Sur la parité "on peut encore mieux faire"

La ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, à l'Assemblée nationale à Paris le 7 janvier 2014 [Patrick Kovarik / AFP/Archives]

Lundi, cela fera 70 ans. Le 21 avril 1944, quasiment un siècle après les hommes (1848), les femmes françaises obtenaient le droit de vote. Pour Najat Vallaud-Belkacem, cette célébration doit permettre de se souvenir de l’importance de ce droit, mais aussi de prendre conscience des efforts qui restent à faire pour garantir l’accès des femmes aux responsabilités publiques. 

 

Pourquoi est-il important de célébrer cet anniversaire ? 

Il faut se souvenir des combats qui ont précédé l’obtention du droit de vote. Celui-ci n’a pas été octroyé aux femmes. Il a dû être arraché. 

C’est aussi l’occasion de faire le point sur les avancées effectives de l’accès des femmes aux responsabilités publiques. Car droits de vote et d’éligibilité ne riment pas nécessairement avec parité. C’est donc à la fois un moment de célébration et un moment de projection dans l’avenir. En politique comme dans les responsabilités sociales, on peut encore mieux faire dans notre pays. 

 

Alors que l’abstention augmente, a-t-on tendance à oublier que les femmes ont du se battre pour voter ? 

Absolument. Je pense qu’une meilleure connaissance de l’Histoire donnerait davantage goût à la fois à la citoyenneté et aux institutions, notamment aux plus jeunes. Cela ferait prendre conscience de la valeur de ce bulletin glissé dans l’urne.

 

Qu’est-ce que la plateforme pour une Europe des droits des femmes, mise en place la semaine dernière lors des commémorations ?

Nous avons rédigé ce texte avec plusieurs ministres européennes et trois prix Nobel de la Paix. Je l’ai remis aujourd’hui à Martin Schulz, président du Parlement européen et candidat à la présidence de la prochaine Commission, pour qu’il porte les revendications dans le débat européen. Ce texte réclame le respect de la parité dans la composition des institutions européennes. Aujourd’hui, ni le collège des commissaires, ni le Parlement européen, ni les institutions comme la Banque centrale européenne ne sont paritaires. 

Ce texte exige également que la question des droits des femmes figure dans l’agenda politique de l’Union européenne, qui doit monter davantage au créneau pour défendre les droits des femmes, qu’il s’agisse de l’égalité professionnelle ou de leur droit à disposer de leur corps. L’Union européenne ne peut être ambiguë ou silencieuse sur ces questions. 

 

La France est-elle en retard en matière de parité ? 

Si l’on regarde la situation des pays de l’Union européenne en matière d’égalité et de parité, la France fait partie des plus exemplaires. Mais nous avons encore du travail à faire. De fait, la parité n’est pas encore totalement inscrite dans les pratiques et mérite qu’on y revienne, comme nous le faisons dans mon projet de loi sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Ce dernier prévoit le doublement des sanctions sur les partis politiques non paritaires.

 

L’arsenal législatif a déjà eu un effet lors des municipales... 

Dans le passé, seules les communes de plus de 3 500 habitants devaient présenter des listes paritaires. Dans la réforme des scrutins locaux, ce seuil a été abaissé à 1 000 habitants. Aux dernières municipales, 212 000 femmes ont été élues. Parmi elles, 16 000 l’ont été grâce à cette disposition.

Et cette arrivée des femmes sera encore plus flagrante pour les élections cantonales de 2015. La réforme permettra de passer de 14 % à 50 % de femmes dans les conseils généraux. En deux ans, nous aurons donc une révolution du personnel politique au niveau national et local. Le non cumul des mandats que nous avons instauré va aussi nous y aider.

 

Selon vous, les freins à l’égalité ne sont pas uniquement dans la sphère professionnelle… 

Au-delà de ces législations, il reste du travail à faire dans les esprits et la pratique pour que l’égalité devienne réalité. Pour permettre aux femmes d’accéder aux responsabilités par exemple, il ne suffit pas qu’une loi le décrète. Il faut qu’en pratique, ce ne soit plus sur leurs seules épaules que repose la responsabilité des enfants. Sinon, nous savons bien qu’elles ne pourront pas se libérer le soir pour participer aux réunions exigées par les responsabilités en question. 

Il est donc très important de veiller à installer des équipements de la petite enfance, ou à ce que les hommes puissent prendre leur part dans les congés parentaux, d’où notre réforme visant à mieux faire partager ce dernier. 

 

La vie politique est-elle particulièrement sexiste ? 

Je ne crois pas. Bien entendu, les témoignages ne manquent pas sur la difficulté d’être femme en politique. Il est toujours difficile pour un individu qui ne correspond pas aux standards habituels du secteur où il entre de faire son chemin. 

Ce qui est valable pour les femmes l’est aussi pour les jeunes, les ouvriers… cela étant, je suis convaincue qu’il y a dans l’opinion publique une réelle appétence pour le renouvellement, le rajeunissement et la parité du personnel politique. 

 

Vous-mêmes, avez-vous été confronté au sexisme dans votre carrière politique ?

Lorsque j’étais au tout début de ma vie politique, j’ai dû faire mes preuves. Mais c’est aussi lié au fait que j’ai commencé la politique assez jeune. Difficile de dire ce qui a le plus joué.

Je ne peux pas dire que cela m’ait freiné car j’ai eu la chance d’avoir, en quelques années à peine, la confiance des électeurs, puis de pouvoir évoluer comme militante et responsable politique et de prendre part aux campagnes présidentielles de 2007 et 2012. Aujourd’hui exercer les fonctions qui sont les miennes est un véritable honneur. 

 

Quelles sont les femmes qui vous ont inspiré en politique ?

J’ai rencontré des femmes incroyables. Cela étant, je n’ai pas de modèle à proprement parler. 

 

La France est-elle prête à avoir une présidente de la République ? 

Toutes les réformes que nous conduisons auront comme effet l’arrivée massive des femmes sur la scène politique. Des études démontrent que, dans une Assemblée, quelle qu’elle soit, pour que les femmes présentes soient considérées comme des membres à part entière, et pas regardées comme des Ovni, il faut qu’elles représentent 30 % de l’assistance. On atteint alors la «masse critique» pour s’imposer naturellement. 

Avec l’arrivée massive des femmes sur la scène politique, le fait qu’elles soient susceptibles d’accéder à tous types de responsabilités, s’imposera comme une évidence. 

 

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