A la veille de La Rochelle, la "majorité silencieuse" pro-Hollande serre les rangs

De g à d: Jean-Pierre Bel, Didier Guillaume et Jean-Christophe Cambadelis dans la cour de Matignon le 26 août 2014 à Paris [Thomas Samson / AFP/Archives] De g à d: Jean-Pierre Bel, Didier Guillaume et Jean-Christophe Cambadelis dans la cour de Matignon le 26 août 2014 à Paris [Thomas Samson / AFP/Archives]

A la veille de l'université d'été PS à La Rochelle, qui s'annonce houleuse après le changement de gouvernement, 200 députés du parti et son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis sortent du silence pour demander aux "frondeurs" de rentrer dans le rang, un appel qui a peu de chances d'être entendu.

Alors que nombre d'élus et de militants s'avouent désorientés par la crise que vient de traverser l'exécutif, M. Cambadélis prévient qu'il s'opposera à des débats au PS qui auraient "pour but de renverser le gouvernement".

"Je me porte garant des débats, mais je ne saurais accepter qu’ils aient pour but de renverser le gouvernement", affirme M. Cambadélis dans une interview au Monde daté de vendredi, jour où s'ouvre l'Université d'été.

Comme on lui demande si le gouvernement a toujours une majorité à l'Assemblée pour faire voter ses réformes, le député de Paris répond : "Les socialistes et la gauche sont condamnés à surmonter leurs divergences. Qui peut, socialiste, arriver à souhaiter que le gouvernement tombe ? Les conséquences seraient incalculables".

"La gauche a toujours eu deux cultures : celle de la réforme et celle de la contestation", selon le patron du PS. "Elles doivent dialoguer, mais ne pas s’affronter car, sinon, nous allons tous nous marginaliser", insiste-t-il.

- Frondeurs toujours déterminés -

Même appel au "rassemblement" des 203 députés PS qui, dans une tribune publiée par Le Monde, demandent aux parlementaires dits "frondeurs" d'être "pleinement responsables de l'intérêt général de la gauche et du pays".

Le président de l'Assemblée Claude Bartolone, le 23 juillet 2014 à Paris [Martin Bureau / AFP/Archives]
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Le président de l'Assemblée Claude Bartolone, le 23 juillet 2014 à Paris

"Le cap de la politique économique a été fixé, et nous l'assumons (...) On ne peut redonner confiance à un pays qui doute par des coups de volant brusques et répétitifs", écrivent les signataires, dont le président de l'Assemblée Claude Bartolone et celui du groupe socialiste Bruno Le Roux.

Le texte, qui juge que "le débat entre godillots et déloyaux n'a pas sens", s'en prend directement aux "frondeurs", un groupe d'une quarantaine de députés qui n'ont pas voté la confiance au Premier ministre sur le pacte de responsabilité en avril et se sont abstenus sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale en juillet.

"Le problème n'est pas qu'il y ait des désaccords, il en a déjà existé (...) Le problème réside dans la permanence d'une défiance a priori à l'égard de l'exécutif, qui a conduit une mobilisation de socialistes contre d'autres socialistes ou allant jusqu'à mobiliser d'autres groupes pour faire battre le gouvernement", jugent-ils.

L'idée de cette tribune "est née fin juillet quand on entendait surtout les frondeurs alors qu'à chacun des votes ils étaient extrêmement minoritaires", explique le député Philippe Doucet. "Il était important que l'immense majorité du groupe socialiste puisse s'exprimer", ajoute-t-il.

Du côté des contestataires, Jean-Marc Germain assimile cette tribune à un "aveu de faiblesse". "200 députés, c'est maigre", souligne-t-il alors que le PS en compte 290. "Cessons cet autoritarisme stérile, laissons les débats se tenir sans pistolet sur la tempe".

Les "frondeurs" ont d'autant plus l'intention de continuer à se faire entendre qu'ils n'ont guère apprécié l'arrivée de l'ancien banquier Emmanuel Macron à Bercy et l'ode aux entreprises de Manuel Valls devant le Medef, mercredi.

Quelques députés, qui ne sont pas étiquetés "frondeurs", n'ont pas signé non plus l'appel.

Pierre Gattaz, président du Medef et le Premier ministre Manuel Valls à la conférence de l'organisation patronale le 27 août 2014 à Jouy-en-Josas (Yvelines) [Fred Dufour / AFP/Archives]
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Pierre Gattaz, président du Medef et le Premier ministre Manuel Valls à la conférence de l'organisation patronale le 27 août 2014 à Jouy-en-Josas (Yvelines)

C'est le cas de quatre députés d'une nouvelle sensibilité "Cohérences socialistes" Yann Galut, Alexis Bachelay, Karine Berger, et la rapporteure générale au budget Valérie Rabault, qui se veulent "des sociaux-démocrates à équidistance des frondeurs et de Manuel Valls".

"Avec le remaniement, on bascule dans le social-libéralisme qui n'est pas le centre de gravité du PS. On a beaucoup d'interrogations et on attend une clarification de Manuel Valls dimanche à La Rochelle", souligne Yann Galut. "On a toujours voté les textes jusqu'à présent, pour l'avenir je dis: on verra", prévient-il.

Tout en se disant d'accord sur le fond avec la tribune des 200 députés, l'ex-Premier ministre Jean-Marc Ayrault ne l'a pas signé non plus, préférant se réserver pour une "expression personnelle sur la France et l'Europe".

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