Les plates-formes de livraison de repas à domicile, Uber Eats et Deliveroo, sont visées par une plainte pénale déposée par des associations d’aide aux livreurs pour «traite d’êtres humains». Les deux plates-formes contestent les intentions qui leurs sont prêtées.
Une suite sera-t-elle donnée à cette plainte ? Mercredi 22 avril, une plainte pour «traite d’êtres humains» a été déposée auprès de la procureure de la République de Paris par plusieurs associations d’aide aux livreurs de repas contre le britannique Deliveroo et le géant américain Uber Eats, a appris l’AFP auprès de l’avocat Me Thibault Laforcade, confirmant une information du Parisien.
Il s’agit du conseil des associations la Maison des livreurs à Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris et AMAL et Ciel, à l’origine de la plainte. Selon Me Thibault Laforcade, il s’agit d’une démarche «inédite» en France. «Le modèle économique repose sur l'exploitation d'une main d'œuvre très précaire, en grande partie immigrée, dans des conditions de travail indignes, pour des revenus de survie», a-t-il dit.
Selon Jonathan L’Utile Chevallier, coordinateur de projet à la Maison des livreurs à Bordeaux, des témoignages ont été collectés partout en France, à l’heure où l’Hexagone compte entre 70.000 et plus de 100.000 livreurs. Ces témoignages «nous permettent d'affirmer que les plates-formes font des bénéfices très importants en exploitant la vulnérabilité de ces travailleurs».
D’après Jonathan L’Utile Chevallier, les livreurs parcourent 15 ou 20 km à vélo pour 3 euros net». Dans une enquête menée en 2025 par Médecins du Monde (MdM) et plusieurs centres de recherche auprès d’un millier de livreurs, 98% sont nés à l’étranger et 64% sont sans titre de séjour. Ils travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour 1.480 euros bruts mensuels, d'après cette étude.
Uber Eats et Deliveroo contestent les intentions qui leurs sont prêtées
De leur côté, les plates-formes visées par cette plainte se sont défendues. Uber Eats a fait savoir, dans un communiqué, que cette action en justice «que nous apprenons par voie de presse, ne repose sur aucun fondement». Le géant américain a également été mis en demeure par les associations et MdM afin de faire cesser des «discrimination» sous peine d’engager une action de groupe.
«En l'absence de réponse satisfaisante» sous 30 jours, cette action de groupe sera portée devant le tribunal judiciaire de Paris, et si la responsabilité de la plate-forme est reconnue, les livreurs pourront rejoindre le groupe et bénéficier de la réparation décidée par le juge, détaille Me Thibault Laforcade, qui espère créer une jurisprudence.
Deliveroo a, lui, dit contester «vigoureusement les intentions qui lui sont prêtées» et «rejette fermement toute assimilation de son modèle à une situation d'exploitation ou de traite des êtres humains». En réponse aux propos de Jonathan L’Utile Chevallier, le britannique a assuré appliquer un accord d'avril 2023 «garantissant aux livreurs un revenu horaire minimum de 11,75 euros».