Kate Winslet a lutté pendant neuf ans pour que la vie de Lee Miller soit portée sur grand écran. Le scénario du film éponyme - qui porte un regard nouveau sur la biographie de celle qui fut l'une des premières photographes de guerre - ne séduisait pas les producteurs hollywoodiens, mais la star a poursuivi son projet avec obstination, jusqu'à en devenir la star et la productrice.
Il y a un début à tout. L'étincelle qui a allumé un feu ardent dans le coeur de Kate Winslet est venue d'une table. Dans sa tournée de promotion mondiale, l'actrice a confié à plusieurs reprises combien le film «Lee Miller», qui sort ce mercredi en France, a été difficile à monter. La star y incarne avec sensibilité celle qui était jusqu’alors connue pour avoir été la muse de Man Ray, alors qu’elle fût également l’une des premières femmes reporters de guerre.
Tout a commencé il y a neuf ans, quand une amie qui travaillait dans une maison de vente aux enchères de Cornouailles lui avait conseillé une table qui lui avait particulièrement plue, a raconté l'actrice. Il s'est avéré que cette table était autrefois la pièce maîtresse de la cuisine de la ferme Farley, dans l'East Sussex, qui appartenait au peintre surréaliste et marchand d'art Roland Penrose et à son épouse… La photographe Lee Miller.
C'est donc inspirée par cette table que Kate Winslet a commencé à s'intéresser de plus près à la vie de Lee Miller. «Je savais qui elle était et à quoi elle ressemblait», a déclaré la star au Los Angeles Daily News. «Je connaissais son travail de photographe. Mais ce que j’ai pu voir très clairement, c’est que, historiquement, elle risquait d’être définie pour l’éternité par le regard masculin», a-t-elle dit. «En cherchant son nom sur Google en 2015, lorsque j’ai acheté la table, j’ai trouvé ‘Lee Miller, ancienne amante et muse de Man Ray. Ancienne cover-girl de Vogue. Ancienne mannequin’», a-t-elle poursuivi.
«Je me suis dit : ‘non, non, attends’. Où sont passés tous les autres trucs ? Je voulais juste en venir au moment où Lee est devenue Lee. La période de mannequinat de sa vie a duré une toute petite partie de sa vingtaine, et elle détestait vraiment être mannequin. Elle était profondément mal à l'aise dans ce métier. Elle avait appris la photographie avec son père quand elle était enfant, et elle avait toujours su comment fonctionnait un appareil photo», a continué la star de «Titanic».
Témoin de l'ignominie nazie
Dans sa biographie plutôt méconnue, Lee Miller était aux côtés de l’armée américaine quand les alliés, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ont découvert réellement, sous leurs yeux, les camps de Dachau ou Auschwitz. Kate Winslet avait donc à cœur de raconter l’histoire de cette femme «très importante dont la véritable histoire n’a encore jamais été portée à l’écran».
«Je voulais raconter l’histoire d’une femme d’âge moyen, imparfaite, qui a eu le courage de prendre des risques et la détermination de se frayer un chemin dans ces espaces dominés par les hommes», a déclaré Kate Winslet, toujours pour le Los Angeles Daily News. «Pour témoigner et être la voix visuelle des victimes du conflit (...) Je voulais raconter cette version de Lee parce que je ne sais même pas comment elle a eu le courage de faire ce qu'elle a fait. Elle n'était pas sans peur, et elle a dit avoir ressenti une grande peur, mais elle a quand même continué. Elle ne s'est pas détournée, et c'est quelque chose de phénoménal qu'elle a fait.»
Selon Kate Winslet, Lee Miller, qui avait été victime d’une agression sexuelle dans l’enfance, a «transformé la douleur en force». «Je pense que Lee est née déterminée. Je le pense. Mais je pense aussi que ce qui lui est arrivé étant enfant a fait naître en elle un profond sentiment d’injustice. Et qu’elle en ait été consciente ou non, je crois que cela l’a poussée à aller de l’avant. D'une certaine manière, elle ne laissait pas ce qui lui était arrivé étant enfant définir l'issue de sa vie et qui elle était (…) Elle a vécu sa vie à sa façon, selon ses propres conditions.»
Dédain et chantage
Les producteurs hollywoodiens se sont montrés peu enclins à développer l'histoire, peu ou pas intéressés par le destin de cette femme, et il aura donc fallu neuf ans à Kate Winslet pour voir le film arriver en salles. Neuf années pendant lesquelles elle a dû faire face à de nombreux défis : de la recherche de financement à la promesse d'un chef de file de l'industrie qui veillerait à ce que son «petit» projet soit réalisé... Mais à une condition : si et seulement si elle s’engageait à jouer dans son prochain film. Un chantage auquel elle n'a pas cédé.
«C'est tellement ridicule qu'on en rit presque», a dit Kate Winslet à KCRW. «Mais vous savez, le fait que cette personne puisse penser qu'elle a un tel pouvoir est terrible. Mais le fait de l'agiter sous mon nez, de me l'étaler sous le nez comme une sorte de pot-de-vin étrange... bizarre, vraiment bizarre !»
Kate Winslet a finalement fini par être à la fois productrice et star du nouveau film. L'actrice oscarisée a confié qu’Antony Penrose, le fils de Lee Miller qui lui a ouvert les archives familiales, a estimé qu'elle était la personne idéale pour incarner sa mère.
Six ans après le début des efforts de Winslet pour lancer la production, un nouvel élan est arrivé lorsque la productrice Kate Solomon a signé pour le projet, a dit Kate Winslet. «Nous avons fini par obtenir le financement, mais c'était compliqué», dit-elle. «Le financement n'arrivait pas toujours à temps lorsque nous devions payer les gens, ce qui constituait un autre défi. Mais vous savez, vous faites avec. Vous continuez simplement à avancer.»
En plus de Kate Winslet dans le rôle de Lee Miller, le casting comprend Alexander Skarsgård dans le rôle de Roland Penrose, Andy Samberg dans le rôle du photographe du magazine Life, David Scherman, et Marion Cotillard dans le rôle de Solange d'Ayen, l'amie de Lee Miller et rédactrice de mode du Vogue français.
«Lee Miller» d’Ellen Kuras - Chef opératrice réputée qui avait signé la lumière d’«Eternal Sunshine of the Spotless Mind» - sort mercredi 9 octobre en France.
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