Yves Coppens : "Nous allons vers des hommes plus intelligents"

Un homme de Neandertal[CC/JacobEnos]

D’où venons-nous et où allons-nous ? La question obsède Yves Coppens. Depuis un demi-siècle, le paléoanthropologue mène une enquête serrée sur nos origines. Entre autres codécouvertes, on lui doit celle de Lucy, l’australopithèque la plus célèbre de notre galerie d’ancêtres. Quand il ne gratte pas le sol, ce professeur au Collège de France développe des théories fondatrices sur nos aïeux, dote la France d’une charte sur l’environnement ou assure la direction scientifique de L’odyssée de l’espèce, saga anthropologique télévisuelle ayant fait le tour de la planète. Retour aux sources avec un homme de son temps.

 

Archives – Article publié le mardi 27 juin 2006

 

Vous venez de fêter les trente ans de la découverte de Lucy, notre grand-mère à tous. Où en est notre album de famille ?

Yves Coppens : Il s’agrandit. Mais au risque de vous décevoir, Lucy n’est pas notre grand-mère. Aujourd’hui, nous savons qu’il s’agit plutôt d’une cousine. Une adolescente qui plus est : à peine trois millions d’années ! Depuis, nos recherches nous ont amenés à découvrir des pré-humains vieux de sept millions d’années et appartenant à une quinzaine d’espèces différentes. J’en ai signé six. C’est dire que les prétendants au titre du premier bipède sont nombreux. Dernière recrue en date : Toumaï, découvert au Tchad et dont certains caractères faciaux sont plus évolués que ceux d’hominidés plus récents. Ses incisives témoignent aussi de son régime nettement plus varié que celui de Lucy, essentiellement herbivore.

 

L’homme de 2006 est-il finalement très éloigné de l’homme de Neandertal ?

Y. C. : Nous sommes plus beaux ! Et même si quelques esprits chagrins peuvent en douter, nous sommes infiniment plus courtois que nos ancêtres. Nos mœurs sont devenues nettement plus policées et cela fait bien longtemps que nous ne mangeons plus le cerveau de nos aïeux

 

A quoi ressemblerons-nous demain ?

Y. C. : Le vivant évolue vers une complexité croissante. Si l’humanité poursuit sa route, nous allons vers une super humanité, avec des hommes plus intelligents. Il est probable que le volume de notre crâne évoluera encore ; cela pourrait d’ailleurs susciter des difficultés à l’accouchement. Les femmes porteront peut-être leurs bébés moins longtemps. Si demain les hommes s’installent sur d’autres planètes, voire dans d’autres systèmes stellaires, on pourra aussi assister à l’émergence de différentes espèces.

 

Serons-nous en mesure de nous adapter aux brusques changements annoncés ?

Y. C. : Nous devons tout faire pour minimiser l’impact de l’activité humaine sur le réchauffement. Néanmoins, le climat a toujours évolué, l’homme est un être culturel qui a fait la démonstration de son adaptabilité. Il survit au pôle Nord ou dans le désert. Ce n’est pas le cas du mammouth, par exemple, qui n’a pas su adapter son régime alimentaire lorsque les steppes ont fondu sous l’influence du réchauffement climatique. La disparition de la flore a sonné le glas de l’herbivore. Nous n’en sommes pas là. L’homme a d’infinies ressources.

 

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