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«Une grande voix de la lutte contre l'obscurantisme» : pluie d'hommages après le décès de Marjane Satrapi, l'autrice de «Persepolis»

Marjane Satrapi a été «décisive» pour elle et beaucoup d'autres artistes femmes, a écrit Pénélope Bagieu. [ [TIZIANA FABI / AFP]

L'autrice de BD et réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi, mondialement connue pour la BD et le film «Persepolis», vient de s'éteindre à l'âge de 56 ans. De nombreuses personnalités lui rendent hommage.

Le monde pleure la disparition de Marjane Satrapi. L'autrice de bande dessinée et réalisatrice franco-iranienne est décédée à l’âge de 56 ans, a-t-on appris ce 4 juin 2026. «Marjane Satrapi morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie», indique un communiqué de ses proches transmis à l'AFP.

L’artiste, qui se tenait à l'écart des médias depuis la disparition du producteur, acteur et scénariste en avril 2025, a signé plusieurs BD et longs-métrages remarqués. Elle s’était fait mondialement connaître avec «Persepolis», bande dessinée autobiographique sur son enfance en Iran lors de la révolution islamique, et son exil en Europe. Une œuvre parmi les plus marquantes du XXIe siècle publiée entre 2000 et 2003, et dont l’adaptation en long-métrage d'animation en 2007, en collaboration avec Vincent Paronnaud, avait été récompensée par le prix du jury du Festival de Cannes, et les César du meilleur premier film et de la meilleure adaptation. 

«Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens», avait alors déclaré Marjane Satrapi, qui n’a eu de cesse de dénoncer les agissements de la République islamique d'Iran.

La Licra rend ce jeudi hommage à la mémoire de cette «grande voix de la liberté et de la lutte contre l'obscurantisme. Avec Persepolis, œuvre majeure, elle a livré un témoignage universel sur l'exil, la résistance et le rejet du fanatisme, donnant la parole à ceux que d'autres cherchent à faire taire. Par son engagement et son courage, elle restera une figure emblématique du combat pour la dignité, l'émancipation et contre toutes les formes d'oppression. Nous poursuivrons, dans son sillage, ce combat essentiel», peut-on lire sur le compte X de la Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme.
 


«Une voix universelle» et «une immense artiste», «éprise de liberté», a salué L’Elysée dans un communiqué. «Le Président de la République et son épouse saluent une immense artiste qui avait transformé une enfance iranienne en fable universelle. Ils adressent à sa famille, à ses proches, à ceux qui l’aimaient, leurs condoléances émues». 

La ministre de la Culture, Catherine Pégard, regrette dans un communiqué la disparition d’une «artiste déterminée et engagée» qui «n’avait jamais cessé de faire entendre une voix forte et révoltée contre la dictature iranienne, prenant notamment la défense de toutes les femmes qui en étaient victimes».

La dessinatrice et autrice française Pénélope Bagieu, «très très triste», salue la mémoire d'une artiste «décisive» pour elle et beaucoup d'autres artistes femmes. «Je pense à nous toutes à qui elle a ouvert une porte, un possible», a écrit l'autrice de «Culottées».


Joann Sfar a adressé un bouleversant message à «sa soeur jumelle» sur Instagram. 

L'auteur du «Chat du Rabbin» a aussi réagi auprès de Libération : «On s’est rencontrés à son arrivée à Paris, on ne s’est pas quittés. Je me suis trouvé en situation de gémellité avec elle très tôt, parce qu’on avait les mêmes amours et les mêmes detestations, dans le rapport à la bêtise humaine et à l’amour de l’humanité en même temps. Je crois que ce qu’on avait en commun, c’était le pessimisme joyeux, la certitude que tout serait inutile et qu’il fallait le faire quand même. L’apport de son œuvre, tout le monde le voit. Et humainement c’est un des êtres les plus brillants et les plus irremplaçables que j’aie rencontré.» 

L'auteur de BD et réalisateur Riad Sattouf a fait part de sa tristesse en écrivant : «Son œuvre a ouvert une voie que beaucoup ont suivie, et moi le premier. Je lui avais proposé un petit rôle de vendeuse de guitares dans mon premier film, Les Beaux Gosses. Elle avait accepté avec une grande gentillesse. On avait bien rigolé. Puis la vie, le travail, les années ont passé, et nos chemins ne se sont plus croisés. Fuck.»

