Comment évaluer les élèves? Benoît Hamon lance un débat qui "passionne"

Des élèves dans une école primaire à Lyon [Jeff Pachoud / AFP/Archives] Des élèves dans une école primaire à Lyon [Jeff Pachoud / AFP/Archives]

La note ne sera pas supprimée, la liberté pédagogique des enseignants respectée... Benoît Hamon a lancé mardi la réforme de l'évaluation des élèves pour la rendre plus "bienveillante", tout en prenant soin de désamorcer un débat qui s'annonce "passionné".

Cette question "passionne", a dit le ministre de l'Education nationale en lançant une "conférence nationale sur l'évaluation des élèves", espérant parvenir d'ici à décembre à un "consensus" sur un nouveau système qui "ne vise pas simplement à répondre aux élèves les plus en difficulté" mais aussi à évaluer "plus efficacement ceux qui réussissent bien déjà".

"On ne veut pas faire de ce débat un nouveau champ de bataille", après celui de la réforme des rythmes scolaires, mais "il est temps de passer de la réflexion à la mise en oeuvre d'un autre type d'évaluation", a estimé lors d'une conférence de presse le ministre, dont c'est le premier chantier depuis son arrivée.

Il s'est dit "convaincu" que le système actuel "retient beaucoup les lacunes, parfois décourage, peut même paralyser, et peut contribuer à accentuer les difficultés des élèves qui ont le moins de capital culturel, le moins de capital social", "ceux qui ne maîtrisent pas forcément toujours les codes de la réussite scolaire".

Le ministre de l'Education Benoît Hamon lors d'une conférence de presse le 24 juin 2014 à Paris [Thomas Samson / AFP]
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Le ministre de l'Education Benoît Hamon lors d'une conférence de presse le 24 juin 2014 à Paris

M. Hamon a "anticipé d'ores et déjà" les critiques qui jugeraient que "la seule ambition du gouvernement, c'est de casser la note parce qu'il y aurait des élèves qui ont de mauvaises notes" ou qu'"en voulant relativiser le poids de la note, on se dirige vers une école (....) dont le niveau baisse".

Il y aura "toujours des notes dans l’Education nationale", même "si la note n'est pas toujours utilisée à bon escient quand elle ne dit rien des progrès qui restent à accomplir par un élève ou quand elle dit très peu des progrès accomplis", assure-t-il.

C'est "la dimension pédagogique de la note qu'il faudra interroger et voir de quelle manière elle peut être articulée avec d'autres formes d'évaluation plus bienveillantes qui s'attachent à mesurer la réalité des apprentissages des élèves".

- La 'culture française' des notes -

Les enseignants doivent aussi avoir des "points de repères", "intelligibles" par les élèves et leurs parents. "La liberté pédagogique est importante mais je suis frappé de la solitude d'un enseignant au moment où on lui demande d'évaluer le socle" de compétences et de connaissances qu'un élève doit maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire, a-t-il dit.

Les notes "font partie de la culture française", relève Eric Charbonnier, spécialiste de l'éducation à l'OCDE, prévenant qu'une évaluation "plus positive", sans "toucher aux méthodes pédagogiques", ne suffira pas à améliorer la réussite. En France, "on ne pourrait pas imaginer un système comme dans les pays nordiques où il n'y a pas de notes jusqu'à 15-16 ans, comme en Suède".

Parmi les possibilités, le sociologue Pierre Merle suggère des "notations thérapeutiques" qui ont pour objet "d'éviter des notes très faibles" ou encore de s'inspirer d'autres pays, comme la Finlande où la note la plus basse (4 sur 10) indique que l'exercice est "raté".

"Les formateurs n'ont pas l'idée comme en France de nuancer entre +faible, très faible, très mauvais, nul, très nul, hypernul, complètement nul+". "L'idée, c'est de donner une seule note - c'est le cas en Suède, un peu en Allemagne - pour indiquer que les objectifs ne sont pas atteints, après il y a 5 pour indiquer que c'est moyen, et les autres notes pour apprécier le niveau de réussite +bien, très bien, excellent...+"

Le système d'évaluation est un "vestige dépassé de l’+élitisme républicain+ (qui) porte une vision idéologique de l’Ecole qui ne correspond plus ni aux besoins ni aux attentes de notre société", fustige Christian Chevalier, du syndicat d'enseignants SE-Unsa.

La conférence nationale associera de juillet à décembre la communauté éducative et la société civile, sous l'égide d'un comité d'organisation présidé par le recteur de l'Académie de Rennes Michel Queré.

Ses travaux se concluront avec "une semaine de l'évaluation" du 8 au 12 décembre. Benoît Hamon recevra ensuite les conclusions d'un jury présidé par le physicien Etienne Klein, et fera des propositions.

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