Plus de 50 ans après la fin du programme Apollo et le dernier vol habité vers la Lune, une nouvelle page de la conquête spatiale américaine va s'ouvrir. Quatre astronautes s'apprêtent à embarquer début avril pour un vol autour de la Lune.
Malgré plusieurs années de retard, la mission de la Nasa nommée Artémis 2 devrait décoller de Floride à partir du mercredi 1er avril prochain. L'objectif de celle-ci sera de s'aventurer jusqu'au satellite naturel de la Terre pour en faire le tour sans s'y poser, comme Apollo 8, 58 ans auparavant.
Cette fusée blanche et orange, haute de 98 mètres et non réutilisable emmènera d'autres missions de ce type dans les années suivantes, afin d'établir progressivement une base sur le sol lunaire. Ce voyage d'environ dix jours sera le premier de la nouvelle fusée lunaire de la Nasa, baptisée SLS.
À noter que ce vol lunaire sera le premier de l'histoire à embarquer une femme, une personne de couleur et un non-Américain.
Une rivalité entre les États-Unis et la chine
«Nous allons retourner sur la Lune car il s'agit de la prochaine étape de notre voyage vers Mars», a résumé Reid Wiseman, commandant d'Artémis 2, dans un podcast de la Nasa. Mais cette course vers la Lune se déroulent sous la pression implicite de la Chine. En effet cette dernière ambitionne de marcher sur la Lune d'ici à 2030. Cependant, cette rivalité n'aurait rien de similaire avec la course à l'espace des années 1960 contre l'Union soviétique.
Selon Matthew Hersch, professeur d'histoire spatiale à Harvard, les chinois «ne sont en réalité en concurrence avec personne d'autre qu'eux-mêmes». Malgré le coût de dizaines de milliards de dollars d'une telle mission, les investissements de Washington seraient proportionnellement bien moindre que durant la Guerre froide.
Pour l'expert qui s'est entretenue auprès de l'AFP, les technologies actuelles auraient été «quasi-inimaginables pour l'équipage d'Apollo 8, qui a rejoint la Lune dans un vaisseau spatial équipé d'un système électronique comparable à celui d'un grille-pain moderne».
Cependant, la Nasa elle-même assure que ce voyage se sera «pas sans-risques». En effet, le vaisseau n'a pour l'heure jamais transporté personne et doit rejoindre la Lune, à plus de 384 000 kilomètres de la Terre (1 000 fois plus loin que la Station spatiale internationale).
Un appui essentiel du secteur privé
L'objectif de cette nouvelle mission autour de la Lune est de vérifier que tout est techniquement possible pour permettre un retour sur la Lune en 2028, dernière année du mandat de Donald Trump.
L'échéance fait douter certains experts car les astronautes auront besoin d'un alunisseur (engin spatial permettant d’atterrir sur la Lune) qui est toujours en cours de développement par les entreprises des milliardaires Elon Musk et Jeff Bezos.
Washington a décidé de s'appuyer sur le secteur privé et ses partenaires internationaux, parmi lesquels les Européens, Canadiens et Japonais qui participeront aux prochaines missions Artémis. Mais malgré les avancées technologiques survenues depuis Neil Armstrong, marcher sur la Lune demeure complexe et périlleux, et le programme Artémis a déjà subi de nombreux retards et explosions de coût.
En attendant, la Nasa espère réussir à reproduire le miracle d'Apollo 8, du réveillon de Noël 1968. Un milliard de personnes avaient suivi sur leurs téléviseurs le périple de Frank Borman, Jim Lovell et Bill Anders.