 

«Marjane Satrapi est morte de chagrin. Elle a dit merde à cette vie qui lui a arraché son grand amour. Elle a tiré un trait. Ce même trait puissant qui a fait sa renommée, son talent, Persepolis, son engagement et son combat comme le régime des mollahs. Toute sa vie elle n’aura eu de cesse de défendre la liberté du peuple iranien, la liberté des femmes face à l’oppression religieuse, la liberté de créer», a déclaré la dessinatrice de Libération Coco, avec qui elle avait collaboré pour le livre collectif «Femme, vie, liberté», publié en 2023. 

«Trait vif et langue bien pendue, son film Persepolis avait fait le tour du monde en 2007. C’était justice», estime l’ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob.

«Nous sommes profondément attristés par le décès de Marjane Satrapi», peut-on lire sur le compte X tenu par les proches de Narges Mohammadi, défenseure des droits humains iranienne emprisonnée et lauréate du prix Nobel de la paix 2023. Le message rend hommage à une «figure engagée du féminisme, de la défense des droits des femmes et du mouvement Femme, Vie, Liberté, elle a consacré son œuvre et sa vie à cette cause».

La romancière Tristane Banon lui a adressé ce message : «Marjane… tu ne m’appelleras pas pour me souhaiter un joyeux anniversaire et 'célébrer ces petites joues que j’adore'… et je n’arrive pas à m’en remettre. Tu étais la liberté et la détermination. Le courage aussi. Un jour, le peuple iranien sera libre, avec toi et autant que toi».

Yael Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a déclaré sur X : «Marjane Satrapi avait fait de son œuvre un acte de liberté. Avec *Persépolis*, elle avait donné un visage et une voix à la révolution iranienne, portant fièrement le combat pour la liberté et la dignité des femmes. La France perd une immense artiste. À sa famille, à ses proches, j'adresse mes plus sincères condoléances.»

«C’est avec une immense tristesse que j’ai appris le décès de mon amie Marjane Satrapi, a écrit la présidente de la Région île-de-France, Valérie Pécresse. «Artiste de grand talent, auteure de bandes dessinées, peintre, cinéaste, elle était avant tout une femme passionnée et engagée. De Persépolis à son biopic sur Marie Curie, 'Radioactive', elle s’est imposée comme une figure majeure du cinéma».

Le maire de Cannes, David Lisnard, a écrit : «C'était une grande artiste. Sa bande dessinée, puis son film autobiographique, Persepolis, qui a reçu le Prix du Jury au Festival de Cannes en 2007, étaient aussi beaux et raffinés, à l'image de la grande culture perse, qu'à la fois ludiques et bouleversants».

La ministre chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, salue l’universalité de l’œuvre de l’artiste disparue.

«Profondément attristé par la disparition de Marjane Satrapi. Figure majeure de la bande dessinée, illustratrice et réalisatrice de grand talent (…) Son trait, sa liberté et son irrévérence manqueront à la France, à l’Iran et à tous ceux que son œuvre a éclairés», a écrit l’ancien premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve.

«Celle qui avait su dire non à toutes les oppressions, est partie, emportée par le chagrin, un an après Mattias Ripa, l'amour de sa vie. Elle, qui nous avait appris à rire de nos blessures, n'aura pas survécu à celle-ci. Il nous reste son œuvre pour continuer à croire en la lumière», a posté l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin.

Pour Gabriel Attal, également ancien Premier ministre, Mariane Satrapi était une «icône de la liberté, cette voix indomptable, ce visage d'un Iran indomptable qui a bouleversé le monde entier avec Persépolis».

«Pour plusieurs générations de femmes, elle fut une icône, symbole de la liberté du peuple iranien, et en particulier des femmes, face à la tyrannie des mollahs, relève Marine Tondelier, secrétaire nationale Les Ecologistes. Puisse son œuvre irrésistible et le souvenir de cette femme d'une liberté, d'un humour et d'un talent exceptionnels nous guider à l'avenir. Marjane Satrapi n'est plus, mais Persépolis demeure».

  

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