L'Espagne souhaite relancer son attractivité nationale en se lançant dans la construction d'un taureau de fer aux dimensions éléphantesques. La sculpture de métal, haute de 300 mètres, souhaite concurrencer la tour Eiffel, symbole touristique par excellence.
La tauromagie. Une structure de métal à l'effigie du ruminant le plus célèbre d'Espagne parviendra-t-elle à faire de l'ombre à notre chère et tendre tour Eiffel, déclinée à l'infini en porte-clés et boules à neige ? C'est en tout cas le projet de l'académie espagnole de tauromachie, qui souhaite accroître l'attractivité touristique sur son sol en proposant un géant d'acier de 300 mètres de haut.
Après Paris, puis Rome, la célèbre Emily au béret rouge immortalisera peut-être son joli minois dans un selfie pris devant ce taureau géant. Dans le deuxième pays le plus visité du monde, le projet ne met pas tout le monde d'accord. Mais qu'à cela ne tienne, le collectif pro-corrida a dévoilé son ambition de construire son «toro de España», et les villes se bousculent déjà pour adopter l'animal.
DES bénéfices à 100 millions d'euros par an
Si la capitale espagnole refuse d'accueillir le projet «dans l'immédiat», Fernando Martínez-Acitores, le maire adjoint de Burgos, au nord du pays, estime que la construction de ce taureau géant pourrait constituer un «véritable emblème» et une «attraction» pour une ville qui possède déjà une cathédrale gothique, classée au patrimoine mondial, rapporte le journal El Pais.
Au nord de Madrid, la mairie d'El Molar et ses 10.000 habitants se porte candidate, et est actuellement en discussion avec l'Académie espagnole de tauromachie afin d'établir des synergies, aux côtés d'ingénieurs et d'architectes pour étudier la faisabilité du projet, et d'investisseurs privés potentiels intéressés par une collaboration. Le projet, financé par des capitaux privés, pourrait générer des bénéfices similaires à ceux de la Tour Eiffel à Paris, estimés à environ 100 millions d'euros par an (uniquement en termes d'entrées).
Des magasins et un parc à thème
Au micro de Radio España, le président et fondateur de l'Académie espagnole de tauromachie s'est exprimé : «L'Espagne ne possède pas d'icône matérielle majeure pour la représenter. Alors quoi de mieux que le taureau ? Tous les touristes ramènent une statuette de taureau chez eux lorsqu'ils viennent visiter notre pays. [...] Qu'on le veuille ou non, le taureau nous représente, surtout à l'étranger».
Une structure dont le coût serait estimé à 180 millions d'euros, et qui à l'image de la tour Eiffel cacherait quelques surprises. Si les pattes de l'animal renfermeraient des magasins et un parc à thèmes, ses cornes offriraient une vue imprenable sur la ville qui l'accueillerait. Encore faut-il convaincre les fervents opposants à la tauromachie, qui représentent 78% de la population, selon un sondage publié dans le journal El Mundo.
Si la corrida prend naissance en Espagne, où ses règles sont fixées par le traité du matador Pepe Hillo en 1796, ses origines précises demeures floues. Certains spécialistes penchent vers une apparition andalouse, où au XVIème siècle, des employés des abattoirs de Séville s'entraînaient à défier les taureaux avant de les tuer, attirant les spectateurs qui se juchaient sur les toits pour profiter du spectacle, pourtant interdit par les autorités.