Souvent cible de cris racistes des supporters adverses, l’attaquant italien auteur d’un doublé en demi-finale de l’Euro doit aussi parfois supporter la bêtise de son… propre pays. Un challenge à surmonter pour le premier joueur noir de l’histoire de la Squadra Azzurra, en lice ce dimanche en finale de l'Euro 2012 face à l’Espagne.
« Why always me ? ». "Pourquoi toujours moi ?". Pour Mario Balotelli, cette question écrite sur un tee-shirt qu'il a exhibé au public après avoir marqué un but pour son club de Manchester City prend de multiples sens. Le premier, d’abord, où l’on a envie de répondre au co-meilleur buteur de l’Euro (3 buts) de se regarder dans une glace. De réaliser, enfin, sa propension à gâcher son talent fou balle au pied par un comportement fantasque sur comme en dehors du terrain. Détesté ou glorifié, ovni du ballon rond, sûr de sa force au point de n’en faire qu’à sa tête, un brin dilettante, l’attaquant italien passe pour un doux dingue dans un milieu, le football, où la folie égocentrique est pourtant une valeur déjà partagée quasiment par tous. Mais le second sens de ce désormais légendaire « Why always me ? » racontele combat le plus difficile à mener pour « Super Mario ». Celui du racisme et de la bêtise ordinaire.
Premier joueur noir de l’histoire de la Squadra Azzurra, l’attaquant de Manchester City est une cible privilégiée des supporters adverses. Cris de singe, jets de bananes, Mario – qui avait menacé de quitter l’Euro s’il y subissait du racisme – a réussi à ne pas craquer devant la stupidité de certains supporters espagnols puis croates. Question d’habitude. Surtout pour quelqu’un qui doit gérer ce problème dans… son propre pays. La preuve avec la polémique née le jour du quart de finale de l’Euro contre l’Angleterre. Ce matin-là, La Gazzetta Dello Sport, le quotidien sportif italien, diffuse un dessin signée Valerio Marini et représentant Mario, champion d’Angleterre avec Manchester City cette saison, au sommet de la tour londonienne Big Ben en train de repousser des ballons. Une façon de « montrer que Balotelli domine le foot anglais », explique le dessinateur.

Mais il y a un hic. Car la caricature fait tout de suite penser à la scène finale de King Kong en haut de l’Empire State Building. Et comparer, même indirectement, le joueur né à Palerme de parents ghanéens, à un singe a provoqué un tollé de l’autre côté des Alpes. « Depuis le départ de l’équipe italienne pour l’Euro, la question du racisme se cristallise autour de Balotelli », a même écrit le quotidien La Repubblica. Le joueur, lui, a confié à ses proches avoir été « choqué » par ce dessin « horrible ». Une polémique qui a poussé La Gazzetta à réagir trois jours plus tard via un communiqué, mais sans formuler d’excuses directes : « Nous reconnaissons qu’il ne s’agit pas de l’une des œuvres les plus réussies de notre talentueux dessinateur. (…) Mais ceux qui nous accusent de racisme font fausse route. Ce journal (…) a condamné les huées et cris de singe dirigés contre Balotelli comme une forme inacceptable d’incivilité. »
La carapace blindée d'un gamin à qui on ne laisse rien passer
L’intéressé, lui, arbore une carapace blindée. Triple champion d’Italie et vainqueur de la Ligue des champions avec l’Inter Milan avant de partir pour Manchester à l’été 2010, « Super Mario » était déjà très souvent victime de cris racistes dans les stades transalpins. Le soir de sa deuxième sélection, en novembre 2010, celui qui n'a jamais posé un pied en Afrique voit ainsi fleurir une banderole terrible dans le stade : « Il n'y a pas de Noirs italiens .» Même son geste de sortir le drapeau italien pour fêter le titre de City cette saison a été critiqué par certaines observateurs lui reprochant de façon ubuesque une forme d’hypocrisie ! Terrible impression d’un gamin à qui l’on ne laisse rien passer. On n’oublie pas non plus tous ces « spécialistes » se faisant un malin plaisir à évoquer son indiscipline chronique avec des mots nimbés d’un malsain délit de faciès.
Et que dire des déclarations de certains de ses coéquipiers en équipe nationale ? Pas retenu pour l’Euro, mais auteur du but de la victoire face à… l’Espagne en match amical en août 2011 (2-1), Alberto Aquilano a côtoyé Balotelli sous le maillot de la Nazionale. Mais savez-vous ce que déclare le garçon quand on l’interroge sur la politique d’immigration de son pays, à qui la Squadra doit la présence de Mario dans ses rangs ? « Il y a trop d’étrangers en Italie. Ils causent la violence et les troubles que l’on peut voir. Mon oncle est passionné de Mussolini et il m’a donné une statue, des photos et des portraits de Mussolini que j’ai à la maison. Mais je ne connais pas grand-chose à la politique. » Difficile d’imaginer la force mentale nécessaire pour laisser passer ce genre de choses sans craquer lorsque l’on s’appelle Balotelli et qu’on a tout juste 21 ans. Surtout quand on écoute la vision du problème de l'intéressé : « Je ne supporte pas le racisme, je ne l'accepte pas. Nous sommes en 2012, ce n'est pas possible. Si quelqu'un me lance des bananes dans la rue, j'irai en prison parce que je tue. » Mais ces nombreux incidents n'ont pour autant jamais fait chuter l’amour de « Super Mario » pour son pays.
« Je suis 100 % italien et amoureux de ce pays »
Jouer pour le Ghana, son pays d’origine ? L’idée ne l’a même pas effleuré. « Je suis 100 % italien et amoureux de ce pays », explique-t-il souvent. Son doublé face à l’Allemagne, en demi-finale de l’Euro, devrait aider certains de ses compatriotes réfractaires à la différence à accepter ce personnage unique dans l’histoire du foot italien. Tout comme cette image, qui a beaucoup marqué de l’autre côté des Alpes, de son baiser à sa mère adoptive (il a été recueilli à trois ans par une famille italienne de Brescia, ville où il était l’un des rares enfants noirs) à l’issue de sa performance face à la Mannschaft. Et s’il marque un but décisif en finale, privant l’Espagne d’un triplé historique et s’ouvrant la voie d’une belle place à l’élection du Ballon d’Or, nul doute que l’enfant honni deviendrait l’enfant chéri. Le racisme à son encontre ne disparaitra jamais totalement, nous ne sommes pas naïfs au point de le croire, mais un tel exploit permettrait au moins à l’Italie de mieux comprendre la phrase signée Noel Gallagher, chanteur de l’ex-groupe Oasis originaire de Manchester et fan absolu de City : « Oubliez-moi. La vraie rock star ici, c’est Mario Balotelli ! »
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