Le mal-logement s'accentue

Affiche du rapport sur le mal-logement en France au siège de la Fondation Abbé Pierre à Paris, le 23 janvier 2013 Affiche du rapport sur le mal-logement en France au siège de la Fondation Abbé Pierre à Paris, le 23 janvier 2013 [Thomas Samson / AFP/Archives]

Le mal-logement en France s'aggrave, dénonce dans son 18e rapport la Fondation Abbé Pierre, qui tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme face à une crise qui s'accentue et s'élargit, malgré les premières mesures du gouvernement pour lutter contre ce fléau.

"Les nouvelles sur le front du logement ne sont pas bonnes", résume Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation, dont le rapport est dévoilé vendredi à Paris, après un présentation à François Hollande, à sa demande, dès jeudi à l'Elysée.

Selon la Fondation, 685.000 personnes sont dépourvues de logement personnel en France (dont 133.000 sans domicile fixe), mais au total 3,6 millions sont "non ou mal logées" et plus de 5 millions sont "fragilisées" par la crise du logement.

La crise économique de 2008-2009 continue de produire "des effets particulièrement inquiétants", en particulier pour les plus modestes, qui sont les premiers touchés par la montée du chômage et de la pauvreté.

Signe d'une dégradation de la situation pour les locataires, "les impayés progressent" et de "nouveaux records" ont été atteints pour les expulsions (113.000 en 2011).

Les familles s'adaptent au prix de "toujours plus de renoncements, avec une gymnastique budgétaire qui ne tient plus", souligne Christophe Robert, délégué général adjoint. En 2011, plus de 6 millions de ménages ont bénéfié d'une aide au logement, soit le "niveau le plus élevé" depuis la création de ces aides.

Pour la Fondation, le cas de Mme L., trois enfants et en "mi-temps contraint", est révélateur. La jeune femme gagne 500 euros. Elle parvient à payer une partie de son loyer de 680 euros grâce à l'APL (aide personnalisée au logement). Mais les 240 euros qui restent à sa charge représentent 50% de son salaire et limitent drastiquement les autres dépenses essentielles.

Une demande de "cohérence"

Pour les sans domicile, la Fondation observe que l'augmentation des appels au 115 "se manifeste dans des territoires jusqu'à présent épargnés, y compris dans les zones rurales".

Les logements inconfortables ou surpeuplés ne sont d'ailleurs pas l'apanage de Paris et des grandes villes chères. "De façon inattendue", c'est dans les grandes villes à prix bas que le mal-logement est le plus présent, concernant près de 4 ménages sur 10.

L'explosion du nombre de familles mono-parentales (1,7 million de ménages) génère aussi de nouvelles situations de mal-logement, auxquelles répondent mal les politiques publiques. Il faudrait "plus de réactivité et de souplesse face à une multiplication des étapes de la vie", demande la Fondation.

La Fondation cite l'exemple de Perrine, 30 ans, qui vit dans un logement social avec ses trois enfants en garde alternée. Mais dans le calcul des aides au logement, ses enfants sont pris en compte pour son ex-conjoint et elle ne reçoit que 72 euros d'APL. Impossible pour elle de garder son 4 pièces, avec 770 euros le loyer pour un salaire de 1.138 euros.

En attendant la grande loi-cadre sur le logement et l'urbanisme prévue en juin, la Fondation salue d'ores et déjà l'encadrement des loyers à la relocation, le passage de 20 à 25% de logements sociaux par commune dans la loi SRU, ainsi que la cession de terrains publics pour en construire.

Mais pour atteindre l'objectif de produire 500.000 logements par an, dont 150.000 logements sociaux, comme préconisé dans le "Contral social" qu'avait signé le candidat Hollande, il faudra que l'Etat s'implique davantage financièrement, insiste la Fondation.

Elle réclame surtout une vraie "cohérence" de la politique du logement, pour que les plus modestes, fragilisés par la crise, ne se retrouvent pas à la rue, contraints alors de faire appel à l'hébergement d'urgence déjà totalement engorgé.

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