Jean Vautrin a eu plusieurs vies. Il fut cinéaste, scénariste et surtout écrivain et a côtoyé avec les plus grands : Jacques Rivette, Vincente Minnelli, Claude Miller, Michel Audiard … Entre roman historique et polar, son œuvre d’écrivain est tout aussi fascinante. Lauréat du Prix Goncourt en 1989 pour Un Grand pas vers le bon Dieu, il s’intéresse à l’Histoire de la fin du 19e et du début du 20e siècle. Dans sa saga Quatre Soldats français (2004-2012), il plonge dans la Grande Guerre et ses conséquences. À l’occasion du quatrième tome, Les années faribole, Direct Matin l’avait rencontré.
Archive – article publié le vendredi 9 février 2012
Que signifie ce titre, «Les années faribole» ?
Jean Vautrin : C’est un néologisme qui ébauche les Années folles. Pour moi, le mot «faribole» annonce quelque chose d’excentrique. Ce tome confronte les hommes à l’émancipation des femmes. Pendant la guerre, elles ont découvert leur potentiel, se sont coupé les cheveux, ont raccourci leur robe. Ils ne reconnaissent pas celles qu’ils ont laissées en partant. Et puis, c’est une époque de fraternité et d’internationalisme très riche.
Cette guerre vous fascine ?
J. V. :C’est l’histoire d’une incompréhension entre les peuples. C’est l’absurdité de la guerre. Je ne l’ai pas connue, mais ma famille a été marquée par cette guerre. Je suis lorrain et c’est une région qui a été déchirée par l’Histoire.
Vidéo : Cours de Jean Vautrin sur le métier de scénariste
Vous adoptez un style presque parlé, qui fait appel à l’argot. Est-ce un plaisir pour vous ?
J. V. : Je me plais avec les mots. Depuis mon premier roman, je cherche le vocabulaire juste. Même si la trame est romanesque, il me semble indispensable de retrouver le ton et les mots de l’époque. Et puis, je suis un écrivain populaire. Je souhaite redonner à la littérature française son jus, qui nous vient de Rabelais.
Chronologie
1933 : naissance de Jean Vautrin (Jean Herman de son vrai nom), à Pagny-sur-Moselle.
1968 : réalise Adieu l’ami, avec Alain Delon et Charles Bronson.
1973 : publie A bulletins rouges, son premier roman, dans la collection Série Noire.
1981 : Il écrit avec Michel Audiard le scénario de Garde à vue de Claude Miller, qu’il signe de son véritable nom Jean Herman. Le film obtient quatre césars sont meilleur acteur et meilleur scénario.
1987 : premier tome des Aventures de Boro, reporter photographe (avec Dan Franck).
1989 : reçoit le prix Goncourt pour Un grand pas vers le bon Dieu.
1998 : sortie du Cri du Peuple, consacré à la Commune de Paris. La fresque sera adaptée par Tardi en quatre volumes.
2004 : premier tome de la saga historique Quatre soldats français, qui comprendra quatre tomes.
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