Selon de nombreux experts, certains signaux environnementaux indiquent que la planète se dirige vers une période d'extinction de masse. Voici pourquoi l'humanité pourrait être en grand danger.
En moyenne, on compte une extinction de masse toutes les 50 millions d'années, alors que la dernière en date a eu lieu il y a 66 millions d'années. Dans l'immense majorité des cas, le facteur déterminant de ces événements dévastateurs est la quantité de CO2 contenue dans l'atmosphère. Un fléau plus actuel que jamais.
Comme l'avance Peter Brannen dans son ouvrage «The Story of CO2 is the Story of Everything» («L'histoire du CO2 est l'histoire de la planète») et dans son article publié dans The Guardian ce mardi 19 août, de nombreuses études menées par des géologues ont démontré que les principales extinctions ont été causées par des quantités de CO2 catastrophiques dans l'atmosphère et non, comme beaucoup le pensaient, les collisions astéroïdes.
Pour que de telles conditions apocalyptiques soient réunies, les chercheurs n'ont connaissance que de deux possibilités dans l'histoire terrestre : soit cette libération massive de gaz provient d'éruptions volcaniques répétées ou de grande ampleur. Soit, elles sont l'œuvre de l'espèce humaine, comme c'est le cas depuis quelques années.
Vers un épisode d'extinction de masse historique ?
Pour que les conditions soient celles d'une «extinction de masse», il faut qu'elles provoquent un changement de conditions tellement important qu'elles ne permettent pas aux espèces vivantes de s'adapter à celles-ci et qu'elles provoquent leur extinction. Un tel phénomène efface 75% du nombre d'espèces vivantes, réduisant drastiquement l'ensemble de la biodiversité. Dans l'Histoire, cela s'est produit cinq fois, selon les géologues.
Ces cinq grandes dates sont connues comme le «Big Five», selon les scientifiques et la plus récente d'entre elle a eu lieu il y a 66 millions d'années, au temps des dinosaures. Durant cette période, dite du «Jurassique supérieur», 76% des animaux ont disparu, dont la grande majorité de ces reptiles gigantesques fascinants.
A cause de la montée actuelle du CO2, certaines recherches estiment que moins de 10% des espèces ont disparu à cause du réchauffement climatique et désormais, une espèce sur six serait en danger de suivre ce sort. C'est ce qu'avance notamment Mark Urban, chercheur du département écologie et biologie de l'Université du Connecticut, dont l'étude publiée dans «Science» alertait quant aux changements des habitats de certains êtres vivants, tout en précisant que cela variait selon les régions du monde et leur exposition au changement climatique.
Si les chiffres ne sont donc pas encore au niveau des périodes les plus sombres de la biodiversité terrestre, une autre étude, datant de 2011, de l'écologue et géologue américain Anthony Barnosky, explique qu'au rythme actuel de perte des espèces, notre ère pourrait rapidement se classer à la sixième place des plus régressives de l'Histoire. Un travail qui explique donc que le pire de la période environnementale pourrait donc être à venir.
Vents à 800 km/h, océans dépeuplés : l'«extinction Permien-Trias» comme outil de comparaison
Pour imaginer les effets concrets d'une augmentation maintenue dans le temps de la quantité de CO2 dans l'atmosphère, Peter Brannen s'est particulièrement intéressé à ce qu'a connu la Terre il y a 300 millions d'années. A cette période, il semblerait que la planète bleue ait perdu le contrôle de son cycle carbonique, causant des catastrophes naturelles globales. Cela a été à l'origine d'un «climat de malveillance sans précédent» et sans équivalent par la suite, il y a précisément 252 millions d'années. Une éruption de lave spectaculaire en Sibérie a produit assez de matière en fusion pour recouvrir l'ensemble des 48 Etats américains sous une couche de 1 kilomètre de nouvelle roche.
