La semaine de Philippe Labro : la France des Lumières, la nuit américaine

A la Comédie-Française, Benjamin Lavernhe interprète un formidable Scapin, mis en scène par Denis Podalydès.[©PASCAL_VICTOR_ARTCOMPRESS]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

DU LUNDI 14 AU VENDREDI 18 JANVIER

Heureux de retrouver cette chronique, qui a observé une trêve pour les fêtes de fin d’année. Il est impossible, et même vain, d’essayer de résumer tout ce qui a pu se passer en quelques semaines, en France ou ailleurs. Les événements s’enchaînent, et l’immédiateté, matière première du journalisme, nécessite un minimum de recul. Il semble que les questions, en ce moment, soient plus nombreuses que les réponses.

A propos de Donald Trump. A-t-il, maintenant que le Congrès est tenu par les démocrates, encore du poids et du pouvoir ? Oui. Il a une influence funeste, en ne payant plus les employés fédéraux, dans ce shutdown presque incompréhensible pour un pays comme le nôtre – imagine-t-on un instant tous nos services publics paralysés ? Et tout cela pour obtenir, coûte que coûte, assez d’argent pour construire son fameux «mur» à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.

Cette crise n’est que l’arbre qui cache la forêt : celle de l’affaire russe. Trump est-il le jouet de Moscou, son complice, son otage, son «idiot utile» (superbe expression due à Staline) ?

A propos des gilets jaunes. L’amorce du grand débat national va-t-elle modifier le climat général en France ? A-t-on mesuré l’inquiétant résultat du baromètre annuel du Cevipof (Centre d’études de la vie politique française) récemment publié par Le Figaro ? Lassitude, morosité et méfiance sont les trois sentiments qui progressent dans l’esprit des citoyens. Les héros anonymes, comme les pompiers qui sauvent des vies et perdent la leur dans l’explosion de la rue de Trévise, à Paris, sont, avec l’ensemble des personnels hospitaliers, des modèles. Mais bien malin celui – ou celle – qui peut dire dans quel état sera le pays à la veille des élections européennes, le 26 mai prochain.

A propos des trottinettes. Ah bien sûr, c’est rapide, pratique, agréable et pas cher. Pas de casque, pas de code de la route, pas d’assurance, pas de limites… Jusqu’à quand ce nouveau phénomène, exclusivement urbain, peut-il exister sans réglementation ? Faudra-t-il attendre qu’un accident mortel se produise ?

A propos des livres. Même si les éditeurs, comme les libraires, se plaignent d’une perte sérieuse de leur chiffre d’affaires, le livre continue de permettre de s’échapper des tracas du quotidien. Un roman – Sérotonine de Michel Houellebecq (éd. Flammarion) – a fait la une et plusieurs pages intérieures des journaux les plus importants. Cela n’arrive sans doute qu’en France. Dans aucun autre pays, la simple parution du nouvel ouvrage d’un écrivain notoire n’aurait donné lieu à un tel battage, une telle mobilisation des esprits. C’est toute la spécificité de notre pays, sa fameuse «exception culturelle». Mais à quoi est-elle due ? Tout simplement à son inépuisable héritage : poésie, philosophie, littérature… De Ronsard à Dumas, de Voltaire à Hugo, sans compter La Fontaine et Molière : quel trésor !

Nous avons, l’autre jour, accompagné l’un de nos petits-fils à la Comédie-Française pour y (re)découvrir Les fourberies de Scapin. C’est formidable, la mise en scène (Denis Podalydès), comme l’interprétation (Benjamin Lavernhe, un Scapin étonnant). Tout, soudain, prenait sa vraie place. En 1h45, sans entracte, nous avons ri et apprécié l’éternelle qualité de notre langue : «Il ne faut pas être si prompt à condamner la conduite des autres ; et [que] ceux qui veulent gloser doivent bien regarder chez eux s’il n’y a rien qui cloche.» Un aphorisme de Molière qui date de 1671 et pourrait servir de règle générale aux acteurs du grand débat de 2019.

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