Ben Arfa, le scandale de trop, par Pierre Ménès

Pierre Ménès. [A MEUNIER / ICON SPORT / POUR DIRECTMATIN]

Pierre Ménès est une figure du paysage footballistique français. Ancien reporter à L’Equipe, cette intarissable grande gueule officie aujourd’hui en qualité d’expert pour le Canal football club. Chaque vendredi, il tient sa "Grosse kronik" dans les colonnes de Direct Matin.

 

Parfois, on a l’impression de passer notre temps à râler. A tout critiquer. A trouver que chacune des décisions prises par les instances du football français sont ineptes, injustes ou stupides, quand elles ne cumulent pas les trois tares.

Après la mise à mort du club amateur de Luzenac sur l’autel du football business (interdit d’accession en Ligue 2 l’été dernier et retombé au septième échelon du football français), les multiples atermoiements sur la situation du RC Lens (l’actionnaire azéri Hafiz Mammadov, incapable à l’heure actuelle d’alimenter les caisses du club), la mollesse presque choquante face aux graves accusations de corruption visant le Nîmes Olympique (dans les deux derniers cas, en fait, il ne faut surtout pas toucher aux calendriers), l’affaire Hatem Ben Arfa est un nouvel aveu d’incompétence et, ce qui est peut-être encore plus grave, de lâcheté.

Revenons sur les faits. En début de saison, Hatem Ben Arfa, en conflit avec Alan Pardew, son entraîneur à Newcastle, est laissé de côté. Le club anglais l’oblige pourtant à disputer un match amical avec l’équipe des U21. Hatem a 27 ans. Il n’y a donc aucune possibilité de considérer cette rencontre comme officielle.

Par la suite, HBA a été prêté à Hull City avant de s’engager lors du mercato d’hiver avec l’OGC Nice. Là-dessus, la FIFA a estimé que l’on peut considérer que le joueur jouerait pour trois clubs au cours d’une même saison. Ce qui est interdit. Mais l’instance internationale a laissé aux dirigeants français le soin de trancher. La fin des haricots, quoi.

Pendant ce temps-là, la fédération anglaise a déjà envoyé la lettre de sortie du joueur. Bref, avec un minimum de bon sens, de courage et d’autorité sur d’éventuels recours de clubs sans fair-play (si, si, ça existe), le problème devrait déjà être réglé. Voire même ne jamais avoir existé. Au pire, la Ligue de football professionnel aurait aussi pu dire non à Ben Arfa. La décision aurait été injuste, mais elle serait prise et on ne s’éterniserait pas dans un long feuilleton.

Au lieu de ça, on a choisi la pire des solutions, la plus affligeante : botter en touche, en redemandant l’avis de la FIFA. Qui l’a donc déjà donné.

 

Souliers et gros sabots

Mais le pire dans tout ça, c’est lorsque le président de la commission juridique de la LFP, André Soulier, 81 ans, s’exprime sur le cas Ben Arfa dans des termes inqualifiables : "Je n’ai pas eu le plaisir de le voir, sans doute parce qu’il n’y avait pas de caméras de télévision comme dimanche soir (au Canal Football Club). Je pense qu’il a les moyens de subvenir à ses besoins pendant cette période de ”chômage”. Si la réponse de la FIFA est négative, il n’a plus qu’à attendre quelques mois. Et, très franchement, il a un contrat. Je voudrais que tous les chômeurs de France aient un contrat en poche."

Scandaleux, déplacé, déclamé sur un ton à la limite du racisme et préjugeant donc d’une décision future que la commission qu’il dirige a été incapable de prendre.

Philippe Piat, le président du syndicat des joueurs, est mollement monté au créneau pour dénoncer cette prise de position. Plus pour contester la forme des propos «souliesques» que le fond du dossier.

Pourtant, on demande bel et bien à un syndicat de défendre les employés du secteur d’activité dans lequel il est engagé. Mais avec Hatem Ben Arfa, il semble bien difficile de se mouiller. Même avec le bon sens de son côté.

A ce moment précis, beaucoup estiment que l’ancien joueur de Lyon et de Marseille paye aussi sa réputation et ses déclarations assez violentes sur le plateau du CFC. Argument irrecevable qui voudrait dire que le cas est jugé à la gueule du client.

Mais au-delà du cas Ben Arfa, il y va de la gestion de nos instances, qui demeurent encore et toujours d’une opacité absolue. Parfois laxistes face à des problèmes de sécurité dans certains stades, parfois trop sévères, souvent trop indécises.

Pour l’heure, rien n’incite à l’optimisme dans le dossier d’Hatem Ben Arfa. La Ligue 1 se priverait dans ce cas d’un joueur technique et talentueux. Pas forcément, le plus facile à gérer. Comme s’il y avait trop de talents en France.

 

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