Cela a donc largué une quantité de CO2 exceptionnelle dans l'air, comme c'est le cas à chaque fois qu'une éruption volcanique éclate. Aujourd'hui, on estime que les volcans rejettent chaque année autour de 280 à 360 millions de tonnes de CO2. Mais une telle quantité de lave a signifié un rejet massif, qui a lui-même induit un réchauffement brutal de quelque 10 °C en quelques centaines d'années seulement. Cela a poussé les espèces animales et végétales à leur limite.
Cela a également permis aux scientifiques de constater qu'à chaque degré supplémentaire en moyenne, la planète doit contenir 7% d'eau supplémentaire, via la fonte de ses glaces polaires. Cela a pour conséquence d'accélérer le rythme du cycle hydraulique, créant notamment des tempêtes et des catastrophes climatiques régulières. Le réchauffement des eaux l'empêche également de retenir plus d'oxygène, rendant la vie difficile dans les océans. On a ainsi constaté une baisse radicale du nombre d'espèces marines vivantes à cette période.
Sur terre, les espèces étaient quant à elles décimées à cause des incendies réguliers et des violents typhons, cyclones et autres ouragans. On estime qu'à cette époque, des vents de plus de 800 km/h frappaient certaines zones du globe, notamment certains littoraux. Plus loin dans les terres, les températures continuaient de grimper, devenant insoutenable pour toute forme de vie.
De même, la période plus récente de l'extinction des dinosaures est un aperçu souvent utilisé par les écologues. Selon une étude publiée dans la revue Geology, par l'Université de Stony Brook à New York, dans un rayon de 1.600 km de la zone où est tombé l'astéroïde Chicxulub, ayant causé l'extinction du Crétacé-Paléogène, ou extinction K-Pg, il faisait plus de 155 °C.

A cause du CO2 dégagé après cet impact majeur, situé en Amérique du nord actuelle, un réchauffement climatique de 100.000 ans s'est installé.
Des scénarios vraiment inimitables ?
Cependant, cet épisode appelé «extinction Permien-Trias» est unique en son genre et ne pourrait être imité même dans les pires des théories des géologues de notre époque. En effet, on pense qu'à cette époque, 120.000 gigatonnes de CO2 a été expulsé en quelques années. Pour atteindre une telle marque, il faudrait non seulement brûler l'ensemble des réserves fossiles de la planète mais aussi continuer de produire du CO2 dans l'atmosphère pendant des milliers et des milliers d'années. On pense que l'industrie humaine actuelle pourrait, théoriquement, générer 18.000 gigatonnes de CO2 si un effort commun consistait à tenter de produire un maximum de gaz.
Mais contrairement à la quantité de dioxyde de carbone produite à la suite de cette éruption volcanique, qui a été diluée sur de nombreuses années, la production humaine est particulièrement rapide. En quelques dizaines d'années seulement on peut constater des changements perceptibles de l'environnement. Les chiffres sont alarmants : l’humanité a mis les niveaux de CO2 à des niveaux inégalés depuis 14 millions d'années. Même en comparant notre ère aux pires extinctions de l'Histoire, la vitesse de production du CO2 de notre temps est exceptionnellement rapide. Les scientifiques la jugent 10 fois plus violente qu'à l'époque de l'éruption sibérienne.
Cela inquiète les scientifiques car ils rappellent qu'aucune quantité de CO2 ne saurait être ingérée par l'atmosphère terrestre, avec du temps. Pour maintenir sa stabilité et par conséquence son habitabilité, la Terre a toujours absorbé ce gaz pour ne pas lui permettre de cuire les océans et l'air contenu dans l'atmosphère. Mais ce processus est lent. Sur quelque millions d'années, le CO2 est enfoui dans des gisements de charbon, pétrole ou encore gaz ou encore dans des sédiments océaniques, qui deviennent des roches carbonatées après des millions d'années. Plus que jamais, l'horloge tourne donc contre la planète.