Thierry Frémaux : «Le sport est un formidable moteur scénaristique»

Le directeur de l’Institut Lumière de Lyon et délégué général du Festival de Cannes est un grand amateur de judo. [© Thomas SAMSON / AFP]

Dédié au sport, au cinéma et à la littérature, le festival «Soyons sport» se tient jusqu’au 2 mars à l’Institut Lumière, à Lyon. Son fondateur Thierry Frémaux revient sur la genèse de cet événement, ainsi que sur la programmation de cette 6e édition.

Auteurs, cinéastes et sportifs se donnent rendez-vous dans le cadre de projections, de rencontres, de signatures et d’une librairie du livre de sport.

Après la venue de Jean-Claude Killy, Raymond Poulidor ou encore Alain Prost, le festival «Soyons sport» déroule le tapis rouge cette année à Ada Hegerberg, première lauréate du Ballon d’or féminin, Eddy Merckx, cinq fois vainqueur du Tour de France, et Olivier Dacourt, vainqueur de la Coupe des Confédérations (Équipe de France) et champion d’Italie (Inter Milan), qui présente son documentaire «Je ne suis pas un singe».

A l’initiative de ces rencontres, Thierry Frémaux se réjouit de réunir des publics qui «aiment les champions comme les grands acteurs».

Pourquoi avoir créé un festival alliant sport, cinéma et littérature ?

Parce que nous sommes nombreux à aimer à la fois le sport, la littérature et le cinéma. Et que le sport est un formidable moteur scénaristique, un incomparable pourvoyeur d’histoires et de légendes.

Est-ce un moyen de rassembler les cinéphiles et les amateurs de sport qui ne se mêlent pas habituellement ?

En effet, ce sont deux publics totalement différents et pourtant, on s’aperçoit que les ressemblances sont nombreuses : sport et cinéma sont deux disciplines populaires, nés quasiment en même temps et qui écrivent l’histoire des gens et des sociétés. On aime les champions comme on aime les grands acteurs.

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© DR

Comment avez-vous conçu cette nouvelle programmation ?

L’idée est d’alterner invitations et événements, lectures et expositions, films de fiction comme «L’Enfer du dimanche» d’Olivier Stone et documentaires comme le formidable «Senna» d’Asif Kapadia qui sera là pour en parler. Aussi de mêler le classique et le contemporain comme d’avoir le nouveau et très important documentaire d’Olivier Dacourt et Marc Savourel sur le racisme dans le foot que Canal+ nous permet de montrer.

Pourquoi consacrer également une soirée au sport au temps du cinéma muet ?

Tous les grands du muet (Chaplin, Keaton, Max Linder) ont fait des films dont le sport est le sujet. Qu’on se souvienne de l’hilarant combat de boxe des «Lumières de la ville» ! C’est autant la mémoire du sport que celle du cinéma. C’est une partie importante de l’histoire du vingtième siècle. Et animer une soirée entière avec des petits films muets et un pianiste comme Bruno Fontaine qui improvise est un plaisir incomparable.

Pourquoi le sport inspire-t-il de plus en plus de réalisateurs ?

Le sport est une matière dramatique extrêmement riche. Longtemps, les films tournaient autour de la boxe, des paris, de la corruption, des champions déchus et ça a donné des œuvres extraordinaires. Aujourd’hui, on trouve des films comme «Le Stratège» avec Brad Pitt ou le nouveau film de Soderbergh sur les agents dans le basket.

Le sport est aussi une façon de pénétrer les âmes, celles des champions comme celle des spectateurs ou des entraîneurs auxquels on consacre à Lyon la soirée d’ouverture. Dans quels états se mettent-ils parfois, c’est dingue.

La préparation de certains rôles implique parfois un entraînement physique intense. Pensez-vous que les acteurs soient des athlètes ?

Oui, ils le sont très souvent, en tout cas quand ils sont jeunes. Un acteur doit faire attention à sa santé, à son allure, à sa condition physique. Ils sont nombreux à faire du sport, jusqu’à un Guillaume Canet qui fait des compétitions d’équitation.

Le sport est une matière dramatique extrêmement riche.

Inversement, les sportifs sont-ils des acteurs ?

Il y a des exemples de sportifs reconvertis dans le cinéma, parfois de façon fugace parfois de manière durable comme Johnny Weismuller qui fut un Tarzan parfait. Le plus célèbre est peut-être Lino Ventura qui fut champion de catch et devenu l’acteur que l’on sait. Ou Eric Cantona qui mène une carrière d’artiste très singulière et très passionnante.

Quel est votre film préféré sur le sport ?

Nous ouvrons le Festival avec «L’Enfer du dimanche» d’Oliver Stone que j’adore parce qu’il dit tout du sport US. Mais l’un de mes préférés est «La Légende du grand judo», le premier réalisé par Kurosawa, en 1941. Je suis judoka, c’est magnifique d’avoir un tel film pour se souvenir de l’origine du judo.

Le sport devient même un sujet littéraire. Vous souvenez-vous de certains écrits qui relataient des performances sportives avant l’époque de la radio ou de la télévision ?

Je n’étais pas né mais j’ai dévoré ce qu’écrivaient alors les journalistes et les écrivains comme Dino Buzzati qui racontait le Giro d’Italie, ou les papiers de Blondin, qui était à la fois chroniqueur sportif et membre des Hussards. Ils devaient être l’écrit, la parole et le son et en quelques colonnes raconter les exploits des champions.

Quel rapport entretenez-vous avec le sport ?

Avec l’âge, je travaille trop et je fais moins de sport ! Mais je roule beaucoup en vélo, à Paris, à Lyon, en montagne. Et j’écris un livre sur le judo, qui fut important dans ma jeunesse, pour ne pas perdre le contact avec les tatamis !

«Festival Soyons sport», jusqu'au samedi 2 mars 2019, au Cinéma Institut Lumière - Le Hangar, à Lyon (69).

 

 

 

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