Shutdown : l'Amérique au point mort

La paralysie partielle de l’administration fédérale est désormais la plus longue de l’histoire américaine. [Brendan Smialowski / AFP]

Zoos ou bureau des mariages portes closes, tribunaux bloqués, contrôles sanitaires reportés… Le bras de fer qui oppose Donald Trump aux élus démocrates sur le vote du budget pour construire le mur à la frontière mexicaine a plongé, depuis près d’un mois maintenant, les Etats-Unis dans un shutdown historique.

La paralysie partielle de l’administration fédérale est en effet désormais la plus longue de l’histoire américaine : 25 jours que 800 000 fonctionnaires fédéraux sont placés en congés, sans gagner le moindre dollar. Une situation qui fait craindre des effets désastreux sur l’économie et les affaires publiques.

De lourdes répercussions 

Jour après jour, les conséquences sont de plus en plus visibles dans le quotidien des Américains. Ainsi, faute de personnel, les aéroports, embouteillés, ne peuvent plus garantir la sécurité des personnes ou le contrôle des bagages, tandis qu’une partie des agents du FBI est au chômage technique. 

Les touristes, eux, voient les déchets s’accumuler dans les parcs naturels, alors que les animaux sont quasiment laissés à l’abandon dans les espaces animaliers.

Ironie du sort, même les jeunes sportifs invités par le président lundi soir ont dû se satisfaire d’une tournée générale de pizzas et de hamburgers, les cuisines de la Maison blanche étant à l’arrêt.

Et dans une économie impitoyable pour les détenteurs de prêts, les répercussions deviennent vite catastrophiques. Nombre de fonctionnaires vivent en effet dans l’angoisse de ne pas pouvoir rembourser leur voiture, de payer la garderie de leurs enfants, voire même d’être expulsés de chez eux. 

Certaines aides sociales sont d’ailleurs suspendues jusqu’à nouvel ordre. Si l’ensemble des agents concernés, soit près d’un quart des effectifs de fonctionnaires du pays, devraient récupérer leur dû de manière rétroactive, ils sont nombreux à avoir pris les devants et accepté un petit boulot pour soulager leur porte-monnaie.

Certes, les précédents exemples de paralysie de l’administration américaine ont montré que l’économie avait de grandes chances de rebondir dès la reprise de l’activité fédérale. Mais l’exaspération de la population grandit, autour de manifestations et de mouvements de grève, notamment parmi les enseignants.

Et pour la majorité des Américains (53 %), la responsabilité en incombe à Donald Trump, selon un récent sondage du Washington Post.

«Les Américains le prennent au mot : c’est lui seul qui a refusé le compromis budgétaire, sans l’appui de sa base républicaine», explique Corentin Sellin, professeur agrégé d’histoire et spécialiste des Etats-Unis.

Une obstination sans faille

Malgré des négociations ininterrompues depuis le 21 décembre, la situation semble donc dans l’impasse. Car Donald Trump ne veut pas céder face au camp démocrate. Un temps prêt à invoquer une «urgence» nationale, qui lui permettrait de réaffecter des fonds vers une situation extrême sans l’accord du Congrès, il a finalement fait marche arrière pour ne pas être accusé d’abus de pouvoir.

«Aucune des deux parties n’a la moindre intention de faire des compromis», estime Corentin Sellin. Si Donald Trump ne mène pas à terme l’édification de son mur, très attendu par son électorat, sa réélection pour 2020 pourrait en effet être remise en jeu.

D’autre part, les démocrates ne sont pas prêts à accepter un mur «immoral» selon eux. Quitte à renvoyer l’image d’un pays plongé de plus en plus dans la paralysie générale. 

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