Macron : "remettre le pays en mouvement"

Emmanuel Macron, ministre de l'Economie. [Nicolo Revelli-Beaumont / SIPA pour Direct Matin]

Le baptême du feu approche pour celui qui est arrivé à la tête de Bercy il y a quatre mois. Emmanuel ­Macron s’apprête à porter, à partir du 26 janvier, la batterie de mesures de sa loi pour la croissance et l’activité devant les députés. Certaines, comme le travail dominical, étant controversées jusque dans sa majorité, les débats s’annoncent épineux. De son côté, le ministre défend un texte apte à libérer l’économie et à élargir les opportunités des Français.

 

Comment la loi a-t-elle été accueillie dans votre propre camp ?

Le projet de loi a reçu un très bon accueil au sein de la majorité, y compris chez les radicaux de gauche. C’est d’ailleurs une loi populaire, particulièrement chez les sympathisants PS. Ces dernières décennies, la gauche a construit son action ­politique à travers l’augmentation des droits formels ou la correction d’injustices a posteriori grâce à la dépense publique. La finalité de cette loi est plutôt de créer de l’activité en déverrouillant un maximum de secteurs, et de donner des droits réels, très concrets, aux Français. C’est ce qui en fait une loi de progrès et de liberté, une vraie loi de gauche.

 

Comment comptez-vous donner ces droits réels aux Français ?

En faisant sauter les barrières qui ne profitent qu’à quel­ques-uns. En ce qui concerne les professions réglementées par exemple, l’objectif est de faire baisser les prix lorsque c’est possible, mais surtout d’ouvrir aux plus jeunes l’accès à ces métiers, jusqu’ici trop fermé. En ouvrant la création de lignes d’autocars, le but est d’en faciliter l’accès aux plus jeunes et aux moins fortunés pour qu’ils puissent se déplacer. De la même façon, lorsqu’on réforme les prud’hommes pour en faire une justice plus efficace, plus rapide, donc moins coûteuse, c’est bon pour tout le monde, à commencer par les plus fragiles. 

 

Mais ce texte est-il capable de ­redresser une économie en berne ? 

J’en suis convaincu. D’abord parce qu’il aura des effets directs. Il va créer plus d’activité, donc des milliers d’emplois, que ce soit grâce aux autocars ou à l’ouverture des commerces le diman­che. Mais cette loi créera aussi une dynamique, avec des effets induits sur la croissance. L’actionnariat salarié va, par exemple, per­mettre aux start-up de se développer plus ­rapidement. Enfin, nous prouverons que la France est en capacité de se réformer. C’est ce que nos concitoyens et nos ­entreprises attendent. 

 

Cette loi est-elle à même d’envoyer des signaux positifs à Bruxelles ? 

Ce n’est pas un gage, contrairement à ce que j’entends souvent. Mais c’est la démonstration que nous sommes là, en marche, que nous prenons notre destin en main, et cela impressionne. Cela nous permettra aussi d’être plus exigeants avec nos partenaires européens, en particulier avec la Commission : dès lors que nous faisons des réformes, parfois que certains pas n’arrivent pas à faire, nous sommes en position de force pour demander à tous d’être plus ambitieux sur la réorientation de la politique économique, comme sur le plan d’investissement.

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[Nicolo Revelli-Beaumont / SIPA pour Direct Matin]

 

Croyez-vous toujours à l’efficacité du plan Juncker, alors même que celui-ci mise sur un effet de levier important et ne débloque que peu de fonds propre ?

Je pense que c’est une démarche qui va dans le bon sens. Mais il faut aller plus loin dans la contribution réelle mise sur la table et dans les instruments développés, avoir plus d’ambition. Il faut renforcer le plan Juncker, le densifier, même si cette base de départ est bonne.

 

La droite et le centre regrettent une loi pas assez ambitieuse… 

Ce n’est pas une loi qui va tout révo­lutionner, mais c’est un pas important pour remettre la France en mouvement. La droite estime que ce n’est pas assez, mais elle n’a pas mené de ­réformes de cette ampleur pendant ses dix années au pouvoir. Je relève que l'opposition n’a aucune contre-proposition crédible. 

 

Les crispations sur le travail dominical sont-elles disproportionnées ? 

La loi offre aux maires la possibilité d’étendre l’ouverture dominicale des commerces, en autorisant non pas cinq, mais douze dimanches par an. Quand on sait que 30 % des salariés travaillent déjà le dimanche de manière régulière ou occasionnelle, ce n’est pas une provocation.  Elle donne la liberté aux salariés, sur la base du volontariat, de travailler en ayant la garantie d’être mieux payé avec une compensation, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. C’est aussi la liberté pour les concitoyens de  consommer, comme ils le font déjà sur Internet. Donner ces opportunités, au XXIe siècle, ne me paraît pas entraîner une rupture de civilisation. Il ne faut pas avoir peur des libertés que l’on crée.

