Perché à plus de 3 800 mètres d’altitude, le refuge du Goûter, pris d’assaut chaque été par les alpinistes en route vers le mont Blanc, laissera place en juin 2012 à un bâtiment neuf et innovant : un bijou de technologie environnementale.
Archives – Article publié le mercredi 17 novembre 2010
Les coudes à coudes infernaux pour atteindre les dortoirs ou bien les WC suspendus au-dessus du vide ne seront bientôt plus qu’un mauvais souvenir pour ceux qui se lancent à la conquête du mont Blanc (4 807 m). L’architecture ovoïde et futuriste du nouveau refuge du Goûter a en effet de quoi faire rêver quand on connaît la vétusté de l’actuel refuge, perché à 3 817 m d’altitude, au sommet de l’aiguille du Goûter, où la place et les moyens manquent cruellement pour accueillir les nombreux alpinistes qui se précipitent chaque année pour espérer revenir victorieux du toit de l’Europe.
Pas moins de 8 000 nuitées sont enregistrées entre mi-juin et mi-septembre. Un record qui ne pouvait que confirmer l’urgence de rénover le bâtiment et d’augmenter sa capacité d’accueil : 120 couchages seront proposés dans le nouveau bâtiment, contre 100 actuellement. "Ce projet est aussi une façon de mieux gérer la fréquentation du massif qui reste un problème aujourd’hui", rappelle Jacques Piétu, chargé d’opération pour la Fédération française des clubs alpins et de montagne et responsable du projet.
Le projet représente un budget de 6,5 millions d’euros. Il est principalement financé par le Club alpin français (2,5 millions d’euros), l’Etat (1 million d’euros), ainsi que d’autres partenaires publics.

Le refuge du Goûter, vu du refuge de Tête Rouge[Copyright : CC/Abjad]
Un coût carbone réduit
"La principale performance de ces travaux, c’est d’évoluer sur un chantier à cette altitude-là", fait remarquer Jacques Piétu. La respiration se fait plus difficile, les mouvements sont pluslents, la température peut atteindre les –15 °C à partir de septembre… Débutés en juillet, les travaux ont été arrêtés le 13 octobre et ne reprendront pas avant le mois de mai, «en commençant par le déneigement du chantier», précise le responsable du projet.
Cette première phase de travaux a permis de réaliser les fondations et le plancher, qui reposent à 3 835 m d’altitude, à 200 m du refuge actuel et à 1 000 m de dénivelé du sommet. Afin de limiter les déchets générés par le chantier et de diminuer le coût carbone des travaux, les éléments de la construction sont assemblés préalablement dans la vallée avant d’être transportés par hélicoptère. Les stationnements de ce dernier au-dessus du chantier sont limités. "L’objectif reste de préserver notre milieu naturel, d’appeler chacun à une prise de conscience", insiste Jacques Piétu.
Capteurs solaires et neige fondue
Outre le refuge écologique du mont Rose (Suisse, 4 633 m), construit récemment à 2 880 m, aucun refuge de haute montagne en Europe ne peut se targuer de réunir autant d’innovations écologiques. Le bâtiment sera entièrement revêtu de pièces en Inox conçues pour résister à des vents moyens de 240 km/h. L’épicéa utilisé pour la structure provient des forêts communales de Saint-Gervais, "afin de respecter la traçabilité". Côté énergie, des capteurs solaires photovoltaïques seront disposés sur les façades exploitables. Un fondoir à neige en Inox, fonctionnant grâce aux capteurs solaires thermiques disposés sur la toiture, fournira l’eau au refuge.
"Autre innovation importante : le recyclage de l’eau (aujourd’hui rejetée directement sur le massif, ndlr), dans un environnement où chaque goutte d’eau utilisée provient de la neige fondue du glacier", souligne Jacques Piétu. Les eaux usées seront recyclées sur place, grâce à une station de traitement autonome, "similaire à celles utilisées dans les sous-marins". Les puristes noteront toutefois que l’autonomie énergétique du bâtiment ne sera pas totale. Des bouteilles de gaz seront acheminées pour la préparation des repas – une centaine par jour en période d’affluence – contre l’utilisation actuelle du charbon.
Enfin, un groupe de cogénération – fonctionnant au fuel et à l’huile de colza – viendra compléter la production d’électricité photovoltaïque. Car, conclut Jacques Piétu, "même si l’autonomie n’est pas complète, les innovations apportées permettent de réduire de manière considérable le bilan carbone du refuge actuel".
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