condamné cette annonce aussi bien sur la forme que sur le fond.

La ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, le 14 mai 2013 à Paris [Bertrand Langlois / AFP/Archives]
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La ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, le 14 mai 2013 à Paris
 

Pour la CGT, premier syndicat du public, Jean-Marc Canon a notamment jugé "hallucinant" que la ministre fasse une telle annonce par voie de presse alors qu'elle "voit les syndicats régulièrement" et que la conférence sociale approche.

Sur le fond, le syndicaliste juge la mesure "tout à fait inadmissible" et estime qu'elle "sera absolument catastrophique pour le pouvoir d'achat des fonctionnaires déjà en chute libre".

Mais, dit-il, ce sera aussi un problème pour l'économie "parce qu'en comprimant ainsi le pouvoir d'achat des fonctionnaires, on modère les possibilités de relance".

"C'est proprement scandaleux", a estimé de son côté Christian Grolier (FO), relevant que cette annonce survient "quasiment dans la même semaine" que la publication du rapport Moreau qui évoque la possibilité de remettre en cause le calcul des retraites des agents pour le rapprocher de celui du privé.

Pour le syndicaliste, le gouvernement suit une "politique d'austérité de manière encore plus assidue que son prédécesseur. Maintenant qu'on le sait, c'est à nous de mettre en place le rapport de force pour faire pencher la balance en notre faveur", a-t-il prévenu.

De son côté, Bernadette Groison (FSU), a estimé que poursuivre le gel n'était "pas possible".

"Si un gouvernement de gauche ne porte pas le service public et les agents, ils vont désespérer les fonctionnaires", a-t-elle prévenu, jugeant la mesure "suicidaire pour la fonction publique".

Début juin, ces syndicats ainsi que Solidaires, la CFTC et la CFE-CGC avaient déjà annoncé une éventuelle journée d'action "au plus tard début octobre" sur cette question.

"A l'évidence, l'annonce de la ministre ce matin ne peut que renforcer cette détermination commune", a indiqué mardi M. Canon.

La CFDT, qui comme l'Unsa ne s'était pas associée à cette démarche, s'est elle aussi "indignée" de l’absence de concertation avec les organisations syndicales.

Elle y a vu "une provocation à l’égard des agents et un manque de considération de leurs représentants".

Seul le représentant de l'Unsa, Guy Barbier, a jugé que l'annonce de la ministre était "plus nuancée" qu'il n'y paraît et n'était "pas définitive", n'excluant pas un revirement dans le courant de l'année 2014.

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