Luc Tangorre à nouveau suspecté d'agression sexuelle

Des gendarmes devant le Palais de justice de Nîmes en décembre 2012 [Pascal Guyot / AFP/Archives] Des gendarmes devant le Palais de justice de Nîmes en décembre 2012 [Pascal Guyot / AFP/Archives]

Luc Tangorre, condamné pour viols en 1983, partiellement gracié par François Mitterrand, puis à nouveau condamné pour viols en 1992, est suspecté d'agression sexuelle d'une fillette de 12 ans dans le Gard et pourrait être mis en examen mardi soir.

Mardi après-midi, une information judiciaire a été ouverte pour agression sexuelle sur mineur de 15 ans et la procureure de Nîmes Laure Beccuau a requis le placement en détention provisoire du quinquagénaire, en garde à vue depuis dimanche au Grau-du-Roi, dans le Gard. Luc Tangorre, qui nie les faits qui lui sont reprochés, a été présenté à un juge d'instruction mardi en fin d'après-midi en vue de son éventuelle mise en examen.

Sa garde à vue avait été prolongée lundi soir, a précisé Mme Beccuau, indiquant que l'homme était interrogé par les gendarmes pour des faits d'attouchements sur une fillette de 12 ans, une agression qui se serait produite dimanche vers 16h30 sur une aire de jeux de la station balnéaire.

Le parquet a demandé une expertise psychiatrique, a-t-on précisé. La justice vérifie également si le quinquagénaire a été mis en cause récemment dans des affaires de même nature.

En 1983, le premier procès de Luc Tangorre avait suscité un vif intérêt médiatique. L'accusé, alors étudiant en sport, avait toujours nié les faits qui lui étaient reprochés, criant à l'erreur judiciaire après sa condamnation à 15 ans de prison pour quatre viols, une tentative et six attentats à la pudeur commis dans les quartiers sud de Marseille entre 1979 et 1981.

Une partie de la presse et un comité de soutien --qui recueille 4.000 signatures-- avaient pris la défense du "Coupable à tout prix", comme le désigne dans un livre sur l'affaire Gisèle Tichané, une chercheur au CNRS. L'historien Pierre Vidal-Naquet, dont le frère, avocat, défend Tangorre, publie même dans Le Monde une tribune intitulée "Le viol est un crime, l'erreur judiciaire aussi", signée par de nombreuses personnalités. L'historien s'en excusera plus tard.

-"Pas deux fois, pas deux fois!"-

Luc Tangorre avait obtenu finalement un grâce présidentielle partielle de François Mitterrand et était sorti de prison le 15 février 1988.

Mais il était de nouveau interpellé quelques mois plus tard, le 24 octobre, accusé du viol de deux étudiantes américaines, commis à Rodhilan, dans le Gard, le 23 mai précédent - trois mois à peine après sa sortie de prison.

Les deux jeunes filles, âgées de 20 et 21 ans, qui se rendaient de Marseille à Paris, avaient été violées en rase campagne par un jeune-homme qui les avaient prises en auto-stop.

Elles avaient eu le temps de voir dans la malle de la Renault verte du violeur, un livre dont la couverture portait la mention "coupable" et la photo d'un homme moustachu, une jaquette identique à l'ouvrage "Coupable à tout prix" qui relatait la première affaire Tangorre.

Au cours de ce second procès, en 1992, Luc Tangorre avait adopté la même stratégie de défense, et malgré des témoignages accablants, nié les faits "sur la tête de (ses) parents, sur la tombe de (sa) grand-mère". A l'énoncé du verdict --18 ans de réclusion criminelle--, Luc Tangorre avait craqué: "Pas deux fois, pas deux fois!", s'était-il écrié, avant d'être victime d'une crise de nerfs.

En 1995, la Commission de révision des condamnations pénales avait rejeté la requête de Luc Tangorre, qui réclamait la révision de ce second procès. Il avait retrouvé la liberté en septembre 2000.

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