Armés d'épuisettes, des pêcheurs tentent de sauver des centaines de poissons d'une mort certaine en les déplaçant d'un cours d'eau asséché vers la Charente, plus remplie, à quelques kilomètres d'Angoulême.
«Il ne reste presque plus que des flaques d'eau». Le directeur de la Fédération départementale de pêche Valentin Hortolan a déploré jeudi un assèchement de la Nouère. Cet affluent de la Charente, situé dans le département éponyme, est en rupture d'écoulement sur une quinzaine de kilomètres, plus de la moitié de sa longueur. Cette situation est loin d'être unique en France où la quasi-totalité (90) des départements étaient soumis jeudi à des restrictions d'usages de l'eau contre 26 à la même date l'année dernière, selon le site officiel vigieau.gouv.fr.
«Sans intervention, tous les poissons ici sont condamnés, ça va être un désert», s'est alarmé un pêcheur. Pour les sauver, cinq membres de la Fédération départementale de pêche ont entrepris une recherche méticuleusement dans le lit presque à sec afin de repérer les poissons encore vivants.
À l'aide d'un appareil de pêche électrique, ils génèrent un faible courant dans l'eau, qui paralyse temporairement les poissons et les attire, afin de les pêcher plus facilement. Ils sont ensuite transvasés dans une eau oxygénée, avant d'être relâchés dans un milieu plus adapté à quelques kilomètres de là.
Des solutions temporaires
Jeudi, près de 260 poissons capturés sur 800 mètres, ont échappé à la mort. Une «petite» opération pour les sauveteurs qui ont commencé les pêches de sauvegarde en 2011. En outre, cette opération de sauvegarde est leur dixième cette année. Pourtant le département de la Charente est à «un niveau de sécheresse normale pour un mois de juillet», a constaté Nicolas Ilbert, directeur territorial de l'agence de l'eau Adour-Garonne.
Mais le bassin charentais est «un territoire plus fragile que les autres et plus impacté par le changement climatique», a-t-il précisé. Si ces pêches de sauvegarde, à l'initiative de la fédération de pêche, sont des solutions temporaires, elles sont toutefois loin «d'être une solution miracle ou viable à long terme», a de son côté assuré Valentin Hortolan. «En 2022 on a eu 1.260 kilomètres de cours d'eau à sec en Charente, et on n'a réussi à intervenir que sur une quinzaine», a-t-il expliqué.
Des améliorations trop lentes
Pour le vice-président de la Fédération de pêche de Charente, Ludovic Supiot, les améliorations sur 10 ans sont notoires mais encore lentes face à la vitesse du réchauffement climatique.
«On sait comment on peut s'en sortir, maintenant il faut une volonté» politique et une «prise de conscience collective», a-t-il affirmé. La difficulté à conserver l'eau en surface s'explique notamment par la composition des sous-sols en calcaire fracturé ou encore par le réaménagement du bassin dans les années 1980, dont l'objectif était d'assécher rapidement les sols pour les cultiver. Une situation renforcée par la canicule du mois de juin et le déficit de précipitations : à Angoulême, les pluies de juillet sont inférieures de 44 % à la moyenne observée entre 1991 et 2020.
La Fédération de pêche de Charente a appelé à «accélérer considérablement le rythme sur les projets de restauration des milieux aquatiques» et «à réduire la pression de prélèvement pour l'irrigation sur ces petits milieux».