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Boualem Sansal sur CNEWS : prison, Algérie, islam… Ce qu’il faut retenir de son interview

Ce mardi 2 juin, l’écrivain Boualem Sansal était invité sur CNEWS pour la sortie de son livre «La Légende» aux Éditions Grasset. Une œuvre dans laquelle l’auteur a raconté sa captivité en Algérie. 

Une interview pleine de franchise. A l’occasion de la sortie de son livre «La Légende» aux éditions Grasset, ce mardi 2 juin, l’écrivain Boualem Sansal était l’invité de la Grande interview sur CNEWS et Europe 1 ce jour. Au cours de ce long échange, l’auteur est revenu sur sa captivité dans une prison d’Alger. 

«J’ai été arrêté et mis en secret. En France, en Algérie et partout, on se posait la question : où est passé Boualem Sansal ? Les uns disaient qu’il a disparu, d’autres disaient qu’il est mort ou malade. Ce qui pesait lourd dans l’affaire, c’est que tout le monde m’appelait mais mon téléphone était fermé. Il y a tout un fantasme qui a nourri les imaginaires des uns et des autres», a dit l’auteur. 

«Huit jours après mon arrestation, les autorités algériennes m’ont présenté devant la justice. Médiatiquement, cela a été un coup formidable pour le gouvernement», a-t-il déclaré. Revenant sur le titre de son ouvrage, il a expliqué qu’à son arrivée en prison, ses codétenus ne savaient pas comment le nommer et avaient fini par le surnommer «la légende».

«Le monde autour de nous est en train de s’effriter»

«Quand je suis arrivé en prison, les codétenus ne savaient pas comment m’appeler. Alors, ils m’ont appelé la légende», a ajouté Boualem Sansal, notant qu’il s’est interrogé sur le surnom qui lui a été donné. «Je crois qu’ils se sont dit que j’étais un opposant du régime et que derrière moi il y avait la France et l’Europe. Et si le régime tombait, on serait libres». 

Lors de cette même détention, Boualem Sansal a expliqué que le régime algérien aimait bien «humilier», jugeant que sa captivité était une «dépossession du temps». «On découvre que finalement l’être humain est un paquet de temps. Du temps ancien, celui de notre enfance, le temps présent puis le temps d’anticipation sur l’avenir. Et tout cela s’était cassé. Vous n’avez plus de passé. Vous n’avez plus de présent. Vous êtes dans un couloir de temps, on vit à la minute. C’est le temps présent qui est important. Le reste, on arrive plus à l’imaginer. C’est terrible», a-t-il raconté.

Aujourd’hui, Boualem Sansal ne voit plus de «paradis». «Le monde autour de nous est en train de s’effriter. Il y a des guerres partout. Néanmoins, ce ne sont pas les guerres qui abaissent l’homme. Ce sont plutôt les misères morales dans lesquelles on se laisse vivre. Il est quasiment impossible d’échapper à la déchéance. Elle est générale (…) On est dans une civilisation de la déchéance», a déclaré l’auteur. 

Au cours de sa détention, «la Légende» a pu compter sur un soutien de taille : l’ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. «Tout était négatif. Puis, un jour on entend une voix. Une voix qui parle fermement. C’est mon copain Bruno, ministre de l’Intérieur. Ça y est, il va nous sauver parce qu’il a lancé des mesures très fortes». Ces dernières n'ont malheureusement pas été suivies. 

«La France est dans une phase d’affaiblissement»

Pour Boualem Sansal, «le gouvernement algérien ne connaît que le rapport de force qu’il a réussi à renverser en sa faveur depuis que Tebboune (président algérien) est arrivé au pouvoir. La France est dans une phase d’affaiblissement. Elle cède sur beaucoup de plans, vis-à-vis de tout le monde d'ailleurs».

Et l’auteur a dénoncé le manque de «condamnations» après les débordements qui ont eu lieu à la suite du sacre du PSG. «Sommes-nous encore au stade de la déploration?», s’est interrogé Boualem Sansal avant de poursuivre : «C’est l’Etat qui est en train de s’effondrer. En toute occasion, il y a une violence volcanique qui se déchaîne. Cela relève de l’ordre naturel maintenant. Force doit rester à la loi. Il y en a qui n’arrivent pas à s’intégrer, peut-être parce qu’on les empêche de le faire. Il faut faire en sorte que quand quelqu’un s’installe en France, il devient Français. Il n’est pas seulement un habitant du pays. Derrière cela, il y a une citoyenneté et une histoire». 

L’auteur a fait état de deux France qui «sont entrain de cohabiter. Mais de temps en temps, c’est de l’irruption. Ce n’est pas normal». 

Lors de cette même interview, l’écrivain a demandé que l’islam soit rendu «à son récit originel». «Dieu a mis l’homme au centre pour qu’il s’occupe de lui-même. La religion se comporte comme une vulgaire idéologie. L’islam plus que les autres religions qui, elles, ont perdu de leur virulence et de leur ambition première. L’islam reste très totalitaire. Je ne comprends pas que l’on soit choqués quand je dis cela. C’est un constat qu’un gamin de 5 ans peut faire», a dit Boualem Sansal. 

«On aimerait que l’islam revienne à ses récits premiers. Mais, ce n’est pas le cas. Ce n’est plus qu’une jurisprudence, une loi, de plus en plus dur et radicale. Puis, cette religion s’est créé des sous-systèmes, comme le salafisme, le wahabisme, l’islamisme etc, pour qu’on la traite encore de manière plus forte. Il faut rompre ce cercle-là et rendre l’islam à son récit originel», a-t-il ajouté. 

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