Valls arrache une majorité à l'Assemblée

Manuel Valls pendant son discours de politique générale, le 16 septembre 2014.[PATRICK KOVARIK / AFP]

Manuel Valls a de nouveau obtenu mardi la confiance de l'Assemblée, mais avec une majorité de 269 voix, nettement inférieure aux 306 recueillies lors du précédent vote en avril, en particulier en raison de 31 abstentions socialistes.

 

Le Premier ministre, qui a revendiqué de "chercher la confiance, surtout quand c'est difficile", a rallié 269 voix (contre 244 et 53 abstentions), soit bien en-dessous du seuil symbolique des 289 voix de majorité absolue. Les députés lui avaient accordé 306 voix (contre 239 et 26 abstentions) le 8 avril dernier après sa première déclaration de politique générale.

Après une rentrée calamiteuse pour l'exécutif, entre gouvernement encore resserré et résultats économiques en berne, ce score apparaît comme un nouveau revers politique, qui ne manquera pas de nourrir la conférence de presse de rentrée de François Hollande jeudi.

Si une grande majorité de socialistes et de radicaux de gauche ont voté la confiance, 31 frondeurs PS et les écologistes se sont abstenus, comme annoncé dès mardi matin, tandis qu'élus UMP, UDI et du Front de gauche ont voté contre.

Auparavant, soucieux de rassembler son camp, Manuel Valls avait multiplié les signaux à gauche dans son discours. Principales annonces: la baisse d'impôt sur le revenu concernera 6 millions de ménages en 2015, contre 4 millions cette année, même si aucun montant n'a été cité; le minimum vieillesse aura un petit coup de pouce (800 euros contre 792 actuellement), tandis que les petites retraites (moins de 1.200 euros) bénéficieront d'une prime exceptionnelle, d'un montant là encore non précisé.

Il a plaidé que "la politique du gouvernement est guidée par les valeurs de la République, des valeurs chères à la gauche - la Nation, le principe d'égalité et de justice - qui s'adressent à tous les Français".

Dans son discours, il s'est montré offensif vis-à-vis de Bruxelles et de l'Allemagne et a par ailleurs répliqué à la "provocation" et à la "surenchère" que constituent à ses yeux les propositions du Medef. Deux déclarations qui auraient pu plaire à une aile gauche du PS qui se détourne du Premier ministre.

En matière budgétaire, "la France décide elle seule de ce qu'elle doit faire", a lancé M. Valls, appelant à un "dialogue sincère et exigeant entre la France et l'Allemagne", alors que le gouvernement prévoit un déficit de 4,4% cette année et de 4,3% en 2015, nettement au-delà des plafonds européens.

 

"Provocation" du Medef

Quant aux propositions du Medef (suppression de jours fériés, assouplissement des 35 heures ou du SMIC), "personne, et je le dis clairement au patronat, ne doit prendre le risque d'affaiblir, par je ne sais quelle provocation, par je ne sais quelle surenchère, l'indispensable dialogue social qui est la marque de ce quinquennat", a tancé M. Valls.

"Réformer, ce n'est pas réduire le Smic. Réformer, ce n'est pas supprimer le CDI. Réformer, ce n'est pas diminuer les salaires dans la fonction publique. Réformer, ce n'est pas casser notre modèle social", a-t-il poursuivi. Ce modèle "n'a pas vécu", selon M. Valls, répliquant là encore au patron des patrons Pierre Gattaz.

En costume bleu comme en avril, mais avec moins de fougue, le Premier ministre avait in fine appelé l'opposition à "assumer ses responsabilités". Las, le chef de file des députés UMP Christian Jacob lui a lancé: "Vos jours sont comptés" et "vous n'êtes déjà plus le pare-feu d'un Président en perdition, car après cinq mois à Matignon, vous êtes usé comme lui jusqu'à la corde".

La coprésidente des députés écologistes Barbara Pompili a dit leur "doute" à l'égard de Manuel Valls, après les espoirs douchés en cinq mois, qui leur a valu de basculer du soutien à l'abstention. Le patron des députés Front de gauche, André Chassaigne, a vu dans le discours une "déclaration de défiance à l'endroit du peuple" alors que la politique "austéritaire" se poursuit, selon lui.

C'est la gravité de la situation - crise gouvernementale fin août, indicateurs économiques et financiers dans le rouge, chômage au plus haut, brûlot de Valérie Trierweiler, affaire Thévenoud, cote de popularité de l'exécutif en berne - qui avait amené Manuel Valls à quêter une nouvelle légitimité auprès des députés, alors que la Constitution ne l'y obligeait pas, mais l'aurait contraint à démissionner faute d'une majorité.

La course d'obstacles pour le couple Hollande-Valls va se poursuivre avec, au-delà de la conférence de presse du président jeudi, l'annonce probablement en fin de semaine de la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP et de difficiles débats budgétaires, prochain rendez-vous fixé par la "fronde".

 

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