 

Êtes-vous prêt à négocier avec votre aile gauche sur le travail le dimanche ? 

Je défendrai mes convictions, les postures ne m’intéressent pas. Mais s’il faut des compromis intelligents et cons­tructifs, je ferai tout pour en trouver. J’attends surtout que ce texte puisse être enrichi.

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[Nicolo Revelli-Beaumont / SIPA pour Direct Matin] 

 

La France est-elle un pays plus difficile à réformer que les autres ? 

Ce n’est pas la France qui est un pays difficile à réformer, mais plutôt les ­corporatismes. Certaines professions ont commencé un travail de discussion, comme les huissiers par exemple. Cette loi n’a été conçue contre personne, n’interdit rien, ne réduit pas les droits. Au contraire, elle donne des libertés et des opportunités nouvelles.Des compagnies se sont d’ores et déjà dites intéressées pour ouvrir des lignes d’autocar.

 

Est-ce la preuve que cette loi peut être un succès ?

Cela montre que les Français ont confiance et qu’ils sont prêts. La mise en mouvement de l’économie réelle vaut toutes les études d’impact théorique de la terre. Ce qui marche, ce qui m’importe, c’est le réel. Et je crois que les entreprises et les Français sont dans les starting-blocks.

 

Quelles seront vos priorités pour 2015 ?

Je suis comme les sportifs en compétition, je dispute un match après l’autre. En parallèle de la loi, je continue de suivre de très près l’industrie française et l’innovation dans le pays : j’accompagne au quotidien les entreprises en difficulté, je me bats aux côtés des salariés et des repreneurs. Je travaille aussi pour le numérique et j’irai promouvoir l’innovation française en la matière à Las Vegas début janvier. 

 

Le PS est-il en train de se fissurer entre les tenants d’une ligne ­réformiste et son aile gauche ?

Je ne crois pas et je ne le souhaite pas. Tout le monde garde en tête la nécessité de l’unité. La gauche a attendu pour ­revenir aux responsabilités. Alors que la France est dans une situation d’urgence économique et sociale, le devoir qui est le nôtre est de savoir moderniser, réformer. Je ne connais qu’une gauche : celle qui réussit en faisant réussir le pays.

 

Êtes-vous favorable à  l’assouplissement des 35 heures ?

Les 35 heures sont déjà loin d’être un dispositif monolithique dans les entreprises. Au-delà d’un débat sur une loi, l’important est de donner à notre jeunesse la culture du travail et de la réussite par le travail. C’est la clef du succès, pour les jeunes comme pour le pays. 

 

Vous avez estimé que le pacte de responsabilité était un échec… 

J’ai donné un coup de pied dans la fourmilière il y a quelques semaines car, du côté patronal, plusieurs branches bloquaient les négociations. Depuis, certaines ont signé des accords importants, en particulier dans l’assurance. En outre, la suppression des charges patronales sur les salariés au Smic ­entrera en ­vigueur au 1er janvier prochain. C’est aussi à ce moment-là que les ­patrons et les salariés français prendront conscience de la réalité du pacte.

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Est-il plus difficile d’être écouté à gauche lorsqu’on a été banquier d’affaires ?

L’idée que je me fais de la gauche, précisément parce que c’est un parti d’émancipation et de progrès, c’est qu’on n’enferme pas les gens dans des cases. Ce que j’ai été à chaque moment de ma vie, c’est ce que j’ai choisi d’être. Je ne l’ai été que grâce à mon travail. Je ne suis ni un héritier ni un homme de la connivence. Je ne regrette en rien d’avoir été banquier, car j’ai beaucoup appris et cela m’est utile tous les jours. Si certains, en particulier à gauche, pensent qu’il s’agit d’une tare indélébile, c’est qu’ils ont oublié ce qu’était la gauche.

 

Quel bilan faites-vous de vos quatre premiers mois à Bercy ?

Je suis heureux d’être en action, j’ai le sentiment d’accomplir mon devoir. C’est le moment de faire bouger les choses et j’ai la responsabilité, sous l’autorité du président et du Premier ministre, de réussir à faire bouger la société, de restaurer la confiance. Je veux redonner l’envie d’entreprendre. L’économie, ce n’est pas des chiffres, des lois ou des ­décisions qui se prennent dans des ­bureaux, mais la mise en mouvement d’individus, d’une société. S’il n’y a pas d’envie, pas de confiance, pas d’enthousiasme, il n’y a pas d’économie.

 

 

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